Déjà aux prises avec un conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour, les syndiqués doivent composer avec l’incertitude provoquée par le président américain Donald Trump.

Entente à l’ABI... contre les taxes de Trump

Bécancour — À défaut de pouvoir s’entendre sur la prochaine convention collective, ce qui mettrait fin à deux mois de lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, la direction et le syndicat partagent au moins le même point de vue au sujet des fameuses taxes sur l’aluminium envisagées par Donald Trump. Et c’est non.

L’acier et l’aluminium produits au Canada doivent absolument être exclus des tarifs annoncés par le président américain, insistent les Métallos. «Les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada ne font pas partie du problème que tente de résoudre l’administration américaine avec son enquête en vertu de l’article 232 sur la sécurité nationale. Ça saute aux yeux », fait valoir le directeur canadien du Syndicat des Métallos, Ken Neumann.

Et du côté d’Alcoa, on croit que les partenaires commerciaux vitaux, incluant le Canada, devraient être exemptés de tout tarif sur l’aluminium. «L’industrie de l’aluminium détient une chaîne d’approvisionnement intégrée et ceux qui respectent les règles ne devraient pas être pénalisés. Nous continuerons de travailler sur des solutions qui créeront un niveau de jeu égal et qui adresseront la surcapacité chinoise», a commenté la porte-parole, Anne-Catherine Couture.

Chez les Métallos, on souligne qu’au cours de l’enquête du Département du commerce, il a été clairement démontré que le Canada est un allié névralgique des États-Unis, qui devrait être exclu de toute forme de tarif. Par conséquent, fait remarquer le syndicat, le Canada ne fait certainement pas partie des «mauvais joueurs» aux pratiques commerciales déloyales qui font du dumping d’aluminium et d’acier sur le marché américain. «Bien au contraire, les exportations d’acier font partie d’une chaîne d’approvisionnement intégrée. Imposer des tarifs sur les exportations canadiennes risque de causer des dommages considérables à l’économie des deux côtés de la frontière. Des emplois sont en jeu aux États-Unis comme au Canada», ajoute Ken Neumann.

Celui-ci indique qu’à l’origine, l’enquête du gouvernement américain en vertu de l’article 232 se voulait une réplique aux pratiques commerciales de certains pays qui menacent la sécurité nationale américaine. «De toute évidence, des tarifs et des actions punitives doivent être prises contre les mauvais joueurs, ceux qui pratiquent le dumping comme la Chine, l’Égypte, l’Inde, la Malaisie, la Corée, la Russie, la Turquie et le Vietnam», poursuit-il.

Le président international des Métallos dont le siège social est à Pittsburgh, Leo W. Gerard renchérit en déclarant que «le Canada n’est pas le problème». Il soulève que les deux pays partagent une industrie manufacturière bien intégrée. «Le Canada et les États-Unis entretiennent une relation de confiance unique en matière de défense et de renseignement. Cette relation est essentielle à la sécurité nationale. Peu importe la solution envisagée au sujet des importations d’acier et d’aluminium, elle devra épargner la production canadienne», a-t-il fait savoir.

Du même souffle, ce dernier demande au Canada «de s’engager à donner beaucoup plus de mordant à ses lois du commerce et à collaborer plus étroitement avec les États-Unis pour intervenir sur la surproduction mondiale d’acier et d’aluminium».

Le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, estime que le Canada doit impérativement être exclus d’éventuels tarifs ou quotas sur l’acier et l’aluminium. «Le Canada constitue une source d’approvisionnement stable, sécuritaire, à proximité des usines américaines et favorables sur le plan de l’environnement. Chaque fois qu’on augmente la production d’aluminium au Québec à partir de l’hydroélectricité, on diminue les gaz à effet de serre sur la planète. Il reste à espérer que les États-Unis exempteront bel et bien la production du Québec et du Canada de tarifs et de quotas sur l’acier et l’aluminium», a-t-il plaidé.

Le Syndicat des Métallos réitère son appel au gouvernement du Canada pour qu’il prenne des mesures fermes afin de soutenir les industries et les emplois au Canada. «Les tarifs américains pourraient avoir pour effet d’augmenter le dumping d’acier étranger au Canada, certains producteurs cherchant de nouveaux débouchés pour le dumping de leur surproduction. Le gouvernement canadien doit absolument prendre les mesures qui s’imposent pour protéger l’économie et les emplois au Canada», soutient Ken Neumann.

Pour sa part, le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, ne croit pas que cette menace de tarifs américains sur l’aluminium ait un impact sur le conflit actuel, «à part de créer de l’inquiétude auprès des membres».

Lundi, les locktoutés ont reçu de nouveaux appuis. Si la section locale 6869 représentant les travailleurs du chemin de fer et du port d’ArcelorMittal entre Port-Cartier et Fermont a annoncé un soutien hebdomadaire de 500 dollars, le Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN) entend verser un montant de 30 000 dollars.

«On a un élan de solidarité à la grandeur du Québec qui n’arrête pas de grossir, moralement et financièrement. Ça va faire une différence tantôt», a conclu M. Masse.