La Mauricie affiche l’un des taux de postes vacants les plus faibles au Québec, à 2,4 %, ce qui n’empêche pas les employeurs de recourir annuellement à la formule du Salon de l’emploi.

Emploi: clivage entre Montréal et le reste de la province, recul à Trois-Rivières en 2018

Trois-Rivières — Le gouvernement du Québec doit effectuer un virage radical dans ses politiques d’emploi s’il ne veut pas frapper un mur en matière de croissance économique et se retrouver devant une perte de revenus fiscaux et une pénurie de services publics dans les régions.

Ce cri d’alarme est lancé par l’Institut du Québec (IDQ), dont le Bilan 2018 de l’emploi publié jeudi constate un clivage énorme entre Montréal et le reste de la province en matière de création d’emploi qui, à long terme, pointe vers une situation pénible dans l’ensemble de la province si rien n’est fait pour corriger le tir rapidement.

S’il s’est créé 30 200 emplois à Montréal l’an dernier, 30 500 emplois ont été perdus ailleurs dans la province pour un bilan pratiquement nul et même légèrement négatif pour la première fois après trois années consécutives de croissance tant à Montréal qu’en région. Sur trois ans, c’est plus de 85 % de la création d’emploi qui est survenue dans la métropole. Dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Trois-Rivières, on dénombre la perte de 1300 emplois de la fin 2017 à la fin 2018, pour un recul de 1,7 %.

«C’est assez stable. La population active est au neutre, le taux d’activité demeure autour de 60 %. Il n’y a pas eu de gains du côté de la population de 15 à 64 ans», a commenté le coauteur de l’étude, Sonny Scarfone.

Par ailleurs, la Mauricie affiche l’un des taux de postes vacants les plus faibles, à 2,4 %. «C’est le deuxième plus bas au Québec, après la Gaspésie à 2 %. Le taux de chômage est très bas, à 5 %. C’est à peu près le plein emploi», a précisé l’économiste de l’Institut du Québec.

Au cours des dix dernières années, la création d’emploi a été positive dans presque toutes les RMR québécoises, mais c’est à Montréal qu’elle a été la plus élevée. Dans le cas de l’agglomération trifluvienne, la hausse a été de 5,2 % pendant la dernière décennie, pour un gain de 3700 emplois.

Autant de données rendues publiques alors que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, va commencer sa grande corvée à Trois-Rivières lundi prochain, pour s’attaquer à la rareté de la main-d’œuvre.

La directrice de l’Institut, Mia Homsy, qui est également l’une des auteures du rapport, note que ce clivage est la raison pour laquelle le rapport 2018 est plus étoffé qu’à l’habitude. «Il y a vraiment une dichotomie, une polarisation entre les réalités du marché du travail de la métropole et le reste du Québec. Cet écart était tellement gros qu’il fallait qu’on en profite pour lancer un message aux élus, aux politiciens et aux instances gouvernementales, soit que l’impact de ce clivage va être majeur parce qu’il peut être économique, mais il peut aussi être social», fait-elle valoir.

Selon l’Institut, le premier geste à poser est «d’abord admettre que l’obsession de la création d’emploi n’est plus compatible avec la réalité actuelle du marché du travail», et ce, en raison d’un phénomène qui ne peut être contré, soit le vieillissement de la population.

Mia Homsy fait valoir qu’historiquement, l’approche gouvernementale a toujours consisté à ajuster les politiques publiques au taux de chômage afin de faire baisser celui-ci, sauf que, «en ce moment, c’est totalement inefficace d’agir comme ça; les entreprises cherchent déjà des travailleurs pour remplacer ceux qui partent à la retraite».

«Pourquoi créer artificiellement des emplois alors qu’il y en a déjà et qu’il y a des besoins de main-d’œuvre à combler?», s’interroge-t-elle.

«Les besoins de remplacement de la main-d’œuvre actuelle sont beaucoup plus marqués en région et ça limite leur potentiel de croissance et de création d’emploi», explique Mme Homsy.

Or, ce que vivent les régions hors Montréal touchera éventuellement aussi la métropole, c’est-à-dire des pénuries de main-d’œuvre associées au départ massif des baby-boomers vers la retraite alors qu’il n’y a pas de relève pour les remplacer.

À court terme, Montréal bénéficie de l’afflux d’immigrants - qui hésitent à se déplacer en région - et de l’exode des jeunes des régions vers la métropole, mais le vieillissement de la population n’épargnera pas la région métropolitaine pour autant. L’immigration aura toutefois ses limites; déjà, l’Institut note que le taux de chômage chez les immigrants arrivés au pays depuis cinq ans et plus s’est finalement rapproché du taux de chômage des Québécois nés ici.

«Montréal va être affecté dans une moindre mesure, mais les régions vont en souffrir beaucoup plus et c’est pour ça qu’il ne faut pas attendre trop avant d’agir de façon plus forte, avec plus de leadership, avec vraiment une conviction que ça prend ce changement dans l’approche des politiques publiques de développement économique et de main-d’œuvre», affirme Mme Homsy.

L’ISQ invite donc le gouvernement à prendre acte de la situation et à documenter de façon urgente et fine la situation de l’emploi et à faire les projections nécessaires selon les régions, les professions et les secteurs d’activité.

Avec la collaboration de la Presse canadienne