Jean Boulet, député de Trois-Rivière, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la région de la Mauricie, lors du lancement de la tournée En action pour la main-d’œuvre, à Trois-Rivières

Jean Boulet: «On va augmenter la valeur des heures travaillées»

TROIS-RIVIÈRES — «Ça ne sera pas parfait, on va être perfectible, mais on va travailler en équipe et je pense qu’on va atteindre nos objectifs», a déclaré Jean Boulet, député de Trois-Rivières et ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, lors du lancement de sa tournée du Québec à Trois-Rivières, lundi matin, dans le cadre de «la Grande corvée».

La tournée En action pour la main-d’œuvre, qui s’amorce à Trois-Rivières — le ministre y tenait, nous dit-on —, vise notamment à s’attaquer à la problématique de la rareté de la main-d’œuvre en mobilisant les acteurs gravitant autour du secteur de l’emploi.

La rencontre se voulait par ailleurs l’occasion de présenter un premier bilan de la Grande corvée, annoncée le 17 janvier dernier. «Avec la Grande corvée, on se donne des outils pour aider les entreprises à respecter leur contrat, à poursuivre leur croissance et à faire de l’économie du Québec, une économie qui est forte», plaide Jean Boulet, qui est également ministre responsable de la région de la Mauricie.

On fait ainsi valoir que près de 1000 entreprises ont été contactées à ce jour. « On a cogné à la porte, on a eu un bon accueil, on évalue les besoins, et on est en mesure maintenant de vous mentionner qu’on a un portrait exhaustif, région par région, sur l’identité des postes vacants, le taux de vacance — qui est de 2,4 % ici en Mauricie — et l’identité des postes à pourvoir», relate le ministre Boulet.

Cette approche auprès des entreprises aurait notamment permis de constater que près de la moitié de celles-ci affirment faire face à des problématiques de recrutement de personnel.

L’intention du ministre est de déployer l’intervention de son ministère sur quatre fronts.

Intégration

Il s’agit d’abord d’intégrer «des bassins de main-d’œuvre qui sont disponibles et de personnes qui sont prêtes à relever ce défi-là», explique le ministre. Il réfère ici aux immigrants et aux travailleurs étrangers «qui constituent à peu près 20 % de nos besoins en main-d’œuvre dans les dix prochaines années», selon lui. Il parle également des jeunes «qui constituent à peu près 54 % des besoins que nous aurons à combler dans les dix prochaines années».

Jean Boulet a par ailleurs eu un mot sur l’importance d’adapter le marché du travail à l’intégration des personnes en situation de handicap. Il faut aussi, selon lui, bonifier des initiatives existantes, déjà en place, et visant à réintégrer les travailleurs expérimentés. S’il mentionne les autochtones, le ministre n’avance toutefois pas de mesures spécifiques s’adressant à eux.

Adaptation

«Dans une société en constante mutation, notre économie change, les environnements de travail évoluent, il y a beaucoup de changements technologiques et on a besoin d’être présent pour permettre à notre main-d’œuvre de s’adapter», affirme Jean Boulet. Il s’agit ici de soutenir les travailleurs dans l’actualisation de leurs compétences, explique-t-on.

Formation

Le troisième front sur lequel Jean Boulet entend axer l’intervention de son ministère est celui de la formation. «C’est fondamental qu’on aide notre main-d’œuvre actuelle et future à bien identifier les métiers et professions d’avenir», note le député de Trois-Rivières. Il dit constater une inadéquation entre l’offre et la demande de travailleurs dans certains secteurs de l’économie. C’est ce qui explique que la Mauricie affiche 2500 postes vacants malgré un taux de chômage de 4,7 % en décembre dernier, selon lui.

Une campagne a été annoncée, il y a deux semaines, pour valoriser et faire la promotion de métiers et professions d’avenir «pour répondre à nos besoins du futur», relate le ministre. «Il faut se donner une vision de l’avenir du Québec et se donner les moyens de respecter cette vision-là du mieux qu’on peut», insiste-t-il.

Productivité

Le quatrième front, et celui sur lequel le ministre Boulet aura le plus insisté, est celui de la productivité. «Il faut vraiment accroître notre productivité au Québec», martèle-t-il. Pour lui, cela passe par des investissements en robotisation, en informatisation, en intelligence artificielle, en numérisation, par l’achat d’équipement et par la recherche et le développement.

