L’avenir de l’usine commerciale de Nemaska Lithium à Shawinigan se jouera cet été.
L’avenir de l’usine commerciale de Nemaska Lithium à Shawinigan se jouera cet été.

Dix jours de plus pour les soumissionnaires de Nemaska Lithium

SHAWINIGAN — Les huit soumissionnaires qualifiés bénéficieront d’une dizaine de jours supplémentaires pour présenter leur proposition officielle pour la relance de Nemaska Lithium. Ainsi en a décidé le juge Louis J. Gouin, lundi, en Cour supérieure.

La demande de prolongation avait été formulée vendredi. Selon l’échéancier établi, les offres formelles devaient être déposées avant le 30 juin, à 17 h. Dans sa requête, Nemaska Lithium invoquait notamment les inconvénients provoqués par la crise sanitaire mondiale pour demander une prolongation jusqu’au 10 juillet. Cette demande a été accordée.

Selon Alain Clavet, président du Regroupement des actionnaires de Nemaska (RAN), il ne s’agit pas d’une grande surprise. Toutefois, la société précise, dans son communiqué, qu’il s’agit d’une prolongation péremptoire. La date limite pour le dépôt des offres ne bougera donc plus.

«On ne peut pas tirer de grandes conclusions de cette demande», croit M. Clavet. «Ce n’est pas un très long délai.»

Par la suite, les événements se bousculeront pour déterminer l’avenir du projet. Une fois que les offres formelles seront déposées, elles seront évaluées par le conseil d’administration de Nemaska Lithium et ses conseillers stratégiques. La Cour supérieure devrait entériner le choix à la fin juillet ou au début août.

Le Regroupement des actionnaires de Nemaska souhaite un refinancement des activités de la société plutôt qu’une vente d’actifs qui les écarterait de ce processus de relance. Quelque 25 000 petits épargnants de partout suivent de près cette saga.

Le RAN pourrait contester une éventuelle transaction si les actionnaires étaient laissés de côté.

«Pour nous, la grande question est de savoir dans quelle mesure le juge sera ouvert au regroupement des actionnaires», explique M. Clavet. «Lorsque la décision sera entérinée, on ne sait pas si elle sera ouverte à la contestation et quel statut aurons-nous en tant que partie prenante, parce que nous ne sommes pas des créanciers. Le juge nous donnera-t-il le droit de contester la décision pour au moins la bonifier, la rendre plus juste pour les actionnaires québécois? Car s’il s’agit d’une prise d’actifs, ce ne serait pas très bon pour le développement du Québec. Ce serait encore des capitaux étrangers qui boufferaient le tout pour pas cher. Ce serait le pire scénario.»

Fitzgibbon

M. Clavet déplore que le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ne fasse rien pour calmer les inquiétudes.

La semaine dernière, le ministre responsable d’Investissement Québec déclarait au Nouvelliste que l’actionnariat des projets de lithium lui importait peu, compte tenu des importants capitaux nécessaires au développement de cette filière. Une déclaration qui augmente les appréhensions des petits épargnants, qui se sentent largués dans le cadre de ce processus.

«Ça réveille les gens!», mentionne M. Clavet. «M. Fitzgibbon répète quelque chose d’aberrant, à savoir que Nemaska n’aurait jamais dû être à la bourse. Ça n’a ni queue ni tête. Je parle à des gens du domaine minier, du domaine financier, du domaine boursier et tous les grands projets du monde sont inscrits à la bourse. On ne comprend pas trop de quoi il parle.»

«Son attitude n’est pas acceptable envers les gens qui ont cru en sa parole, à celle du gouvernement», ajoute M. Clavet. «Des gens ont investi leur fonds de pension après qu’il ait déclaré que Nemaska, il allait la sauver. Là, il a l’air de se foutre d’eux. Il a une attitude qui m’étonne, c’est le moins qu’on puisse dire.»

M. Clavet nuance également la perception selon laquelle les actionnaires aimeraient au moins recevoir une compensation s’ils étaient balayés sous le tapis dans le cadre de cette restructuration.

«Le ministre donne souvent l’impression qu’on est en train de quêter, qu’on veut que le gouvernement nous rembourse pour un mauvais investissement», observe-t-il. «On n’a jamais demandé ça! Tout ce qu’on veut, c’est que la compagnie continue, que nous soyons partenaires et que nos actions puissent continuer.»

«Dans les 25 000 actionnaires, il y a des actuaires, des directeurs de finances, des dirigeants de compagnie. Les gens ont investi parce que c’était une bonne décision, encouragée par Nemaska et le gouvernement. Pourquoi nous traiter comme si nous étions des enfants d’école qui veulent un remboursement d’un investissement? Par contre, nous ne voulons pas que Nemaska soit vendue comme un panier de fruits pourris.»