Normand Pelletier, conseiller syndical à l'Alliance de la fonction publique du Canada.

En route vers 60 millions $?

Bien que fort significative, la décision du gouvernement fédéral d'investir dans la réfection du nouveau Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan demeure incomplète. En réalité, des travaux de près de 60 millions $ devront être effectués pour répondre aux besoins de l'immeuble, dont la construction s'est échelonnée de 1976 à 1978.
Mardi matin, autant le ministre du Commerce international et député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, que la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, n'ont voulu donner aucun indice du plan global d'investissements nécessaires. L'annonce était concentrée sur cette première phase de 12 millions $.
«L'objectif total est de donner un édifice moderne, adapté aux besoins», esquive M. Champagne. «C'est essentiel que l'édifice subisse certaines modifications. Ça va se faire sur plusieurs années et l'important, c'est de commencer. Douze millions $ pour la phase 1 et il y aura une autre phase à moyen terme qui sera annoncée en temps et lieu.»
Difficile de savoir ce qui se cache derrière cette réserve, surtout que l'Alliance de la fonction publique du Canada vient d'obtenir une très volumineuse réponse à une demande d'accès à l'information formulée dans la foulée de l'incertitude qui planait au-dessus de l'avenir du Centre de données fiscales de Shawinigan sous le règne conservateur. Les 1724 pages de rapports, de courriels et de notes internes donnent une idée du très complexe cheminement qui a abouti à l'annonce de mardi matin.
Le projet total de réfection s'élève à 56,8 millions $, selon une demande d'approbation préliminaire transmise au comité régional de gestion des investissements pour la région du Québec, en décembre 2011.
Il se répartissait ainsi: 31 millions $ pour les travaux de rénovation, 10 millions $ pour le réaménagement de locaux, 1,5 million $ pour d'autres frais d'implantation, 6,9 millions $ pour les honoraires, 4,9 millions $ pour les frais de contingence et 2,5 millions $ pour le logement temporaire des employés du centre.
Ces travaux comprenaient la mise aux normes de la structure pour la résistance sismique, le remplacement du revêtement extérieur incluant l'isolant et la fenestration, le remplacement de systèmes de plafond suspendu, des appareils d'éclairage et des revêtements de sol; la réfection des éléments d'origine dans les salles de toilettes, l'ajout de quatre salles de toilettes adaptées, le remplacement des escaliers mécaniques, des ascenseurs et du monte-charge, de deux chaudières, des composantes du système de traitement et de distribution d'air, des systèmes de régulation et de contrôle d'air et de température, de l'appareillage de commutation secondaire du réseau de distribution électrique et l'intégration d'interventions permettant d'atteindre des cibles de développement durable.
Fait intéressant, le rapport d'analyse étudiait aussi la possibilité de construire un nouvel immeuble plutôt que de rénover le bâtiment existant. L'investissement requis était alors évalué à 120 millions $. 
Or, sous le règne du gouvernement conservateur, l'Agence du revenu du Canada n'avait jamais confirmé ses intentions sur l'avenir du Centre de données fiscales à Travaux publics et Services gouvernementaux Canada afin que le feu vert soit donné.
Entre 2001 et 2013, le propriétaire a tout de même investi près de 12 millions $ «pour maintenir l'intégrité de la fonctionnalité de l'immeuble». L'annonce pour des rénovations majeures se laissait toutefois désirer.
Normand Pelletier, conseiller syndical à l'Alliance de la fonction publique du Canada, assure que le gouvernement libéral a donné un gouvernail à cet ambitieux projet.
«Avant les élections fédérales de novembre 2015, il n'y avait aucun engagement, les conservateurs n'avaient pris aucune position, ils ne voulaient rien faire. Un travail immense a été fait par M. Champagne, qui nous permet de garder des emplois en région. C'est clair et net que le nouveau gouvernement a changé l'avenir du centre fiscal.»
À son arrivée comme ministre du Revenu national, Mme Lebouthillier souligne que son énergie était davantage dirigée vers une restructuration de services. Elle n'a pas voulu s'avancer sur l'orientation que le gouvernement conservateur semblait prendre avec le Centre de données fiscales de Shawinigan juste avant qu'elle prenne les commandes de son ministère.
«Il fallait regarder comment allait se faire la réorganisation des services», se remémore-t-elle. «Plusieurs scénarios ont été mis sur la table. L'important, c'était de préserver les emplois en région.»