Yves Lacroix, président-directeur général

Fermeture des entreprises pour trois semaines: l’effet d’une bombe chez FAB3R

Trois-Rivières — L’annonce de la fermeture des entreprises pour trois semaines par le premier ministre du Québec, François Legault, a eu l’effet d’une bombe à l’usine FAB 3R de Trois-Rivières et ses 140 travailleurs.

«C’est majeur. Je suis vraiment sans connaissance et un peu en colère. Je l’ai appris avec des employés qui défilaient dans mon bureau l’un derrière l’autre. À venir jusqu’à date, j’étais agréablement surpris comment le gouvernement avait géré ça, mais celle-là, je l’ai eue dans les dents. Et je ne suis pas le seul», a commenté le président-directeur général, Yves Lacroix.

Celui-ci s’empresse de fermer lundi, car, selon lui, il aurait eu du mal à convaincre des employés de se rendre au travail mardi en raison de la psychose provoquée par la pandémie.

«Présentement, cela a déclenché un état de panique de tout le monde, c’est rendu que les gars de soir appelaient: qu’est-ce qu’on fait? On rentre ou non? Moi, je ne veux pas rentrer. Ce soir, je n’aurai presque pas personne et les gens de jour ne rentreront pas demain matin», explique-t-il.

Le dirigeant veut donc s’assurer de procéder à une fermeture sécuritaire de ses équipements, les unités hydrauliques et les ponts roulants. «Je suis en situation de crise. Ça fait longtemps que je n’ai pas vécu une situation comme celle-là», avoue M. Lacroix.

Même si les affaires tournaient au ralenti, FAB 3R avait tout de même des contrats majeurs à livrer pour des clients américains qui étaient en lien avec des shut down. Un effet domino peu apprécié chez les voisins du Sud.

À la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, plus de 2000 emplois seront potentiellement touchés par la nouvelle directive gouvernementale.

«Le parc va être impacté au premier chef parce qu’on a des multinationales qui sont toutes dans le domaine de la production. Toutes les entreprises qui ont une production en continu, c’est un impact majeur. Ça touche les alumineries», fait remarquer le président-directeur général, Maurice Richard, alors que l’Aluminerie de Bécancour venait à peine de se remettre d’un long conflit de travail. Québec ne demandera pas la fermeture des alumineries, mais de réduire les activités au minimum.

Et cela survient alors que la réouverture de l’usine de tiges et d’alliages d’aluminium de Bécancour par son nouveau propriétaire, la société brésilienne Alubar, était sur la bonne voie. Son redémarrage devait permettre à la région de retrouver la majorité des emplois perdus lorsque l’ancien propriétaire, la société Sural, avait mis fin aux activités de production.

«On voit que c’est une autre étape qui touche la production, après le commerce. Il y a de très grandes entreprises dans le parc et elles seront en contact avec le gouvernement», croit celui qui s’attend à de possibles exemptions.

Car certaines d’entre elles pourraient être jugées comme essentielles, CEPSA fabriquant de l’alkylbenzène linéaire qui n’est pas étranger au savon, Olin, qui produit du chlore utilisé, entre autres, dans les usines de filtration pour offrir de l’eau potable de haute qualité et ARKEMA, dont le peroxyde se retrouve dans le domaine de la santé.

À court terme, Maurice Richard n’appréhende pas d’impacts majeurs pour les activités portuaires du parc industriel. D’ailleurs, au port de Trois-Rivières, c’est le statu quo.

«Pour ce qui est des opérations, ça continue, on est un service essentiel. On a une capacité pour agir comme tampon entre le fournisseur et l’entreprise qui reçoit le produit. Pour l’instant, ça va, on suit ça de près avec nos manutentionnaires», a indiqué la directrice, Affaires publiques, Sara Dubé. 

Finalement, les dirigeants de Marmen sont en discussion avec le gouvernement Legault, mais refusent de commenter la décision gouvernementale pour l’instant, alors que 1000 emplois sont en jeu pour les trois prochaines semaines.