Une étude montre que les travailleurs sous-estiment l’ampleur des bouleversements qu’engendrera la transformation numérique de leurs emplois.

Dirigeants d'entreprise et travailleurs seraient mal préparés au 4.0

Dirigeants d’entreprise et travailleurs sous-estimeraient l’ampleur des bouleversements qu’engendrera la transformation numérique des prochaines années, révèle une récente enquête.

«Notre économie va bien, notre environnement à court terme ne semble pas trop perturbé. [...] Toutefois, on le sait, l’ampleur des transformations qui s’en viennent va être énorme. Ça va demander des ajustements de part et d’autre», a commenté Sophie D'Amours, rectrice de l’Université Laval et présidente de la Coalition FORCE 4.0, un regroupement de leaders et d’organisations de la région.

Deux sondages, réalisés par la firme Léger au mois de janvier, montrent qu’une vaste majorité des chefs d’entreprise et des travailleurs considèrent que le numérique sera un défi important pour leur entreprise ou leur organisation au cours des cinq prochaines années. 

11 % des 300 travailleurs interrogés jugent qu’ils ne disposent pas des compétences requises pour accomplir leur travail dans cinq ans, tandis que 59 % d’entre eux partagent ne pas avoir de plan de développement de leurs compétences. 

Un chef d’entreprise sur quatre juge également que ses employés ne disposent pas aujourd’hui des compétences dont ils auront besoin. 

On y apprend aussi que les travailleurs sont plus nombreux que les dirigeants à appréhender une diminution du nombre d’emplois (56 % contre 26 %). En revanche, ces derniers sont plus optimistes vis-à-vis les transformations technologiques, qu’ils perçoivent à majorité comme une opportunité de croissance. 

Ces résultats sont rendus publics la veille du lancement du symposium Prévenir le tsunami numérique : un défi pour l’emploi dans la Capitale-Nationale, qui s’ouvre mercredi au Centre des congrès de Québec. 

«Le sondage vient nous dire comment les gens perçoivent cet avenir-là, leur niveau d’inquiétude et ça va beaucoup nous aider à focaliser sur certaines questions pour venir s’assurer que notre environnement est prêt et engagé envers cet avenir», a avancé Mme D’Amours en entrevue. 

«On anticipe que plus de 50 % des emplois vont être transformés. Comment, face à cela, on va aider les gens à faire la transition dans leur emploi, à redéfinir leur emploi et à acquérir les nouvelles conséquences requises», est l’une des questions à laquelle la rectrice souhaite apporter des pistes de solutions à l’occasion du symposium. 

«Pour les employés qui travaillent dans des contextes routiniers, qui ont des niveaux de littératie faibles, ça c’est préoccupant. Ce sont des employés qui vont avoir besoin d’une attention particulière dans le futur», a-t-elle ajouté. 

Universités responsables 

Des dires de Mme D’Amours, l’Université Laval est déjà engagée dans une réflexion sur l’adaptation de la formation universitaire aux changements dans le secteur de l’emploi provoqués par l’ère du 4.0. 

«On voit que les emplois de demain vont exiger des compétences nouvelles. On devra faire mieux que ces robots, ces automates. Toute la force de l’humain, sa compétence à travailler ensemble et à trouver des solutions, à être créatif, à vivre dans un interface de disciplines, ça c’est du développement nouveau qu’on devra faire dans les universités», a-t-elle souligné. 

Pas de quoi être inquiète pour la rectrice, convaincue que la région possède tout pour surmonter ce défi qui se présente. «Oui on a un défi au sein de notre université d’adapter nos formations et nos contenus, mais on a un autre appel important. C’est celui de faire partie de la grande réflexion, de mettre sur la table nos connaissances», a-t-elle jugé. «Les gens vont vouloir avoir accès à des formations en ligne pour être capables d’accommoder leur mode de vie travail-études dans cette période de transition».