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Maxime Beauchesne et Laurence Boudreault ont cherché le moyen de remplacer les traditionnels bols en plastique pour bébés, faits à base de pétrole, par de la vaisselle sans danger et écoresponsable.
Maxime Beauchesne et Laurence Boudreault ont cherché le moyen de remplacer les traditionnels bols en plastique pour bébés, faits à base de pétrole, par de la vaisselle sans danger et écoresponsable.

Des bols en plastique écoresponsable et sans danger pour la santé

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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Remplacer les traditionnels bols en plastique pour bébés, faits à base de pétrole, par de la vaisselle sans danger et écoresponsable: c’est le défi que se sont donné Laurence Boudreault et Maxime Beauchesne. Pour y arriver, ils ont créé des bols fabriqués avec un nouveau plastique biosourcé et biodégradable fait à partir de résidus inexploités et renouvelables de l’industrie papetière.

«Notre idée est venue d’un spin off», a lancé Mme Boudreault. «Maxime et moi sommes aussi impliqués avec mon père dans Bosk Bioproduits, une entreprise qui se spécialise dans les bioplastiques compostables. On cherchait différentes applications pour notre matière qui est innovante. Et ce sont finalement nos valeurs personnelles qui sont venues teinter le projet.

«Maxime et moi on est un couple et nous avons deux beaux jeunes enfants pour qui nous voulons le meilleur. Du plastique, il y en a partout. On a donc eu le goût d’offrir aux autres parents qui comme nous sont préoccupés par la pollution par le plastique, par l’exposition de leurs enfants aux microparticules qui contiennent du pétrole et des additifs chimiques, un produit qui protégerait leurs enfants tout en réduisant leur impact environnemental.»

Les bols ne commenceront pas à se décomposer s’ils sont dans le lave-vaisselle, sur le comptoir ou s’ils contiennent de la nourriture. Ils ne désagrègeront pas dans nos mains.

C’est en collaboration avec Plastique Moore, une entreprise spécialisée dans la conception et l’assemblage de pièces de plastique moulé par injection de Saint-Damien-de-Buckland, et avec Bébé Foodie, une compagnie que Mme Boudreault avait fondée après la naissance de son premier enfant pour s’amuser en créant des recettes de purées qui sont un peu plus raffinées que celles que l’on retrouve habituellement, que les deux entrepreneurs de Lac-Beauport et Bosk Bioproduits ont décidé de développer leur produit. Quatre ans ont été nécessaires pour le réaliser et le peaufiner.

C’est avec un biopolymère (PHA) fait à partir de la fermentation des sous-produits inexploités et renouvelables des papetières qu’est produite la matière première qui entrera dans la fabrication des bols du couple. Celle-ci est ensuite mélangée avec d’autres ingrédients 100 % biosourcés et non toxiques par un procédé d’extrusion pour faire une matière produite sous forme de granules baptisée REGEN™, une technologie développée il y a une dizaine d’années par l’Institut de la recherche scientifique (INRS) et dont le brevet a été racheté par l’entreprise Bosk Bioproduits.

Granules REGEN™

Les bols pour enfants faits avec REGEN™ ressemblent à s’y méprendre à des bols en plastique traditionnel. Ils offrent tous les bénéfices de la vaisselle réutilisable conventionnelle, mais sans les inconvénients du plastique. Elle est donc légère, incassable, empilable et elle va au micro-ondes et au lave-vaisselle. Et parce qu’elle est fabriquée avec un plastique qui n’est pas issu du pétrole, elle ne contient aucun additif toxique. De plus, elle est compostable et biodégradable à la fin de sa vie. Mais que l’on ne s’inquiète pas, les bols ne se décomposeront pas sous les yeux de leurs propriétaires. Ils auront une durée de vie de deux à quatre ans selon l’usure. Et c’est seulement quand ils seront soumis à un environnement de compostage, soit en présence d’organismes vivants, que la biodégradation débutera. D’ailleurs, le REGEN™ est compostable selon le critère de la norme ASTM D6400.


« Les bols ne commenceront pas à se décomposer s’ils sont dans le lave-vaisselle, sur le comptoir ou s’ils contiennent de la nourriture. Ils ne désagrègeront pas dans nos mains »
Laurence Boudreault


«Oui nos produits sont compostables et ils permettent de réduire les déchets de plastique, mais notre gros avantage, c’est que nous sommes impliqués aussi au niveau de Bosk Bioproduits. On sait donc exactement ce qui entre dans la composition de REGEN™. Et la promesse de Bosk, c’est que tout ce tous les ingrédients qui sont utilisés sont non toxiques. C’est la grande différence avec les plastiques conventionnels où c’est très secret, personne ne révélant la formulation de son produit. Tout ce que l’on sait, c’est que les fabricants peuvent utiliser jusqu’à 170 produits différents dont certains peuvent être toxiques.»

