Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, veut encourager les entrepreneurs lors de son passage à la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.

Guy Cormier vient livrer sa vision de Desjardins

«Malgré la situation ambiante, il faut se retrousser les manches. C'est ce que fait le Mouvement Desjardins depuis 117 ans, avec un paquet de régions et d'entrepreneurs, ce qui a permis de passer au travers de plusieurs périodes difficiles. Et devant nous, on a peut-être une période qui peut nous paraître un peu plus difficile. Mais je viens dire à nos entrepreneurs qu'ils peuvent compter sur nous, qu'on va être au rendez-vous. Je viens les encourager.»
Voilà l'un des nombreux messages que le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, réserve aux membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, mercredi, lors du déjeuner mensuel.
Même si, dit-il, l'année 2016 s'est terminée au Québec avec de bonnes nouvelles macroéconomiques, tant sur le plan de l'emploi que de la croissance, sans oublier l'état des finances publiques, certains éléments se veulent préoccupants, tels qu'un marché de l'habitation qui s'essouffle et des entreprises qui tardent à investir massivement.
«On voit ce qui se passe au niveau mondial. Je vais leur parler de la situation avec nos voisins du sud, de la montée du protectionnisme», a-t-il confié dans une entrevue accordée au Nouvelliste.
Celui-ci veut également informer son auditoire que comme entrepreneur ou financier, «on ne peut pas rester insensible à ce qui se passe actuellement à travers le monde», évoquant le Brexit et l'élection américaine.
«Ce n'est pas juste la recherche du profit à court terme qui est importante. Il faut un peu changer nos lunettes et voir la progression de l'économie pas seulement à travers le PIB, l'emploi, la balance commerciale, des chiffres qu'on connaît depuis des années. Il va falloir de plus en plus introduire des dimensions comme la propriété intellectuelle, les brevets, la réduction des inégalités dans la société, le décrochage scolaire, tout ce qui touche la gestion de l'eau, la qualité de l'air, l'environnement», croit M. Cormier.
À son avis, «on ne peut plus gérer nos entreprises, nos sociétés, en mettant de côté ces dimensions, car on sait qu'à court et moyen terme, elles vont avoir un impact sur nos entreprises». «Si on n'est pas à l'écoute de ce que les gens nous disent, on va juste créer plus de chaos et d'incertitude», poursuit-il tout en rappelant que la recherche du profit n'est pas la finalité chez une coopérative comme Desjardins.
Par ailleurs, le successeur de Monique Leroux depuis un an partagera sa vision du Mouvement.
«Je souhaite que Desjardins soit vraiment premier dans le coeur des gens ici au Québec et dans nos différents marchés, que ce soit encore plus simple faire affaire avec Desjardins, qu'on soit une organisation encore plus humaine, plus moderne, plus performante, que Desjardins soit vraiment toujours excellente dans la prestation de services à nos entrepreneurs, nos gens d'affaires, nos membres», s'est-il plu à définir.
Pour Guy Cormier, Desjardins doit non seulement «servir du monde», mais aussi, être un leader socioéconomique. Et l'une des grandes forces du Mouvement, dit-il, c'est d'avoir un coffre à outils «extrêmement large» pour venir en aide tant à la très petite entreprise qu'à la grande, et ce, à toutes les étapes de son développement.
«Chez Desjardins, c'est extrêmement important de soutenir l'entrepreneuriat, nos jeunes, nos gens qui veulent se lancer en affaires», a-t-il insisté.
Interrogé au sujet de la caisse mobile qui était en démonstration lors de l'Expo habitat Mauricie, le grand patron a précisé que le projet-pilote, amorcé l'an dernier, allait se poursuivre jusqu'au début de l'été avant d'être évalué.
«C'est un concept innovant dont les résultats sont très positifs», affirme celui qui y voit une façon de s'approcher de la clientèle, que ce soit pour répondre à une demande spécifique ou à un besoin sporadique.
Y aura-t-il d'autres fermetures de caisses dans la région? «Je ne peux pas prendre d'engagement pour dire que rien ne va bouger dans le réseau. Le monde change aujourd'hui. Plus de 70 % des gens font leurs transactions financières à travers l'ordinateur, le mobile. Quand on prend ces décisions, elles sont toujours très difficiles. On prend le temps de s'asseoir avec les élus locaux, les leaders du milieu, et on parle de la caisse mobile, des ententes avec la municipalité pour partager des locaux ou laisser des employés à l'hôtel de ville», a-t-il répondu.
Ce dernier explique que l'un de ses plus grands défis consiste à «bien réconcilier le respect de notre passé, le respect des gens qui ont emmené le Desjardins que nous avons aujourd'hui depuis les 30, 40, 50 ans, de continuer à toujours bien desservir ces membres-là, mais comme président, ma responsabilité est aussi de construire et de développer le Desjardins des 40, 50 prochaines années».
«Et oui, ça veut dire parfois prendre des décisions qui font évoluer notre réseau de distribution. On essaie vraiment de faire ça à la façon Desjardins, le plus humainement possible», a conclu celui qui a travaillé sur le terrain pendant 17 ans.
CRCD: 219 M$ investis en région
Depuis sa création en 2002, Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) a injecté 99 millions de dollars en Mauricie et 120 millions de dollars au Centre-du-Québec dans un total de 62 entreprises, dont Innovations Voltflex à Trois-Rivières et Matériaux spécialisés Louiseville.
«C'est un puissant levier de développement socioéconomique au Québec. Je veux en faire un levier encore plus grand au cours des prochaines années. C'est près de 40 % de notre portefeuille qui est investi dans les régions ressources, à l'extérieur des grands centres», a indiqué en entrevue le président de Desjardins, Guy Cormier.
Selon lui, ce coup de pouce est d'autant plus important pour une région comme la Mauricie qui «travaille extrêmement fort, depuis les cinq à dix dernières années, à faire évoluer son tissu économique, qui était à dominante plus manufacturière, vers des domaines plus technologiques et des secteurs spécialisés».
«Je ne suis pas convaincu que ce sont tous les fonds de capital de risque à travers le monde qui pensent à la Mauricie versus ce que fait Desjardins», fait remarquer le grand patron du Mouvement.
S'il dit que les entreprises apprécient l'aide financière de CRCD, le soutien apporté pour qu'elles puissent former un conseil d'administration est tout aussi précieux.
Or, le chef de l'exploitation de Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif, Luc Ménard, veut justement bonifier cet accompagnement non seulement au niveau de la gouvernance des entreprises, mais également dans leur conquête des marchés internationaux, d'où un projet particulier pour l'Europe.
«C'est ce que j'aime de CRCD, c'est du capital sous forme d'équité. On met à la disposition des entreprises un véritable accompagnement. Quand CRCD investit dans une entreprise, on ne met pas déjà une date de sortie. On n'est pas un fonds de capital de risque américain qui investit en sachant très bien qu'il veut sortir dans quatre ans avec un rendement de 20%. Nous, c'est véritablement du capital patient, on est là pour le développement de nos régions», a conclu Guy Cormier.