Une centaine de personnes ont participé au troisième Forum entrepreneurial de Shawinigan, mercredi à Espace Shawinigan.

Entrepreneuriat à Shawinigan: un «A» pour la perception

SHAWINIGAN — Le message martelé sur l’importance du virage entrepreneurial à Shawinigan et les actions qui ont été mises de l’avant depuis 2009 sont bien reçus par la population, mais les intentions de se lancer en affaires stagnent.

Le troisième Forum entrepreneurial se déroulait mercredi à Espace Shawinigan, une occasion pour mesurer l’évolution de la culture d’affaires dans la communauté. Comme en 2010 et en 2013, un sondage Léger réalisé pour la Fondation de l’entrepreneurship a servi de base d’analyse. À Shawinigan, l’étude a été réalisée par téléphone auprès de
547 répondants.

Une centaine de personnes étaient réunies pour prendre connaissance des données, puis proposer des solutions en tables rondes. Certaines idées seront intégrées au plan d’action 2018-2021, qui sera dévoilé en mars.

Pour la Communauté entrepreneuriale de Shawinigan, l’endossement de la population aux efforts qui sont déployés constitue une grande source de fierté. En effet, 98 % des gens sondés accordent de l’importance à l’entrepreneuriat pour le développement économique, une proportion pratiquement identique à celle de 2013. Au Québec, cette adhésion atteint 84,3 %. Mieux, 72,4 % des Shawiniganais apprécient les efforts déployés par leur municipalité. Ailleurs au Québec, seulement 33,6 % des répondants expriment le même avis.

La proportion de Shawiniganais qui considèrent les entrepreneurs comme créateurs d’emplois et de richesse, qui croient que ceux qui réussissent en affaires représentent des modèles et qui saluent leur implication dans la communauté est toujours plus élevée qu’ailleurs en province. À 40 %, ils estiment aussi avoir les capacités et les compétences pour se lancer en affaires, alors qu’au Québec, ce taux n’atteint que 27,4 %.

Bref, le message martelé depuis 2009 laisse une trace positive dans la communauté. Il reste toutefois des efforts à déployer pour vraiment contaminer la masse, particulièrement chez les femmes.

La grande surprise de ce bilan est rattachée aux intentions d’entreprendre. Lors du premier coup de sonde en 2009-2010, seulement 5,6 % de la population exprimait la volonté de créer son entreprise ou d’en reprendre une qui existait déjà. À ce moment, dans sa démarche intitulée «Développons le goût d’entreprendre», la Communauté entrepreneuriale de Shawinigan visait l’atteinte d’un taux d’intention de 8 % dans un horizon de trois ans et de 10 % sur cinq ans.

En 2013, cette proportion avait augmenté à 7,1 %. Elle est toutefois demeurée au même point en 2017, malgré toute la sensibilisation dans les écoles et la création du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et du DigiHub.

«Il faut comprendre que nous avons un enjeu démographique important», explique Denis Morin, directeur général de la communauté entrepreneuriale. 

Effectivement, entre 2011 et 2016, la population du Québec a augmenté de près de 4 %, tandis que celle de Shawinigan baissait de 2,2 %. «Il y a aussi beaucoup de jeunes qui arrivent sur le marché du travail avec des propositions très alléchantes», ajoute M. Morin. «On ne peut pas leur reprocher d’aller vers des emplois rémunérateurs. Le développement numérique, notamment, est très attirant. Il faut continuer à présenter l’entrepreneuriat comme un choix de carrière désirable.» Au Québec, l’intention d’entreprendre atteint 21 % chez les 18 ans et plus.

De plus, l’une des fiertés du rapport de 2013 a été discrètement balayée sous le tapis quatre ans plus tard. La Communauté entrepreneuriale de Shawinigan s’enorgueillissait du taux d’intention d’entreprendre chez les jeunes de 18 à 34 ans, qui atteignait alors un ronflant 29,6 %, plus de quatre points au-dessus de la moyenne provinciale. Cette fois, il s’établit à... 17,6 %. Il semble qu’une surestimation de l’échantillonnage de cette strate en 2013 ait gonflé artificiellement cette statistique. Voilà pourquoi, dans le dernier rapport, la comparaison s’établit plutôt avec 2010, alors que le taux d’intention chez les 18-34 ans était évalué à 8,1 %.

Le dernier rapport attire l’attention sur deux autres clientèles cibles. Il s’agit d’abord des 35 à 49 ans, qui affichent un taux d’intention nettement supérieur à la moyenne, à 13,8 %. «On se dit que si les jeunes ne sont pas assez au rendez-vous en raison d’emplois désirables, on va travailler fort avec les 35 à 64 ans, parce qu’il y a un filon», observe M. Morin.

Sans surprise, les femmes représentent toujours une énigme. Encore une fois, seulement 3,6 % d’entre elles expriment une volonté d’entreprendre à Shawinigan. M. Morin croit que la valorisation des réussites de l’entrepreneuriat féminin constituerait un premier pas intéressant.

Malgré une perception enviable, le maire, Michel Angers, croit que de nouveaux efforts de communication, plus ciblés, devront être prévus dans le prochain plan d’action.

«Une partie de la population est encore nostalgique de la grande entreprise», reconnaît-il, en ce dixième anniversaire de l’annonce de la fermeture de la papeterie Belgo. «Même si les gens sont d’accord avec l’orientation, nous avons un travail de communication très important à faire au cours des quatre prochaines années. Il faut renforcer le canal entre les acteurs qui sont au fait du développement de la communauté entrepreneuriale et les citoyens. J’en fais un défi personnel.»