Patrick Bertrand, président du local 10005 du Syndicat des employés de l’impôt de Shawinigan.

Deux jours de vote à Shawinigan

SHAWINIGAN — La grande tournée de l’Alliance de la fonction publique du Canada pour obtenir un mandat de grève s’amorcera à Shawinigan, lundi et mardi. À cette occasion, quelque 1400 membres du Syndicat des employés de l’impôt du Centre national de vérification et de recouvrement se déplaceront à l’Auberge Gouverneur pour se prononcer sur cette proposition.

La convention collective qui unit ces travailleurs à l’Agence de revenu du Canada est échue depuis le 31 octobre 2016. L’AFPC compte quelque 27 500 membres à travers le pays et c’est à Shawinigan qu’elle compte lancer le bal pour passer son message à l’employeur.

«Nous sommes mobilisés et nous sommes une section locale assez dynamique», avance Patrick Bertrand, président de la section locale 10005 du Syndicat des employés de l’impôt à Shawinigan, en guise d’explication pour avoir été choisi comme point de départ pour ce long processus.

«Les gens sont tannés. Ça fait près de quatre ans que nous n’avons pas de convention collective. Je suis à l’emploi depuis 2011 et depuis ce temps, nous n’avons jamais eu de convention collective valide pendant plus de six jours! Nous sommes en constante négociation avec l’Agence du Revenu du Canada, c’est incroyable! Pendant ce temps, nos salaires n’augmentent pas.»

Les conditions de travail dans les centres d’appels représentent un enjeu pour la partie syndicale.

«C’est la première ligne», image M. Bertrand. «C’est souvent le premier et le dernier contact des contribuables avec l’Agence de revenu du Canada et ce sont des conditions extrêmement difficiles. Nous aimerions leur amener de meilleures conditions, comme la participation au choix de l’horaire de travail.»

Le représentant syndical précise qu’à Shawinigan, les employés du centre d’appel devront bientôt rester en poste jusqu’à 22 h. Ce service est apparu avec la transition vers le Centre national de vérification et de recouvrement.

«C’est de la gestion de créances», explique M. Bertrand. «Il faut prendre des ententes de paiement avec les contribuables. Dernièrement, on a commencé à initier des appels et c’est une conjoncture assez difficile pour aller chercher de l’argent.»

La dernière augmentation de salaire de ces syndiqués remonte au 1er novembre 2015. Ils avaient alors obtenu une hausse de 1%. Ils souhaitent évidemment rattraper le temps perdu dans le cadre de ces négociations.

«Il y a aussi un enjeu pour les vacances», mentionne M. Bertrand. «C’est extrêmement long avant d’obtenir un mois de vacances. Je suis permanent depuis 2013 et j’ai seulement deux semaines.»

«En fait, on vise beaucoup de rattrapage par rapport au reste de la fonction publique», résume le porte-parole. «J’ai l’impression que nous avons toujours été mis un peu de côté. C’est plus difficile d’attirer du monde dans un contexte de pénurie d’emploi.»

Outre les demandes traditionnelles en ce qui concerne la flexibilité et les conditions salariales, cette négociation se déroulera sous une trame particulière, celle des difficultés rencontrées avec le système de paye Phénix partout à travers le pays.

M. Bertrand précise même que l’AFPC tentera de profiter de ce renouvellement de convention collective pour s’entendre avec l’employeur au sujet des préjudices subis en raison du système de traitement de la paye que le gouvernement fédéral s’est engagé à remplacer.

«On veut intégrer cet enjeu pour obtenir une compensation, plutôt qu’aller en chercher une à l’externe», glisse-t-il.

L’an dernier, d’autres syndicats ont accepté jusqu’à cinq jours de vacances supplémentaires sur quatre ans pour réparer les préjudices subis. Des compensations additionnelles peuvent aussi être accordées pour des cas plus lourds, mais l’AFPC avait rejeté cette entente.

«On vit avec Phénix à tous les jours», martèle M. Bertrand. «On ne sait jamais si on sera payé correctement, mais on rentre au travail à tous les jours. On sert la population canadienne sans savoir si nous serons payés!»

Trois séances de vote sont donc prévues lundi et mardi, à 15 h 30, 17 h et 18 h 30 à l’Auberge Gouverneur. Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale de l’AFPC, est attendue à Shawinigan lundi. Au début du mois, elle avait reconnu que si les membres accordaient ce mandat, cette grève pourrait s’amorcer au printemps, en pleine période de traitement des déclarations de revenus.