Avec le report du Festival western, les commerçants de Saint-Tite perdront d’importants revenus cette année.
Avec le report du Festival western, les commerçants de Saint-Tite perdront d’importants revenus cette année.

Festival western: les commerçants de Saint-Tite encaissent le choc

SAINT-TITE — Au lendemain de l’annonce du report de la 53e édition du Festival western de Saint-Tite à 2021, les commerçants de la ville d’environ 3700 âmes entamaient leur deuil de l’événement. Tous déplorent la perte de cette occasion de brasser des affaires comme jamais dans l’année. Cependant, les conséquences du report de l’événement varient grandement d’un commerce à l’autre.

«On ne peut pas dire que ça n’aura pas d’impacts, mais on va tirer notre épingle du jeu quand même», croit Philipe Dumais, l’un des cofondateurs de la microbrasserie À la Fût.

M. Dumais fait remarquer que la microbrasserie vend sa bière à travers tout le Québec et que sa notoriété est bien établie. C’est davantage le resto-pub de l’entreprise qui risque d’écoper du report du festival.

«Les gens boivent plus de bière à domicile, parce que les bars sont fermés, ça nous aide. Le resto-pub est plus affecté, ça a pas mal ralenti. Mais on a développé un service de livraison et de commandes pour emporter. À Saint-Tite, on livre des repas de mercredi à samedi», explique-t-il.

L’entrepreneur se dit plus inquiet des impacts du report du festival sur la région que sur la coopérative de travail.

La microbrasserie tourne cependant au ralenti, en raison des mesures de confinement et de distanciation sociale. S’il arrive à composer avec ces contraintes pour le moment, M. Dumais demeure inquiet à propos de l’avenir du monde de la restauration.

«On a beaucoup de clients qui sont des bars et des restaurants. C’est pour eux qu’il y a encore un point d’interrogation. On se demande aussi si les gens vont venir en moto, puisqu’aux mois de juillet et d’août, on espère pouvoir ouvrir notre terrasse au pub. Mais sinon, on va mousser le service de livraison.

On travaille avec une équipe réduite, mais on est assez créatifs, on crée de nouvelles idées et nouveaux concepts et on fonce là-dedans», ajoute-t-il.

«On fait de grosses semaines»

L’impact sera très grand sur la boucherie Albert Veillette et fils. L’entreprise vend évidemment beaucoup pendant le festival, mais celui-ci est surtout l’occasion de se faire connaître à travers la province.

«Beaucoup de gens qui viennent au festival reviennent dans l’année qui suit. C’est une très grosse carte d’affaires, une grosse fenêtre sur le Québec», explique Mario Veillette, copropriétaire de la boucherie.

Celui-ci ne s’inquiète toutefois pas pour la survie de l’entreprise, puisque comme À la Fût, celle-ci fait des livraisons à travers la province. La boucherie connaît par ailleurs d’excellentes semaines depuis le début du confinement.

«Normalement, la semaine avant Pâques, c’est notre semaine la plus tranquille de l’année. Mais là, on est bien occupés, on fait l’équivalent de nos grosses semaines d’été. Disons qu’on n’était pas prêt à ça», illustre M. Veillette.

Le report du festival signifie toutefois que les gens qu’il embauche pendant le festival, pour répondre à l’afflux soudain de clientèle, devront se trouver une autre occupation pendant la dizaine de jours que dure habituellement l’événement. Le nombre d’employés passe de 15 à 40 pendant cette période.

«Mais ce sont principalement des membres de la famille qui viennent donner un coup de main: des cousins, les chums et les blondes des enfants, etc.», nuance M. Veillette.

«C’est un gros coup»

La propriétaire de la Papeterie tabagie Chez Grimm, qui a pignon sur rue en face de l’église de Saint-Tite, était moins optimiste, jeudi.

«J’ai une manufacture de chapeaux et je m’appuie beaucoup sur les ventes pendant le festival pour faire vivre la tabagie. Ça risque d’être difficile de passer à travers 2020 et 2021. C’est un gros coup, on essaie de trouver une manière de rentabiliser la chose. On travaille pour trouver du financement», explique France Alarie.

En effet, si l’achalandage est fort pendant le festival, ce n’est pas la même histoire le reste de l’année.

«Le commerce est tellement petit, et la ville est tellement petite, que je fais à peine assez pour couvrir les frais de chauffage et d’électricité. C’est difficile d’être compétitif avec les grosses entreprises au niveau de la papeterie», confie-t-elle.

Une 53e édition d’autant plus appréciée?

Le dépanneur Moulin est lui aussi très bien situé dans Saint-Tite, près du site des rodéos et de l’aréna municipal où ont lieu les plus gros spectacles du festival. Bien qu’elle sache qu’elle fera beaucoup moins d’argent cette année, la copropriétaire de l’entreprise, Mélanie Tremblay, se dit presque soulagée que l’événement soit annulé.

«La COVID, ce ne sera pas fini rendu là. Alors oui, ça nous rassure pour la population (que ce soit annulé). Et puis, ça aurait été sincèrement ingérable. Pendant le festival, il y a une file d’attente devant la porte et on passe d’une caisse à cinq, alors qu’on a un bâtiment de moins de 1000 pieds carrés. La distanciation sociale aurait été impossible à faire respecter», croit-elle.

Mme Tremblay pense par ailleurs qu’une pause d’un an pourrait donner un pouvoir d’attraction extrêmement grand à l’événement.

«Les gens viennent ici et ils ont du plaisir, mais je crois qu’ils n’apprécient peut-être plus autant le festival qu’avant. Mais l’an prochain, je pense que ça va être encore plus apprécié, les gens seront encore plus au rendez-vous. C’est bien pour l’avenir du festival, je pense que ça va être bénéfique», avance-t-elle.