Remplacer le plastique conventionnel

Le plastique à base de pétrole qui est utilisé pour fabriquer la vaisselle se dégrade rapidement à l’usage. Les enfants qui les utilisent ingèrent probablement des microparticules de plastique nocif et des produits chimiques. Ces matières peuvent affecter la santé à long terme des enfants. Le Canada a même ajouté les produits manufacturés de plastique à la liste des substances toxiques de la Loi sur la qualité de l’environnement le 12 mai dernier.

À la fin de leur vie utile, ces articles de plastique sont le plus souvent jetés à la poubelle et mettent des centaines d’années avant de disparaître complètement dans la nature. À l’échelle mondiale, plus de 380 millions de tonnes de plastique sont produites annuellement et moins de 14 % des résidus de plastique sont recyclés (2019).

«En produisant la matière REGEN™, on voulait remplacer le plastique traditionnel. Il a fallu trouver comment développer notre matière pour qu’elle puisse être transformée par les manufacturiers de l’industrie de la même manière qu’ils transforment les plastiques traditionnels en toute sorte de produits. On ne voulait pas qu’il soient obligés d’ajouter des équipements qui les obligeraient à faire des investissements ou qui ajouteraient une complexité au niveau de la production.»

Même si des entreprises offrent d’autres sortes de bioplastique. Bosk Bioproduits est la seule à produire le REGEN™ dont la production officielle a été lancée dernièrement. Elle est maintenant en contact avec plusieurs manufacturiers qui ont beaucoup d’intérêt pour son nouveau produit.

Les deux entrepreneurs se sont fixés comme objectif de lancer une première production de 5000 bols, tous du même format, mais avec un choix de couleurs. Mais ils insistent, c’est un minimum.

Obligé de se procurer un moule spécial afin de manufacturer ses bols, un équipement dont le coût peut varier entre 10 000 $ et 100 000 $, le couple d’entrepreneurs s’est tourné vers la plate-forme Kickstarter afin de connaître l’engouement des gens pour leurs produits, pour savoir à quoi ressemblera le marché et pour sécuriser les intentions d’achats. Leur objectif : vendre pour 41 200 $ de bols en d’ici le 24 juin.

«Le fonctionnement de la plate-forme Kickstarter est un peu spécial. Les gens qui veulent acheter nos bols sont invités à faire un don parce que l’onglet où ils doivent peser indique «je soutiens ce projet». Nous avons choisi Kickstarter parce qu’elle permettait de protéger les consommateurs dans le sens que si notre objectif de financement n’est pas atteint, personne n’aura à payer quoi que ce soit. Peser sur l’onglet «je soutiens ce projet», c’est comme faire une précommande. Si notre objectif est atteint, tous ceux qui auront acheté des bols seront facturés le 24 juin et ils recevront leur commande en novembre.»

Les bols de l’entreprise de Québec sont vendus au prix de 20 $ pour deux, 40 $ pour quatre, et 60 $ pour huit. «C’est un peu plus cher qu’un bol en plastique conventionnel, mais le prix de nos bols se compare, par exemple, à celui d’un bol en bambou qui lui ne va pas au lave-vaisselle. On a positionné nos bols comme étant de la vaisselle pour enfant parce que pour nous, c’était un bel angle pour se lancer sur le marché. Mais nos bols peuvent avoir plusieurs applications. Un bol c’est un bol.»

Les deux entrepreneurs se sont fixés comme objectif de lancer une première production de 5000 bols, tous du même format, mais avec un choix de couleurs. Mais ils insistent, c’est un minimum.

Ses bols arrivés sur le marché, Bébé Foodie pourrait ensuite fabriquer des assiettes, des bouteilles, des ustensiles à base de bioplastique, etc. «On est capable de modifier les propriétés de notre formulation à la carte. Si on veut avoir une assiette plus rigide, on n’a qu’à modifier nos ingrédients ou la manière de les intégrer. Même chose si on veut avoir une bouteille qui soit flexible. Il y a tout un art dans la formulation ce qui nous permet d’avoir une formule qui sert à différents types d’applications.»