Normand Pelletier, conseiller syndical à la division québécoise de l’AFPC, estime que 50% des employés de la région, qui travaillent pour le gouvernement fédéral, ont été touchés d’une façon ou d’une autre par des problèmes de payes depuis la mise en place de Phénix, en 2016.

Encore loin de la coupe aux lèvres

Shawinigan — Si le gouvernement fédéral émet un constat d’échec sur l’implantation du tristement célèbre système de paye Phénix à travers le pays dans son budget présenté mardi, il ne règle rien à court terme pour les fonctionnaires embourbés dans les demandes de révision ou de réclamation. L’Alliance de la fonction publique du Canada préfère donc réserver son enthousiasme avant de sabler le champagne.

En Mauricie, le syndicat dénombre environ 1700 membres, principalement au Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan. Normand Pelletier, conseiller syndical à la division québécoise de l’AFPC, estime sommairement que 50 % des employés de la région ont été touchés d’une façon ou d’une autre par des problèmes de payes depuis la mise en place de Phénix, en 2016. Ceux de Parcs Canada, qui embauche plusieurs saisonniers, y ont particulièrement goûté.

Dans son budget déposé mardi, le gouvernement fédéral annonce son intention «d’éliminer en fin de compte Phénix et d’entreprendre l’élaboration de la prochaine génération du système de paye du gouvernement fédéral qui correspond davantage à la complexité de la structure salariale du gouvernement fédéral».

L’AFPC n’a pas semblé trop impressionnée par cet énoncé, puisque mercredi matin, elle manifestait à divers endroits à travers le pays, dont à Montréal et à Valcartier, pour souligner le deuxième anniversaire d’implantation de ce système de paye. Dans la région, on invitait les syndiqués à porter des vêtements noirs.

Le 20 février, l’AFPC a organisé une conférence téléphonique sur les problèmes causés par le système Phénix et pas moins de 2000 personnes y ont participé, relate Patrick Leblanc, agent de communication pour cette centrale syndicale au Québec. Ses membres savent bien que le budget 2018-2019 n’aura pas l’effet d’un coup de baguette magique.

«À court terme, ça ne change rien», laisse-t-il tomber. «On comprend qu’ils ont mis de l’argent de côté pour étudier la possibilité de changer de système. Mais à court terme, nous n’avons pas plus de garantie que les problèmes seront réglés.»

«Ça dépend par quoi vont-ils remplacer ça et comment vont-ils le faire», ajoute M. Leblanc. «Tout nouveau système qui remplacera Phénix prendra quelques années avant qu’il soit mis en application. On n’est pas sorti de l’auberge! Les fonctionnaires vont encore avoir des problèmes de paye pendant un petit bout de temps.»

Concrètement, Ottawa a annoncé qu’il investira 16 millions $ sur deux ans pour travailler avec divers intervenants «sur les prochaines étapes de la mise en place d’un nouveau système de paye». Le gouvernement fédéral injectera également 431,4 millions $ sur six ans pour régler les problèmes liés à Phénix, ce qui comprend l’embauche d’employés supplémentaires pour appuyer la machine. Étant donné qu’il s’était déjà engagé à investir plus de 460 millions $ jusqu’ici, le fiasco pourrait entraîner des débours de près d’un milliard de dollars.

Depuis quelques semaines, le syndicat s’inquiète particulièrement de la politique pour les employés qui ont été payés en trop. Elle prévoit le remboursement du montant brut et la récupération auprès de l’Agence de revenu du Canada de toute retenue d’impôt excédentaire.

«Les fonctionnaires dans cette situation peuvent être assurés qu’ils n’auront pas à commencer à rembourser ce montant avant que l’Agence du revenu du Canada traite leur déclaration de revenus et rembourse la retenue d’impôt excédentaire (ou accorde un crédit à l’égard de l’impôt)», prévoit le document budgétaire.

L’AFPC souhaite également obtenir une indemnisation pour les inconvénients subis durant cette interminable saga. Pour le moment, les libéraux indiquent que «le gouvernement a lancé des discussions avec les représentants de la fonction publique afin de traiter des nombreux griefs et actions en justice». Il reconnaît qu’il faut «s’occuper du stress psychologique et émotionnel réel des fonctionnaires causé par les problèmes de paye et des répercussions financières inacceptables».

À Shawinigan, une dizaine d’employés rappelés par Services publics et Approvisionnement Canada travaillent toujours en renfort pour contribuer à régulariser le service de rémunération.