Mesure phare, les compensations pour les entreprises formant leur personnel dans une optique d’accroissement de la productivité, passeront de 50% à 85 % des frais admissibles, avec la stratégie mise de l’avant. Le ministre assure que la formation en établissement et le coaching en entreprise seront inclus à la mesure. « On ne veut pas s’enfarger dans les détails bureaucratiques, on ne veut pas s’enfarger dans les délais», indique-t-il.

Augmenter le salaire des Québécois

Quant aux retombées pour les travailleurs, le ministre Boulet cite son propre chef, le premier ministre François Legault, pour rappeler qu’un écart de salaire annuel moyen de 6000 $ défavorise les Québécois face à leurs voisins ontariens. Pour lui, la meilleure façon de réduire cet écart est d’accroître la productivité et la valeur des heures travaillées. «Si tu robotises ou si tu achètes des nouveaux équipements, forcément, non seulement tu améliores la qualité de vie au travail de tes salariés, mais tu valorises leur travail, tu le rends plus intéressant, ça requiert des qualifications additionnelles, donc, généralement, une rémunération supérieure».

La conviction du ministre Boulet saluée

Ils étaient une cinquantaine d’élus et de représentants des secteurs de l’économie et de l’éducation à être venus échanger avec Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, qui affirme vouloir «relever le défi du recrutement et de la rétention», dans le cadre de la tournée québécoise En action pour la main-d’œuvre.

Les participants rencontrés en marge de l’événement étaient plutôt unanimes à saluer la «rapidité et la conviction» du ministre Boulet. Annie Pellerin, vice-présidente aux ressources humaines et communications chez Marmen, a même parlé d’«agressivité», pour qualifier l’attitude proactive du ministre responsable de la région de la Mauricie.

Du côté de chez Innovation et Développement économique Trois-Rivières, on se réjouit de l’annonce de lundi matin. Pour Mario De Tilly, directeur général de l’organisme qui accompagne les entreprises de la région dans leur développement, le ministre fait preuve de beaucoup de conviction et d’écoute. «On est au point où beaucoup de projets porteurs sont sur le point d’être mis sur la glace, faute de moyens», déplore-t-il. Il se dit rassuré par les signaux lancés par le gouvernement et confiant quant aux mesures proposées. Il serait dommage, pour lui, qu’une entreprise qui projette de s’installer dans la région et de créer 50 emplois soit perçue comme un problème.

À l’UQTR, le recteur Daniel McMahon se dit aussi content de la manière dont les choses semblent se dessiner. L’important pour lui est la volonté de travailler main dans la main. Il indique par ailleurs que l’Université participe déjà à des programmes de formation ciblée, hors campus. La stratégie du ministre Boulet de consacrer davantage de ressources à la formation en entreprise cadre donc dans les opérations de l’institution.

Pour Paul Lavergne, vice-président du Conseil régional des partenaires du marché du travail de la Mauricie, s’il y a tout lieu de se réjouir, il importe toutefois de demeurer vigilant. Celui qui œuvre aussi à la CSN se félicite d’abord de voir la gestion des ressources humaines ramenées à l’avant-plan. Selon lui, la taille moyenne des entreprises — 80 % sont des PME comptant moins de 20 employés — ne leur permet pas de dédier l’énergie nécessaire à cet aspect des opérations. Situation qui se concrétise parfois en une dégradation du climat de travail.

Là où M. Lavergne émet un certain bémol, c’est au niveau de l’adéquation formation-emploi mise de l’avant par le ministre. «L’école, sa job, c’est pas de fabriquer des travailleurs, mais des citoyens et des citoyennes», plaide-t-il. «Si on s’en va modifier le cursus scolaire pour que les jeunes, les futurs travailleurs et travailleuses, sortent de l’école pour travailler dans une shop, là on a un problème», soutient-il. Il défend la dispense d’une formation transférable, qui ne rend pas le travailleur captif d’une seule entreprise.

Le sort des travailleurs étrangers préoccupe également Paul Lavergne, qui n’hésite pas à comparer le traitement de la main-d’œuvre étrangère à de la gestion de marchandise. Pour lui, si les travailleurs étrangers doivent être partie prenante de la solution, cela doit se faire dans le respect et dans le resserrement des règles en place.

Le syndicaliste, qui dit vouloir «se garder une petite gêne», conclut néanmoins en reconnaissant que «c’est la première fois qu’on entend un gouvernement qui dit “on va se parler, on va trouver des solutions”».