Hydro-Québec: un employé sur trois fait plus de 100 000 $

Environ un employé sur trois (35 %) à Hydro-Québec touche un salaire de base de plus de 100 000 $, a constaté Le Soleil. Le prix à payer pour avoir «une expertise pointue», répond la société d’État.

En 2018, 6807 travailleurs, incluant les cadres supérieurs, avaient un revenu de base franchissant le cap des 100 000 $, peut-on lire dans une demande d’accès à l’information. La moyenne des salaires est de 119 095 $.

Cette donnée ne tient pas compte des bonis de performance. En 2017, 23,9 millions $ avaient été versés en rémunération incitative.

Au 31 décembre dernier, lors du dévoilement du rapport annuel de la société d’État, le distributeur d’électricité comptait dans ses rangs 19 786 paires de bras. Et la masse salariale était d’environ 1,7 milliard $.

Jeudi, par voie de communiqué, Hydro-Québec a indiqué avoir signé des ententes pour le renouvellement des conventions collectives avec sept des huit syndicats responsables des travailleurs de la société d’État.

Les employés auront droit à une augmentation salariale de 10 % au cours des cinq prochaines années, soit 0,5 % en 2019, 1 % en 2020, 2 % en 2021, 3 % en 2022 et 3,5 % lors de la dernière année du contrat.

«C’est dommage»

Selon le porte-parole de la Fédération canadienne des contribuables, Renaud Brossard, cette augmentation salariale est «raisonnable», car elle suit l’inflation. Toutefois, il digère mal le nombre de travailleurs avec un salaire de 100 000 $.    

«C’est dommage de voir qu’Hydro-Québec va donner des augmentations salariales à ses employés, alors qu’elle n’a toujours pas remboursé aux contribuables les trop-perçus à ses clients durant des années», affirme M. Brossard. «J’espère toutefois que la direction va poursuivre ses efforts pour diminuer son personnel. Les salaires sont abusifs chez Hydro-Québec. Il y a une déconnexion. Ce n’est pas représentatif du salaire moyen au Québec. Il est d’environ 49 000 $ par année. Là, nous parlons de salaires qui sont payés par l’argent des contribuables à travers les revenus d’électricité», poursuit-il.

Rafraîchissons-nous la mémoire : lorsqu’elle formait le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, la Coalition Avenir Québec (CAQ) avait calculé que les Québécois avaient payé entre 2008 et 2015 en frais d’électricité environ 1,4 milliard $ en trop, soit environ 350 $ par famille.

Du côté d’Hydro-Québec, la direction assure être en contrôle de ses charges d’exploitation. Elle indique qu’avec la nouvelle convention collective, elle aura notamment une meilleure flexibilité pour la gestion de ses horaires. Ce qui devrait avoir un impact sur le temps supplémentaire.

«On arrive à absorber ces augmentations salariales», indique le porte-parole, Louis-Olivier Batty. «On parle de professionnels, d’ingénieurs, de cadres intermédiaires, de cadres supérieurs et de la haute direction. Il ne faut pas oublier qu’Hydro-Québec est une boîte de technologie et de génie qui opère l’un des plus importants réseaux électriques dans le monde. Nous avons 63 centrales. On réalise des projets dans les temps et dans les budgets. Ailleurs, nous avons vu ce que cela a coûté à certains ministères de laisser partir des gens. C’est normal et rentable que ces personnes aient des salaires de plus de 100 000 $. Hydro-Québec se doit de conserver une expertise pointue», poursuit-il.

À titre de comparaison, selon des données de la Fédération canadienne des contribuables, à la Société des alcools du Québec 128 travailleurs sur 5160 à temps complet avaient un salaire de base l’an dernier dans les six chiffres.

Du côté de Loto-Québec, 211 employés sur 5935. Et chez Investissement Québec, 163 sur 515.

En novembre, le gouvernement provincial mentionnait au Soleil qu’il allait se pencher sur l’augmentation de la rémunération des salariés de plus de 100 000 $ chez Revenu Québec. En 2017-2018, 598 travailleurs avaient touché un revenu dans les six chiffres. Il s’agit d’un bond de 126 % depuis 2011-2012.