Sylvain Chiasson perfectionne ses canots pliables depuis 15 ans.
Sylvain Chiasson perfectionne ses canots pliables depuis 15 ans.

Des canots pliables faits de toile et de patience

SAINT-PAULIN — Le métier de Sylvain Chiasson le pousse à voyager dans des véhicules passablement chargés. Ce membre de la troupe Caravane, qui jongle avec la musique, la danse et les marionnettes, explique qu’en tournée, l’espace est une denrée rare. Aussi, il y a 15 ans, il s’est mis à bricoler un modèle de canot pliable qu’il pourrait presque cacher dans les bagages. La nécessité est mère de l’invention, dit le proverbe. Aujourd’hui, des dizaines de prototypes plus tard, le résultat trahit la passion et le perfectionnisme de l’artisan. L’embarcation est un petit bijou d’ingéniosité. Et plaisante à l’œil, de surcroît.

Le débit de Sylvain Chiasson évoque l’eau calme de la surface d’un lac. Il décrit l’aventure de la fabrication de ses canots comme on raconte un voyage. «Profilée comme un kayak», l’embarcation apparaît bientôt comme un compagnon de route avec qui il a forgé une intimité construite dans les longs moments de silence. Fait de toile robuste, le canot n’est toutefois pas conçu pour l’eau vive, mais pour l’eau calme. À 14 pieds et avec une quille prononcée, c’est un peu comme un patin de vitesse, fait pour la glisse davantage que pour les virages brusques, comme l’est la lame du patin de hockey, image M. Chiasson.

Ce qui a débuté comme le désir de répondre à un besoin est devenu l’embryon d’une petite entreprise, les prototypes successifs trouvant toujours preneur. «C’était peut-être une contre-pub», confie cependant l’artisan. L’esthétisme s’est en effet beaucoup amélioré avec le temps, fait-il valoir. Son premier modèle n’était en fait qu’un simple test de morceaux de bois sur lequel il avait collé une membrane de plastique. Il voulait alors expérimenter la tenue d’une embarcation construite d’un matériel flexible. Le canot ne se pliait même pas. Depuis, c’est un processus d’essais-erreurs qui a mené au «Super Canot» – pour rappeler ses initiales, mais personne ne fait le lien, rigole-t-il. «J’ai voulu associer le produit à mon nom parce qu’avec le processus des brevets, tu te rends compte que c’est difficile de protéger sa propriété intellectuelle», relate-t-il.

L’aplomb et le savoir-faire de Sylvain Chiasson ont abouti à un produit qui loge aujourd’hui à l’enseigne du haut de gamme, sans sacrifier sur le choix des matériaux. L’armature demeure faite d’érable. L’aluminium, la fibre de verre ou le carbone, très peu pour lui. Son canot, les avirons (qui se transforment en pagaie de kayak, pour la navigation en solo) et les vestes de flottaison tiennent tous dans un sac qui se porte sur le dos. Le tout ne fait pas 30 livres et s’assemble en quelques minutes, souligne-t-il. Il a poussé l’inventivité jusqu’à utiliser les sangles du sac de transport comme support à dossier pour les bancs. Le confort a été une des lignes directrices du projet, remarque-t-il.

Le «Super Canot» fait 14 pieds.

Non content que son canot ait atteint un certain stade de maturité, il travaille actuellement sur un prototype «d’option» de voile. Il met ainsi à l’épreuve un mat de 14 pieds, télescopique, avec 6 m2 de voile et un gouvernail qui s’adaptent à l’embarcation. Il a testé le tout en mer et affirme avoir eu beaucoup de plaisir. L’ensemble peut se déployer sur l’eau, si le vent se lève et que le cœur nous en dit, explique-t-il. On peut rétracter le mat avec aisance et les accessoires tiennent dans le même sac de transport que le canot.

Avec la voile, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à l’ingéniosité et la curiosité de l’artisan. «C’est beaucoup d’étude», souligne-t-il. L’univers de la voile lui était moins familier. Le projet implique davantage de couture et il s’est fixé les mêmes paramètres de légèreté et de facilité d’assemblage que pour le canot qui accueille le nouvel accessoire. Si le prototype s’avère concluant, il lui reste à peaufiner l’esthétique de l’ensemble. Le souci du travail bien fait guide ici aussi sa démarche.

La commercialisation de son produit semble pour l’instant être demeurée en marge des activités de Sylvain Chiasson. La troupe Caravane continue d’être au centre de ses occupations. On devait d’ailleurs souligner cette année ses 40 ans d’existence. La pandémie aura repoussé l’événement.

La pause lui aura cependant permis de boucler quelques projets de rénovation et de laisser mijoter ses idées de voile. Les canots ont trouvé preneurs à ce jour par le bouche-à-oreille, à un prix qui reflète la modestie de celui qui les fabrique. «Ils sont 925 $, pour l’instant», indique-t-il.

«Les gens acceptent mal l’idée qu’un artisan, tout seul dans son atelier, pas d’informatique vraiment, pas d’ingénierie, pas de matériaux synthétiques, puisse arriver à un produit qui équivaut à ce qui se fait en industrie», observe M. Chiasson. Parions que son Super Canot, avec ou sans voile, ne passera pas inaperçu indéfiniment.

«Chaque affaire que j’ai faite, ça a pris ben ben du temps», laisse tomber celui qui semble avoir fait de la patience son matériau de prédilection.