Kathy Megyery, vice-présidente, stratégie et affaires économiques à la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Développement régional: la FCCQ pousse la réflexion

SHAWINIGAN — Ah, le développement économique régional... Un long parcours parsemé de brutaux constats, de prises en charge et d’initiatives innovatrices qui, étrangement, aboutissent souvent à la conclusion que les défis d’hier ressemblent à ceux de demain.

La Fédération des chambres de commerce du Québec a produit un livre blanc, l’automne dernier, pour ajouter une brique à ce débat intemporel. À défaut de soumettre des propositions inédites, «Pour des régions économiquement dynamiques» dresse un portrait actuel complet et parfois même, étonnant du bilan de santé de la province à l’extérieur des principaux centres urbains.

Mardi midi, Kathy Megyery, vice-présidente, stratégie et affaires économiques à la FCCQ, est venue présenter les grandes lignes de ce document à une cinquantaine d’intervenants du milieu économique régional, réunis au DigiHub à l’initiative de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan. Il s’agissait de sa première conférence d’une tournée qui l’amènera partout à travers le Québec.

Ce livre blanc a été conçu à la suite d’une vaste consultation auprès de 150 dirigeants d’entreprise et de responsables de chambres de commerce. Sept enjeux majeurs s’y sont dégagés et 28 recommandations sont formulées pour s’y attaquer. Mme Megyery a resserré sa présentation autour de quatre priorités qui ne feront sursauter personne: l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre, l’adéquation entre les compétences et les besoins des entreprises, l’entrepreneuriat et la stimulation de l’innovation et finalement, l’accès aux régions.

Ces défis sont alimentés par des données récentes qui viennent confirmer des constats déjà amplement documentés au fil des dernières décennies.

«Les problèmes reviennent, mais je pense qu’ils sont rendus à un point où il faut vraiment s’y attarder», suggère Mme Megyery.

Constats

Parmi les nombreux constats qui ont permis de cerner les enjeux, celui de la croissance démographie défavorable arrive en tête de liste.

Mme Megyery observe notamment que l’indice de remplacement de la main-d’œuvre n’atteindra jamais un équilibre dans les régions du Québec dans un avenir prévisible, soit d’ici 2040. Donc, le marché du travail perdra plus d’employés à la retraite qu’il n’embauchera de jeunes au cours des 20 prochaines années. Dans l’ensemble du Québec, en incluant les grands centres, cet équilibre devrait être atteint vers 2032.

«Il faut donc regarder du côté des immigrants», suggère la conférencière. «Mais selon les chiffres actuels, 7 % des immigrants vont en région. Ce n’est donc pas ça qui pourra combler le déficit de main-d’œuvre.»

L’une des solutions prônées par la FCCQ consiste à rehausser les seuils d’immigration, mais aussi à convaincre les 60-64 ans de rester au travail. Leur taux d’emploi au Québec s’établissait à 45,5 % en 2018, soit près de dix points de pourcentage de moins qu’en Ontario.

Le développement des compétences devient incontournable, autant que l’amélioration de la productivité, nettement sous-performante au Québec par rapport à l’Ontario et au reste du Canada.

«Ça implique un investissement dans la main-d’œuvre ou dans l’équipement», explique Mme Megyery.

«En 2012, on investissait 15,9 % de notre produit intérieur brut en équipement pour moderniser notre production. En 2017, c’était 13,1 %. Ça devient vraiment difficile: avec une rareté de main-d’œuvre et un manque d’investissement, comment peut-on propulser la croissance?»

Le nombre d’entrepreneurs a chuté de 10 % au Québec entre 2010 et 2018. L’intention de lancer une entreprise augmente, mais le passage à l’action ne suit pas la même progression.

«Il faut mieux financer, mieux valoriser, mieux encadrer et mieux soutenir nos entrepreneurs», constate Mme Megyery. «C’est une source de richesse, surtout dans les régions.»

