Normand Cormier est le propriétaire de la Pépinière Cormier.
Normand Cormier est le propriétaire de la Pépinière Cormier.

Jardinerie: semis et semences à la mode

Trois-Rivières — Il n’y a pas que le papier de toilette qui peut créer une forte demande en période de pandémie. Signe probable d’une inquiétude quant à l’accès à certaines denrées alimentaires, de nombreuses personnes de la région ont déjà fait des provisions de semis et de semences de légumes en vue de la prochaine belle saison.

Normand Cormier, propriétaire de la Pépinière Cormier de Trois-Rivières, raconte que la crise du coronavirus a incité plusieurs de ses clients à faire leurs réserves durant la première partie du mois de mars.

«Cinq jours avant la fermeture des entreprises, ça a été meilleur que d’habitude. Les gens disaient que s’il arrive quelque chose, ils auront au moins de quoi pour semer et avoir des légumes. Quand on a senti arriver le confinement, ça se garrochait pour acheter des semences, des terreaux. Il y a des variétés de semences qu’on n’a plus et qu’on n’aura plus comme du poivron. Les gens ont fait leurs réserves de semences de tomates, de piments, de fines herbes. On a plusieurs variétés dans le bio et il y a un bon marché là-dessus. Les gens qui achètent bio sont des gens prévoyants.»

«On a le droit de faire la vente en ligne et téléphonique et ça fonctionne bien, les gens ont peur d’en manquer, analyse André Carbonneau, propriétaire des Jardins André Carbonneau de Louiseville. Les gens ont hâte de faire des légumes, c’est spectaculaire. Dans mon cas, en avril, je ne vends pas ces produits. Actuellement, on vend des plants de tomates, des plants de fraises, des plans de céleri, des semences pour des carottes, des betteraves. Ça fait plus de 30 ans que je fais ça et je ne me rappelle pas un tel engouement à ce stade-ci. Ça fait deux semaines qu’on a beaucoup d’appels de gens qui ont peur d’une pénurie. Les gens ont peur de ne pas avoir de plants de légumes, mais il n’y a pas de pénurie. Tu sens que les gens sont inquiets.»

Chez Gauthier fleurs et jardins, on note une bonne affluence de transactions par internet pour les semis et les semences, explique la directrice générale de l’entreprise trifluvienne, Lise Gauthier.

«On voit l’engouement même si ça n’a rien à voir avec quand les gens viennent en magasin. Les gens achètent des semis de tomates, de piments. Les gens achètent des semences surtout. Ils sont là, on le sent, pour faire des provisions. Depuis quelques années, on voit un engouement pour les potagers et c’est assez humain dans une période d’incertitude que les gens vont se tourner vers l’alimentaire en plus de l’ornemental», explique celle qui ne s’attend pas à une pénurie, étant donné que les stocks sont planifiés depuis l’an passé.

Les jardineries, comme les boutiques de fleurs, doivent respecter la fermeture des commerces jugés non essentiels jusqu’au 13 avril. Personne ne s’attend vraiment à ce que leur entreprise rouvre le lendemain de Pâques, mais tous espèrent être en mesure de connaître une saison respectable.

«Si on veut garder le moral, il faut dire qu’on va être ouvert, mentionne M. Cormier. Ça fait deux semaines que je sème et je me demande si je fais ça pour rien. Si les restrictions sont levées en mai, on sauve une bonne partie de la saison.»

André Carbonneau est du même avis. «Notre saison se fait en quatre semaines. Pour sauver la saison, il faut ouvrir pas plus tard que le 15 mai. On réussirait à avoir une saison correcte et à limiter les pertes. Mais le gouvernement prend la santé des gens en premier et c’est louable. Si c’est pour nuire à la santé publique, on va rester fermé et on fera avec», philosophe M. Carbonneau, en rappelant toutefois qu’en raison du niveau d’achalandage des jardineries versus celui des grandes surfaces toujours en exploitation, le risque de contamination devrait être inférieur dans un commerce comme le sien.

Lise Gauthier affirme ne pas se faire d’idée en terme de date de réouverture. La directrice générale de Gauthier rappelle que tout le monde travaille à protéger ses acquis et qu’aucun commerce ne désire devenir «un vecteur du virus».

«Ce qui est important est que tout le monde soit protégé. Dès que la température le permet, on travaille pour être prêt pour l’ouverture.»

Mme Gauthier souhaite toutefois une réouverture des commerces en vue de la fête des Mères qui aura lieu le 10 mai. Pour les fleuristes, l’importance financière de cette fête est telle qu’elle fait la différence «entre une bonne et une mauvaise année», selon elle.