Au rythme où vont les choses, une norme sur la pyrrhotite pourrait n’être adoptée qu’en 2024.

Difficile chemin vers une norme

TROIS-RIVIÈRES — Le Corps des ingénieurs de l’Armée des États-Unis (US Army Corps of Engineers) a dévoilé en conférence de presse, il y a quelques jours, ses conclusions concernant la pyrrhotite qui affecte quelque 30 000 maisons dans l’État du Connecticut. Il appert, à la lumière de son exposé, que les Américains ne sont pas plus avancés qu’au Québec en matière de pyrrhotite, ni sur les connaissances, ni sur les solutions de prévention et de correction du problème.

Le Corps des ingénieurs de l’Armée, réputé pour ses travaux en ingénierie civile et en gestion environnementale, en déduit qu’il n’existe encore aucune norme assez claire sur la pyrrhotite, dans le monde, sur laquelle s’appuyer afin d’éviter la détérioration du béton. Presque toutes les recommandations de l’organisme démontrent qu’il faudra encore faire de la recherche dans ce dossier.

Le professeur Jonathan R. Gourley, expert en géologie et coordonnateur du programme de Sciences environnementales du Trinity College, au Connecticut, était présent à cette conférence de presse. Il était aussi à Trois-Rivières lors de la tenue du colloque transfrontalier sur la pyrrhotite organisé par la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, il y a quelques semaines.

Le chercheur a pu comparer les conclusions du Corps des ingénieurs avec ce qui se fait au Québec. Il croit que le Corps des ingénieurs n’a rien apporté de nouveau à ce dossier, jusqu’à présent. «Ils ont utilisé des normes déjà connues et ont présenté leurs suggestions en conséquence», résume-t-il.

«Le constat que je fais, c’est que l’Army Corps of Engineers n’a pas trouvé plus de solutions», constate également le vice-président de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, Michel Lemay. «Ils vont probablement améliorer leurs affaires en se collant sur nous et sur la norme européenne», analyse-t-il. «Ils en sont rendus à la même place que nous.» La CAVP croit donc qu’il serait avisé «que l’on travaille maintenant sur une norme nord-américaine», indique M. Lemay.

«On veut relancer le Conseil national de recherche pour qu’on annonce enfin le redémarrage de la phase 2 des études sur la pyrrhotite», dit-il.

Or, le gouvernement fédéral n’a toujours pas donné de feu vert ni accordé de financement pour que ces travaux se poursuivent, indique le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin. Ce dernier a posé des questions à ce sujet en Chambre au mois d’avril dernier et il a dû relancer le sujet en septembre. Il s’est fait répondre par le ministre Navdeep Bains que le CNRC et l’Université Laval signeraient une entente imminente. Depuis, plus rien. Or, explique le député, les normes sont revues tous les cinq ans et la prochaine révision sera en 2019. Si l’on manque une fois de plus ce cycle, il faudra attendre jusqu’en 2024 avant de trouver une nouvelle norme sur la pyrrhotite dans le code du bâtiment, déplore M. Aubin qui relancera la question une fois de plus en Chambre prochainement.

Pour le professeur Gourley, la norme de 0,23 % établie dans le jugement phare du juge Michel Richard, en 2012, «n’est pas très loin de prédire les problèmes pour la majorité des maisons, mais d’ici à ce que les études soient terminées et que nous puissions trouver à partir de quelle valeur la pyrrhotite ne fera pas de dommages, c’est dur à dire. Pour l’instant, la seule vraie norme qui est sûre, c’est 0 %», estime ce scientifique.

«La pyrrhotite est un minerai compliqué», explique-t-il. «Selon ses formes, elle contient plus ou moins de fer et cette différence peut avoir un effet important», explique-t-il, tant et si bien qu’on pourrait afficher un taux inférieur à 0,23 % de pyrrhotite, par exemple 0,20 % «et avoir des problèmes quand même», explique-t-il.

Sur le plan purement technique, «la relation soufre-pyrrhotite est environ de 2,5 fois», explique le professeur Gourley. Donc si vous avec une quantité connue de soufre dans les agrégats, par exemple 0,9 % et que vous multipliez par 2,5 ça donne 0,25 %. Donc, vous approchez de votre 0,23 % dès que vous arrivez à 0,1 % de soufre», dit-il. S’il fallait abaisser la norme à moins de 0,23 %, il faudrait aussi abaisser le taux de soufre total», explique-t-il. Or, à des quantités aussi faibles que celles-là, c’est dur de couper les cheveux en quatre, surtout si l’on considère que le béton n’est pas une matière homogène», fait valoir cet expert.

C’est que «dans le ciment, on trouve de façon inhérente des minéraux soufrés, comme le gypse par exemple, qui augmentent le niveau de soufre, mais ils ne sont pas réactifs», explique-t-il. «Il faut donc savoir ce qu’il y a dans le ciment en premier et enlever cette donnée pour se concentrer sur ce qu’il y a dans les agrégats.»

Toutefois, nuance Jonathan Gourley, il existe d’autres facteurs à considérer pour prédire l’effet de la pyrrhotite, «notamment le degré d’humidité dans le sol et le drainage adéquat des fondations.»