La FCCQ dénonce également la règle du plus bas soumissionnaire conforme dans les appels d’offres des gouvernements, qui pénalise les jeunes entreprises.

Enfin, la conférencière considère évidemment essentiel que les régions ne soient pas désavantagées au plan de l’accès aux services numériques et aux infrastructures de transport, notamment en rendant les vols régionaux plus abordables et en améliorant le transport collectif.

Vieux disque

Ce bref survol a fait réagir plusieurs participants. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a notamment puisé dans sa longue expérience en développement économique pour répéter l’importance de tenir compte des spécificités des régions pour favoriser leur développement et leur donner des outils pérennes pour y arriver.

À Shawinigan, la condamnation du Réseau national des pôles régionaux d’innovation n’est pas encore digérée.

Patrice Bergeron, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice, n’a pas caché son agacement à entendre le même disque sur les indices défavorables des régions. Ces statistiques ne nous aident pas à attirer des entreprises chez nous», fait-il remarquer. «J’ai hâte de voir des statistiques positives pour nous aider! C’est comme si nous étions condamnés à accepter que les régions se dévitalisent.»

Marie-Claude Brûlé, directrice du Service d’accueil des nouveaux arrivants de Shawinigan, a saisi la balle au bond en rappelant que depuis 2015, son organisme avait accueilli 60 nationalités différentes et que la grande majorité de ces nouveaux résidents avaient un emploi en poche dès leur arrivée.

«Il ne faut pas simplement attendre que les chiffres soient bons», fait remarquer Philippe Nadeau, d.g. du DigiHub. «Que serait Shawinigan si on avait simplement regardé les chiffres sans rien faire, il y a dix ans?»

Quelques faits saillants régionaux du livre blanc de la FCCQ

— La MRC de Mékinac (51%) et les villes de Shawinigan et La Tuque (52%) arrivent en queue de peloton parmi les MRC du Québec pour le taux d’activité, selon le recensement de 2016. Les MRC de la Jacques-Cartier et Mirabel se classent premières, à 76%.

— Au deuxième trimestre de 2019, la Mauricie affichait un taux de postes vacants de seulement 3%, le plus faible parmi les régions du Québec. La moyenne provinciale s’établissait à 3,8%.

Entre 2006 et 2016, le revenu moyen des travailleurs du Québec a augmenté de 26%. Il a progressé beaucoup moins rapidement dans les MRC de Bécancour (19%), Shawinigan (15%) et Mékinac (12%). À noter toutefois que le revenu moyen des travailleurs de Bécancour s’établissait à 55 080$ en 2016, au deuxième rang au Québec.

— À 2,7%, la croissance annuelle du produit intérieur brut de la Mauricie entre 2010 et 2018 se classe à l’avant-dernier rang au Québec, devant le Saguenay - Lac Saint-Jean. Celle du Centre-du-Québec s’établit à 3,1%.

— Les dépenses touristiques en Mauricie pèsent pour 4% de son économie, ce qui représente la troisième plus forte proportion au Québec, après la Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine et la Capitale Nationale. Au Centre-du-Québec, les dépenses touristiques ne représentent que 1% de l’économie.

Le taux de migration interrégional était positif partout au Québec en 2017-2018, sauf au Saguenay - Lac-Saint-Jean, dans le Bas Saint-Laurent, à Montréal, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec.

— La Mauricie et le Centre-du-Québec se retrouvaient sous la moyenne provinciale pour la consommation en ligne en 2018. Au Québec, 47% des consommateurs achetaient pour une valeur de 293$ par mois en ligne. En Mauricie, 44% des consommateurs achetaient pour 198$ en ligne et au Centre-du-Québec, 42% des consommateurs achetaient en ligne pour une valeur moyenne de 269$ à chaque mois. 

— Principales forces des régions du Québec: la qualité de vie, l’entrepreneuriat, la spécialisation économique et la coopération et la solidarité. Principales faiblesses: l’accès aérien, la disponibilité de la main-d’œuvre et l’efficacité des télécommunications.