Chadi Habib et Gilles Lamy, de Desjardins, en compagnie du maire de Shawinigan Michel Angers.

Investissement majeur de Desjardins au DigiHub

SHAWINIGAN — Comme prix de consolation, Shawinigan ne s’en tire pas trop mal. Après avoir échappé de peu Ubisoft l’an dernier, le DigiHub s’apprête à accueillir le premier bureau satellite de Desjardins spécialisé en technologies de l’information à l’extérieur de Québec et Montréal, un investissement de 25 millions $ sur cinq ans qui créera au moins une trentaine d’emplois.

Chadi Habib, premier vice-président Technologies de l’information pour le groupe financier coopératif, a procédé à cette annonce majeure mercredi matin, entre les murs de la dernière partie du DigiHub à développer. Les travaux d’amélioration s’amorceront dès le début 2019.

«Dans la première phase, nous mettrons ici une trentaine de ressources dans le domaine du développement technologique», précise M. Habib. «On va commencer avec ça. Les technologies sont en train d’évoluer et de changer la façon dont les consommateurs interagissent avec leurs institutions. Pour Desjardins, ce n’est pas une menace, mais une opportunité d’être plus centré sur les besoins de nos membres et nos communautés.»

M. Habib est convaincu que le développement de cette expertise ne doit pas obligatoirement passer par les grandes villes. Il a personnellement été séduit assez rapidement par les installations locales, lors d’une conférence organisée en janvier pour les dirigeants des caisses. Gilles Lamy, président de Vision entrepreneuriat Desjardins, s’était chargé de faire découvrir le centre d’entrepreneuriat à son invité, qui est visiblement tombé sous le charme.

«Je suis impressionné par l’énergie qu’il y a ici, par le sentiment d’entrepreneuriat et le dynamisme de tout le monde», témoigne M. Habib. «Cette région est vraiment superbe. Je suis convaincu que ça va attirer plein de monde.»

Il s’agit d’une autre contribution majeure des Caisses Desjardins à l’ancienne Wabasso. En décembre 2013, le mouvement coopératif avait versé une commandite de 250 000 $ pour une période de cinq ans afin de se réserver l’appellation du centre d’entrepreneuriat.

Particulièrement inspiré, le maire de Shawinigan, Michel Angers, voit ainsi l’aboutissement de longues négociations pour trouver un partenaire majeur dans la dernière partie du DigiHub. L’an dernier, Ubisoft avait préféré Saguenay à Shawinigan et Magog pour l’établissement d’un studio de développement de jeux en ligne, un projet de 135 millions $.

«En une décennie, le vent a tourné passablement du côté de Shawinigan», rappelle-t-il. «Nous aurons réussi à faire un virage qui impressionne les gens de l’extérieur et qui nous permet de rayonner un peu partout à travers la planète.»

M. Angers fait remarquer que cette annonce cadre parfaitement avec l’esprit de sa participation au premier Sommet international de l’innovation des villes médianes, au début du mois à Nevers.

«Nous voulions faire la démonstration qu’il n’y a pas que dans les grands centres qu’on est capables d’innovation», pointe-t-il. «Dans les villes intermédiaires, il est aussi possible de se distinguer.»

Cette annonce consolide la volonté de Shawinigan de s’inscrire comme le troisième pôle du numérique au Québec. Une prétention qui pouvait faire sourire lorsqu’elle avait été avancée par le gouvernement du Parti québécois, en novembre 2013.

«Un humoriste disait qu’il fallait aller à Shawinigan pour voir mourir les rêves», rappelle le maire. «Je dis que c’est plutôt l’inverse. C’est à Shawinigan qu’on en est mesure de voir grandir nos rêves.»

«C’est à force de pelleter des nuages qu’on finit par voir briller le soleil», image M. Angers. «Je pense que le soleil brille chez nous!»

Des bureaux satellites spécialisés en technologie de l’information seront aussi créés par Desjardins à Saint-Lambert et Saint-Eustache en 2019. Il existe déjà une ressource semblable à Trois-Rivières, sur le boulevard des Récollets, avec Desjardins Entreprises Mauricie.

«C’est un petit bureau où on travaille avec CGI et des stagiaires de l’université pour faire du développement rapide», précise M. Habib.

Défi de recrutement

Comme il s’agit d’une première phase, il n’est pas exclu que ce projet prenne encore plus d’ampleur.

«Possiblement», reconnaît M. Habib. «Nous avons de l’intérêt. Nous allons commencer par bien faire la première phase, prouver le modèle, nous assurer que nous avons les bons talents et les bonnes capacités. Ensuite, nous regarderons les prochaines possibilités.»

L’enjeu du recrutement, déjà très sensible pour les entreprises qui œuvrent dans les technologies de l’information en Mauricie, représentera aussi un défi pour Desjardins.

«On vise une trentaine d’emplois, mais si ça va super bien, on considérera autre chose bien avant cinq ans», souligne M. Habib. «À travers le Québec, il y a une pénurie de main-d’œuvre assez importante en technologie. Tous les ingrédients qu’on pourra utiliser pour combler ces besoins, nous les utiliserons.»