C’est le 2 juillet 2019 que le lock-out à l’ABI a pris fin, mettant un terme à cette scène qui aura duré 18 mois.
C’est le 2 juillet 2019 que le lock-out à l’ABI a pris fin, mettant un terme à cette scène qui aura duré 18 mois.

«Il ne faut pas tenir l’industrie de l’aluminium pour acquise»

Bécancour — Selon le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, le règlement du conflit à l’Aluminerie de Bécancour avait beau être une bonne nouvelle, «il ne faut pas tenir l’industrie de l’aluminium pour acquise».

«Ça reste difficile. Au lendemain du lock-out, j’ai dit que j’avais hâte qu’ABI fasse des investissements pour moderniser l’usine. Je pense qu’il va falloir arriver à ça le plus rapidement possible parce que ça demeure un marché qui, sans être inquiétant, est fragile», a-t-il laissé savoir.

Celui-ci affirme que le conflit de travail fut difficile au niveau du climat social et de l’économie, et tant pour les employés en lock-out que les leaders politiques.

Le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard.

«Les échos que j’ai, c’est que c’est bien relancé. Il y a des nouveaux employés. Mais si le lock-out n’avait pas été réglé au début de la pandémie, je serais très inquiet aujourd’hui. Donc, que ça se soit réglé en juillet l’année passée, ce fut une bonne décision pour tout le monde», ajoute M. Martel.

Donald Martel

Une appréhension partagée par le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard.

«Il y aurait eu toute une problématique. Déjà, il y avait un impact humain et économique depuis l’année et demie. Ça aurait été dramatique, j’aime mieux ne pas y penser. Heureusement, ce n’est pas le cas », confie-t-il.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Ce qui n’empêche pas, dit-il, que la pandémie se soit ajoutée comme imprévu à une démarche de restructuration et d’un nouveau départ de l’entreprise. «Les deux parties, les propriétaires et les travailleurs, ont très bien relevé ce double défi. Les équipes se structurent une à une et la production reprend pour aller à son maximum d’ici la fin de la présente année », fait-il valoir.

D’ailleurs, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, se réjouit de constater que les gens semblent avoir tourné la page. «Ce fut l’un des beaux jours de mes 23 ans de vie municipale. Ça m’a tellement inquiété durant près de deux ans, ça a été vraiment un grand soulagement quand c’est arrivé», admet-il par rapport à l’acceptation de l’offre patronale.

Le ministre responsable du Centre-du-Québec, André Lamontagne.

Même s’il se dit confiant qu’ABI puisse demeurer l’entreprise majeure du parc industriel, le premier magistrat ne cache toutefois pas son inquiétude sur «ce qui se passe autour de l’industrie de l’aluminium».

«Il y a le prix de l’aluminium et les facéties de M. Trump au sud de la frontière, les menaces qui souvent nous arrivent. Alcoa est une compagnie qui a les reins solides assez pour passer à travers les difficultés, ils nous l’ont démontré à travers le lock-out», se console M. Dubois.

Le professeur titulaire en relations industrielles à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez.

«Je souhaite bien que l’industrie de l’aluminium se replace, qu’on assure la pérennité maintenant de l’entreprise qui est majeure et déterminante dans notre santé économique», renchérit celui qui rappelle les quatre millions de dollars que rapporte l’ABI en taxes municipales.

Et le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, est aussi conscient des retombées économiques de l’aluminerie.

Le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais.

«Quand on a 1000 travailleurs qui gagnent en moyenne peut-être 100 000 dollars par année, tout de suite en partant, on parle de 100 millions de masse salariale. Si tu mets un multiplicateur là-dedans pour la contribution partout, on parlait de 400, 500 millions pour le Centre-du-Québec», se plaît à rapporter le ministre responsable de cette région.

Pour lui, la fin du lock-out fut «certainement une bonne nouvelle». «C’est majeur. Savoir que c’est arrêté pendant deux, trois jours, c’est une chose, mais quand c’est arrêté pendant 17 mois, c’est comme le sang qui coule et qui n’arrête pas de couler pour une région», donne-t-il comme exemple.

Le directeur général de la SADC de Nicolet-Bécancour, Steve Brunelle.

À la Fromagerie L’Ancêtre, de Bécancour, le président-directeur général, Pascal Désilets, confirme avoir ressenti les effets de la fermeture de l’ABI.

«Pour notre comptoir, pour les ventes, c’est sûr que ça a eu un impact négatif durant cette période-là. Donc, on est très content de la réouverture et on sent qu’il y a plus de dynamisme. Que ça ait ouvert avant la pandémie, ça nous a permis justement en tant que région de traverser la pandémie de façon beaucoup plus solide ou en santé», avance-t-il.

Le propriétaire de Restaurant rôtisserie Guay, Michaël Guay.

«Le retour des employés à l’ABI, c’est sûr que ça a eu des conséquences sur les commerces locaux », renchérit le directeur général de la SADC de Nicolet-Bécancour, Steve Brunelle, soulignant l’importance du pouvoir d’achat des travailleurs de l’aluminerie qui, de surcroît, joue un rôle de citoyen corporatif fort significatif.

Or, le propriétaire du Restaurant rôtisserie Guay de Bécancour, Michaël Guay, peut témoigner du poids économique de l’ABI. Après avoir fait un menu spécial aux lockoutés, il bénéficie de leur encouragement, tantôt par de nombreuses commandes, tantôt par une collecte de fonds, en passant par la fréquentation de sa salle à manger.

«J’étais content pour les gars», se rappelle-t-il lors de la fin du lock-out. Mais l’ABI ne suffit pas à le sortir de la présente crise, d’où sa demande pour garder les taxes d’ici la fin de l’année, ne pas payer les permis en 2021, prolonger la subvention salariale et obtenir un crédit de la part d’Hydro-Québec.

Si, pour le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais, le dénouement du conflit est venu enlever «un poids sur les épaules», le professeur titulaire en relations industrielles à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, croit que «ni l’employeur ni le syndicat ne voudront répéter cette expérience douloureuse».

«Il s’agissait d’un combat de titans. Les parties se sont placées dans une situation où elles refusaient tout compromis susceptible de remettre en question leurs principes. Cette négociation demeure un échec dans la mesure où une partie impose l’essentiel de sa volonté à l’autre partie», a-t-il conclu.