La spécialiste en douanes, Louise Chevanelle, était l’une des conférencières lors du déjeuner manufacturier Desjardins Entreprises organisé par les MMCQ.

Joli casse-tête manufacturier

TROIS-RIVIÈRES — «C’est un dossier complexe, même pour les spécialistes des douanes». Voilà comment le président-directeur général de FAB 3R, Yves Lacroix, a résumé la nouvelle réalité d’affaires avec laquelle il doit composer depuis l’entrée en vigueur l’été dernier de surtaxes de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium de la part des États-Unis et du Canada.

D’où cette initiative des Manufacturiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec (MMCQ) d’organiser jeudi un déjeuner-conférence sur le sujet. Car malgré la signature toute récente de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), ces mesures protectionnistes continueront à s’appliquer.

Selon le conférencier du jour, les coûts dans les aciers ont augmenté de 30 % à 40 % depuis janvier 2018. «Il y a une bonne portion d’opportunisme», a-t-il toutefois souligné.

D’entrée de jeu, celui-ci suggère aux entrepreneurs «de prendre soin de leurs choses aux lignes», tout en évoquant le principe «qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même».

Car outre les nouvelles surtaxes, il y a les droits antidumping qui peuvent aussi causer de mauvaises surprises aux manufacturiers. Ce fut le cas pour Yves Lacroix qui a vu une facture bondir de 354 % pour l’achat de tuyaux. «Il faut comprendre pour mieux gérer», a-t-il indiqué, proposant d’établir une veille.

Ainsi, dit-il, tout ce nouveau contexte fait en sorte d’augmenter les coûts et de créer une instabilité au niveau des prix. Et si jamais Donald Trump devait mettre sa menace à exécution d’abolir l’ALENA, «on pourrait tomber dans le vide» avant la mise en application de l’AEUMC. «Reviendrait-on à ce qui se passait avant le libre-échange?», craint l’industriel.

Pour sa part, une spécialiste en douanes, Louise Chevanelle, est venue expliquer l’importance de connaître le Système Harmonie. Le code SH se veut une codification des produits, valide dans quelque 190 pays du monde pour identifier des marchandises. Or, les taux de droits de douane varient selon les chiffres du code. «C’est important de bien classer les produits dans le SH. C’est la base de tout le secteur commercial. Le taux de droit de douane est basé sur le code SH», a-t-elle martelé dans sa présentation. Par exemple, pour un tube, on doit identifier, entre autres, le type d’acier, le procédé de fabrication, le diamètre, la forme, le genre et l’usage.

Par ailleurs, depuis le 25 octobre dernier, de nouvelles mesures de sauvegarde sont appliquées pour prévenir le détournement d’acier en provenance de l’étranger.

«Attention aux droits antidumping et compensateurs. Plusieurs produits en sont frappés. Changer le pays d’approvisionnement pour éviter le 25 % peut s’avérer coûteux», prévient Mme Chevanelle.

Toutefois, cette dernière avait une bonne nouvelle pour les marchandises qui sont réexportées du Canada. Les exportateurs ont la possibilité de récupérer des droits de douane payés sur leurs intrants. «Par rapport aux décrets de remise, il faut se tenir à jour sur les produits listés», a-t-elle conclu.