Le vice-président de direction chez Kruger, Daniel Archambault, a fait le point sur la conversion de la machine numéro 10 devant les membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.

Kruger: du carton à Trois-Rivières dès le 7 mai

«Le projet est bien en selle. Le 25 février, à midi, la dernière bobine de papier journal sera produite. Et le 7 mai, à 8 h 34, on débutera la production de carton. C'est un projet excitant qui entre dans sa phase finale.»
Le 25 février, à midi, la dernière bobine de papier journal sera produite à l'usine Kruger de Trois-Rivières. Et le 7 mai, à 8 h 34, on débutera la production de carton.
C'est avec précision que le vice-président de direction chez Kruger, Daniel Archambault, a fait le point mercredi sur la conversion de la machine numéro 10 à son usine trifluvienne devant les membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.
Déjà, pas moins de 180 des 250 millions de dollars prévus pour cette transformation initiée à l'automne 2015 ont été dépensés, ce qui fait que l'entreprise respecte tant le budget que l'échéancier. À ce jour, l'atelier de mise en pâte est opérationnel.
Lors de sa mise en service, l'ancienne machine à papier de 1990 fabriquera dorénavant 360 000 tonnes métriques de carton léger haut de gamme ultrarésistant 100 % recyclé par année. Le tiers de la production sera vendu aux usines de boîtes d'Emballages Kruger situées à Montréal (arrondissement LaSalle) et à Brampton (Ontario), tandis que le reste sera écoulé dans le marché.
Avec un carnet de commandes déjà rempli à près de 70 %, le conférencier du jour se dit maintenant «confortable» après plusieurs semaines d'insomnie.
D'ailleurs, celui-ci n'a pas caché qu'un tel projet représente plusieurs défis, dont celui des ventes. Et déjà, en soi, le fait de reconstruire complètement une machine à papier en un délai aussi court, soit 18 mois, se veut complexe.
Outre la planification et la logistique des travaux pendant la construction, il faut convertir la machine tout en continuant d'approvisionner les clients en papier journal. C'est sans compter qu'un maximum de tâches doivent être réalisées avant l'arrêt de la machine et il y a toute la réception de nombreux équipements qui doit être gérée.
«On a fait un bond de 25 ans dans la technologie. On est à l'ère du numérique. Le taux de productivité est élevé, soit 1000 tonnes métriques par jour. C'est une nouvelle machine dans un marché très compétitif. On veut se retrouver dans le premier quartile de l'industrie. On ne peut pas se tromper. Il faut que les employés soient bons lors de la première journée», a-t-il ajouté.
Or, les besoins en formation sont justement importants, d'où l'investissement de 3,5 millions de dollars et les 55 000 heures qui y seront consacrées. Car Kruger n'hésite pas à parler d'un véritable changement de culture dans l'entreprise, le nouveau produit et les nouvelles réalités exigeant un apprentissage. «Ce sont deux usines en une», a fait remarquer M. Archambault.
Par ailleurs, ce dernier a justifié un tel projet d'envergure par la volonté du propriétaire unique, Joseph Kruger II, de faire croître sa division cartonnage, qui doublera après le 7 mai.
Il faut dire que la demande de carton est en hausse annuelle de 1,5 % alors qu'elle se situe déjà autour des 35 millions de tonnes métriques par année en Amérique du Nord. L'achat en ligne ne fera que favoriser sa consommation. Et puisque le gros de la production est aux États-Unis, M. Archambault ne craint pas l'effet Trump.
Du même coup, ce virage vers le carton permet à Kruger d'ajuster sa production de papier journal en fonction d'un marché en forte décroissance à l'échelle mondiale. Seulement sur le continent nord-américain, on est passé de 14 millions de tonnes métriques à moins de quatre millions de tonnes métriques depuis 2001. 
Quant au carton, c'est un domaine dans lequel Kruger évolue depuis plus de 50 ans. Ce producteur aura fait figure de pionnier dans le carton 100 % recyclé via ses installations montréalaises. L'approvisionnement en matières premières pour la nouvelle machine numéro 10 fait partie des enjeux identifiés par M. Archambault. Les vieux cartons achetés sur le marché transiteront via l'ancien centre de distribution de la Coop fédérée, fraîchement acquis par le Groupe Immobilier Bel-Rive.
Outre ses divisions cartonnage et papiers pour publication, Kruger fait aussi dans les produits de papier tissu, l'emballage, les vins et spiritueux, le recyclage, l'énergie renouvelable et les biomatériaux.
D'ailleurs, l'usine de démonstration de filaments de cellulose, également située sur le boulevard Gene-H.-Kruger, s'apprête à entrer dans une phase de pré-commercialisation.
Inaugurée en 2014, l'usine pilote pourrait éventuellement déboucher sur de nouvelles installations, après avoir été exploitée à son maximum. «Et on commence à regarder des investissements dans l'énergie solaire», a laissé entendre l'invité de la Chambre.
Au cours de son allocution, il a tenu à rappeler les retombées régionales directes de 80 millions de dollars qui sont rattachées au «projet TR2017», ce qui profite à quelque 80 fournisseurs de la région de Trois-Rivières. 
«C'est l'un des plus grands chantiers au Québec car le projet demandera environ 500 000 heures/hommes de construction, soit 5 % de la main-d'oeuvre québécoise dans le secteur industriel», conclut-il tout en soulignant la consolidation de 270 emplois.