Valérie St-Louis et Patrick Piché, propriétaires de la boutique Moutons Noirs, estiment avoir perdu plus de 22 000 $ depuis le mois de mai dernier.

Du rêve au cauchemar

Trois-Rivières — En mai dernier, Valérie St-Louis et Patrick Piché pensaient bien réaliser un rêve en ouvrant leur boutique de vêtements sur la rue Royale.

Aujourd’hui, ils craignent pour la survie de celle-ci. Les clauses du bail commercial n’ayant jamais été respectées par le propriétaire de l’immeuble, le couple n’a pas été en mesure d’exploiter son commerce depuis. Ils estiment maintenant avoir perdu plus de 22 000 $ dans cette triste histoire. 

Le tout débute en février 2017 lorsque Valérie St-Louis rencontre Innovation et Développement économique (IDE) Trois-Rivières pour présenter son projet, le magasin Moutons Noirs. IDE Trois-Rivières la réfère alors au Fonds Communautaire d’emprunt de la Mauricie (FCEM) afin d’obtenir du financement. Son prêt en mains, la principale intéressée était loin de se douter de ce qui l’attendait. 

C’est seulement après la signature du bail que le cauchemar débute. 

Le couple devait intégrer le local situé au centre-ville le 1er juillet dernier, mais à la suite de pressions de la part du propriétaire, ils acceptent de prendre possession du local le 1er mai. Dès lors, les clauses du bail ne sont pas respectées.

«Sur la copie du bail que j’ai, le propriétaire a écrit que lorsque nous allions prendre possession du loyer, les murs, le plancher, le plafond, l’électricité, les escaliers et la rampe allaient être faits. Le 1er mai, nous sommes arrivés ici et il n’y avait rien de fait», indique, Mme St-Louis.

Pourtant, conformément à l’article 1854 du Code civil du Québec, «le locateur est tenu de délivrer au locataire le bien loué en bon état de réparation de toute espèce et de lui procurer la jouissance paisible pendant toute la durée du bail». Dans ce cas-ci, un bail de 24 mois.

«C’est clair qu’il y a un manquement dans cette situation. Le locateur ne respecte pas ses obligations. C’est la responsabilité du propriétaire d’assurer la jouissance du local à son locataire», affirme Pascal Fréchette, professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke.

Trois semaines plus tard, le propriétaire avoue aux entrepreneurs ne pas avoir d’argent à investir dans le local. 

«Il nous a dit de fournir les matériaux et qu’il allait fournir la main-d’œuvre. Nous avons accepté. Trois jours plus tard, mon conjoint est venu voir le local et rien n’avait avancé. Pire encore, des matériaux avaient été brisés et certains de nos outils avaient été volés», ajoute-t-elle.

Pas de chauffage

L’hiver arrive à grands pas et il est toujours impossible pour les commerçants de se brancher à Hydro-Québec.

«Il y a un mois, il m’a dit oui, Valérie, je le fais à l’instant et rien ne s’est produit. Puisque ça fait plus d’un an que le local n’est pas branché à Hydro-Québec, les pompiers doivent effectuer une inspection pour autoriser le branchement. Le propriétaire doit faire faire l’inspection, me remettre le papier qui stipule que tout est conforme. Ensuite, je devrai informer Hydro-Québec que mon local peut être rebranché.» 

Pour sa part, Benoit Dufresne, qui détient des actions dans l’entreprise qui est propriétaire de l’immeuble, soutient qu’il n’avait pas les moyens d’effectuer les rénovations.

«Là où j’ai manqué, c’est que je n’ai pas eu les moyens de faire les rénovations de l’ampleur qu’ils m’ont demandées. Ça, c’est ma partie et je suis capable de le reconnaître. Je reconnais que je n’ai pas été capable de faire les travaux, mais nous avons pris une entente de non-paiement pour y parvenir», mentionne M. Dufresne.

Il affirme également avoir envoyé un courriel à Hydro-Québec, mardi, pour régler la situation du chauffage dans le local. 

Santé

Les dommages ne sont pas seulement financiers, Valérie St-Louis affirme devoir composer avec énormément de stress depuis le mois de mai. 

«J’ai perdu 22 livres dans toute cette histoire-là. Avant, j’étais en santé, j’avais de l’appétit et j’avais le goût de vivre. Maintenant, venir ici est rendu quelque chose de pénible pour nous. Ce n’est plus le fun. Pourtant, c’était notre rêve», évoque la mère d’une jeune fille de trois ans.

Perte de crédibilité

Pendant ce temps, les entrepreneurs commencent à perdre de la crédibilité au sein des marques qu’ils voulaient faire entrer dans leur magasin.

«J’ai quinze ans d’expérience dans ce milieu-là, j’ai réussi à faire déplacer le représentant d’une marque de la Californie à Trois-Rivières. Mais quand il est arrivé ici, je n’avais pas de plafond dans mon local. J’ai perdu ce contact, je ne peux pas ravoir ma réputation. Dans ce domaine, je n’ai plus de crédibilité. Selon eux, je ne suis pas fiable, et ce, pour des éléments qui sont hors de mon contrôle», déplore-t-elle.

Puisque la machine Interac n’est pas opérationnelle, l’entreprise de service de paiements qui fournit celle-ci mène une enquête sur les commerçants, car elle qualifie la situation de «louche». Le compte de la compagnie a même été gelé.

«À force de passer devant la boutique et qu’il n’y ait rien qui se passe, le FCEM me bombarde d’appels. La compagnie qui mène l’enquête sur nous fait la même chose. Le stress augmente, j’essaye tant bien que mal de me défendre là-dedans, mais personne ne semble croire que mon propriétaire est si pire que ça.»

Alors que l’objectif était d’être relocalisé pour enfin pouvoir réaliser le rêve qu’il chérissait, le couple est désormais à la recherche d’aide et lance un cri du cœur pour que justice soit faite.

«Nous sommes très essoufflés. C’est rendu plus gros que le simple fait d’opérer mon commerce ou non. Tout ce qui se passe atteint ma santé. Nous cherchons quelqu’un qui puisse nous comprendre et nous aider. Je vais devoir déclarer faillite, perdre ma maison et lui il va s’en sortir. Est-ce que c’est comme ça que ça fonctionne au Québec ?», dit-elle.