Près d’une centaine de participants ont assisté au congrès annuel de l’AFVSM.

Forêt et changements climatiques

Saint-Alexis-des-Monts — «Pour quelqu’un qui n’est pas initié au domaine forestier, il est difficile de comprendre que les activités d’aménagement forestier et de récolte puissent être bénéfiques pour l’environnement.»

Voilà comment le président de l’Association forestière de la Vallée du Saint-Maurice (AFVSM), Éric Couture, a mis la table, vendredi, aux discussions sur les changements climatiques et la forêt lors du congrès annuel de l’organisme qui réunissait près d’une centaine de participants à l’Auberge du Lac-à-l’Eau-Claire de Saint-Alexis-des Monts.

Face à des citoyens qui se questionnent de plus en plus souvent sur la protection de l’environnement en regard des changements climatiques (CC), il est apparu nécessaire au conseil d’administration de l’AFVSM de traiter du sujet des CC sous un angle forestier et ce, sous l’animation de Évelyne Thiffault, ingénieure forestière et professeure à l’Université Laval. Cette dernière est reconnue comme experte dans le domaine des forêts et des changements climatiques.

Deux grands enjeux étaient abordés dans les conférences présentées. Le premier concernait les manières dont les CC affectent le milieu forestier. Cet enjeu a été traité par Christian Messier, professeur à l’Université du Québec en Outaouais et à Montréal. Sa conférence a permis d’expliquer aux participants les différentes répercussions des CC sur le quotidien des gens qui travaillent en forêt. Il s’avère que certains impacts des CC peuvent être des opportunités alors que d’autres constituent des menaces pour le milieu forestier.

Et André Gravel, directeur approvisionnement en fibre chez Domtar s’est également interrogé sur ces impacts. Ce dernier a expliqué les initiatives mises en place par son entreprise afin d’anticiper, de mesurer et de diminuer les risques associés aux CC. M. Gravel a également abordé les principes de l’économie circulaire mis en œuvre chez Domtar dans l’aménagement forestier durable.

Enfin, Philippe Marcotte, chef du Service du calcul et des analyses de l’Est, a fait part des défis à venir pour l’équipe du Bureau du Forestier en chef. En effet, les stratégies d’aménagement mises en œuvre se doivent d’être efficaces face aux CC. Il est aussi primordial de s’assurer que les outils utilisés pour les calculs des possibilités forestières intègrent les changements que les forêts vont subir dans l’avenir.

L’autre grand enjeu concernait le rôle de la forêt et des produits forestiers dans l’atténuation des CC. En effet, comment la forêt peut-elle aider à baisser le taux de CO2 contenu dans l’atmosphère? Est-il bénéfique de récolter des arbres et d’utiliser le matériau bois? Pour répondre à ces questions, Jean-François Boucher, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, a abordé plusieurs façons de rendre la forêt efficace face aux CC.

Parmi celles-ci : l’atténuation par l’aménagement forestier, le boisement et reboisement de friches agricoles, terrains dénudés, etc. M. Boucher a également traité de l’empreinte carbone des produits du bois. Il s’avère que l’utilisation de produits en bois de longue durée – construction non résidentielle en bois – est un très bon moyen pour stocker du carbone de manière durable.

Finalement, le sujet du crédit carbone a été traité sous l’angle de la forêt privée. En effet, Dany Senay, directeur de la Forêt communautaire Hereford, est venu présenter le projet Pivot. Ce projet, mené en collaboration avec Écotierra, permet aux propriétaires forestiers privés de jouer un rôle concret dans la lutte aux CC en participant au marché du carbone. Dans ce projet, la valeur du carbone est considérée dans les produits forestiers, mais aussi dans les arbres sur pied.

Lors de sa synthèse, l’animatrice Évelyne Thiffault a rappelé que parmi toutes les armes disponibles pour lutter contre les changements climatiques, l’aménagement forestier durable peut générer de grands bénéfices en matière d’atténuation. Elle a rappelé par contre que la productivité et la composition des forêts risquent de changer au cours des prochaines décennies. Il est donc important, dit-elle, de se soucier de la santé des écosystèmes sous un climat changeant et d’explorer les moyens de favoriser leur adaptation et leur résilience.

Également, à son avis, il va devenir primordial d’être efficace avec chacun des mètres cubes de bois que l’on récoltera et de s’assurer que les produits du bois soient utilisés de manière efficace sur les marchés. Elle a aussi mis en parallèle les enjeux des propriétaires privés et du gouvernement du Québec en matière de lutte aux changements climatiques. En effet, le gouvernement du Québec doit non seulement penser à maintenir des stocks de carbone en forêt et à l’harmonisation des différents usages des territoires forestiers, mais aussi aux besoins de la société en matériaux et en énergie.

Pour terminer sur une note humoristique qui met en valeur le côté humain de la foresterie, Mme Thiffault a souligné que tous les travailleurs du milieu forestier et du domaine de la transformation du bois doivent se reconnaître comme des «superhéros de la lutte aux changements climatiques».

«L’objectif du congrès était d’offrir l’occasion d’échanger sur un sujet d’actualité qui suscite parfois des controverses. Les participants qui provenaient d’horizons divers ont ainsi pu poser des questions et échanger avec les conférenciers. C’est donc mission accomplie pour l’AFVSM», a conclu la directrice, Angéline Fourchaud.