Les étudiants étrangers représentent habituellement pas moins de 50 % des locataires de certains propriétaires. Sur la photo: Johanne Crousset.
Les étudiants étrangers représentent habituellement pas moins de 50 % des locataires de certains propriétaires. Sur la photo: Johanne Crousset.

Des problèmes pour certains propriétaires de logements... et des étudiants

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Habitués de voir leurs loyers remplis d’étudiants année après année, voilà que les propriétaires d’édifices à logements à proximité de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) sont confrontés à un obstacle de taille en cette rentrée 2020. COVID-19 oblige, les étudiants, qui suivent pour la plupart leurs cours en ligne, sont beaucoup plus frileux à l’idée de louer un appartement.

«J’ai des logements à louer depuis le mois de juin qui n’ont toujours pas trouvé preneur. D’habitude, tout est rempli à ce temps-ci de l’année, mais cette saison, c’est vraiment plus ardu. Ce n’est pas dramatique, mais on constate tout de même que les étudiants sont beaucoup plus réticents à l’idée de signer un bail», a raconté Robert Rouette, qui possède un édifice à logements situé à quelques minutes à pied de l’université.

Déterminés à ne pas laisser leurs appartements vides, certains locateurs se sont tournés vers des solutions de rechange dans l’espoir de voir leur propriété générer tout de même un revenu.

«De mon côté, je dois me tourner vers les travailleurs qui reçoivent des contrats d’embauche occasionnels et temporaires dans la région. Ceux-ci pourraient occuper mes loyers vides en attendant la reprise des activités scolaires en présence», a indiqué la propriétaire Johanne Crousset.

Par ailleurs, la crainte de payer dans le vide n’est pas la seule chose qui empêche les étudiants de remplir les appartements de Trois-Rivières. Certains d’entre eux, qui viennent de l’extérieur du pays, sont tout simplement contraints de ne pas s’installer en sol trifluvien.

«Ce qui est le plus difficile pour moi, c’est que la plupart des étudiants qui louent mes logements sont des immigrants. Cette année, la plupart d’entre eux n’ont soit pas reçu leur visa d’études ou ont été renvoyés dans leur pays d’origine en raison de la pandémie. Ça baisse considérablement la demande», a ajouté Mme Crousset.

Il est à noter que la situation n’est pas aussi difficile pour tous les propriétaires d’édifices à logements. Certains chanceux ont effectivement vu tous leurs loyers être remplis par des élèves dont la majorité des cours sont offerts en présentiel.

«Heureusement, la COVID-19 ne nous a pas vraiment affectés. Certes, on a remarqué une baisse en ce qui a trait au taux d’occupation des logements trifluviens depuis quelques années, mais j’ai tout de même pu louer tous mes appartements avant la rentrée. Beaucoup ont signé leur bail de façon électronique en raison de la pandémie, mais la plupart n’avaient pas le choix de prendre un logement en cas de reprise des cours en présence», a souligné le propriétaire de LogisPro Mauricie, François Dion.

Robert Rouette admet que ses loyers n’étaient que très rarement vides au début de l’année scolaire.

Des étudiants entre l’arbre et l’écorce

Alors que certains universitaires ont fait le pari de ne pas louer d’appartement en raison des cours en ligne, qu’ils croient voir durer encore longtemps, d’autres ont préféré ne pas prendre de chances ou avaient simplement loué leur logis avant même que le confinement ne soit déclenché dans la province.

C’est le cas de Mégan Rompré, une jeune femme originaire de Saint-Paulin qui s’apprêtait à amorcer sa toute première session à l’Université Laval.

Soucieuse de louer rapidement son appartement pour ne pas être forcée de tout organiser à la dernière minute, celle-ci avait signé son bail en février. Or, dès la mi-mars, les cours ont été suspendus, mettant grandement en péril la façon dont allaient se dérouler ses études.

«Quand on a signé, on n’avait presque pas entendu parler de la COVID-19. Évidemment, on a rapidement déchanté. Un appartement vide, ce n’est pas vraiment le genre de dépense que tu veux comme étudiant. Évidemment, on ne veut pas résilier notre bail, de peur que les cours reprennent en présentiel, mais en même temps, tout est incertain avec l’éventuelle deuxième vague», a-t-elle déclaré.

Évidemment, Mégan et son copain ont tenté de trouver des solutions pour éviter de devoir payer un local vide. Cependant, ils n’ont eu d’autre choix que de se rendre à l’évidence. Ce qui devait être leur tout premier appartement en tant qu’étudiants universitaires allait demeurer inoccupé pour encore quelques mois au moins.

«Au début, on a regardé ce qu’on pouvait faire auprès de la Régie du logement, mais aucun recours ne s’offrait à nous. Par la suite, on s’est tournés vers la sous-location, pour finalement constater qu’il y avait déjà beaucoup trop de loyers à sous-louer sur les différentes plateformes Web. Enfin, on a envisagé habiter notre appartement malgré l’école à distance, mais cela représenterait encore plus de dépenses inutiles pour nous. Il n’y a pas vraiment d’issue.»

Devant cette impasse, propriétaires et étudiants n’ont plus qu’à espérer que la pandémie soit rapidement chose du passé, permettant ainsi aux cours en direct de reprendre.

«Sincèrement, j’espère que ça reviendra en présence. Pour moi, cette première session universitaire était très importante. De plus, l’école en ligne requiert une discipline exceptionnelle, que certains étudiants ne sont pas capables d’avoir», a conclu Mme Rompré.

Les locateurs espèrent d’ailleurs que les cours pourront reprendre en présence dès janvier, alors que s’amorcera la session d’hiver 2021.