Delastek: jugement favorable à un syndiqué

SHAWINIGAN — Même si le long conflit de travail est chose du passé chez Delastek, un jugement rendu récemment par le Tribunal administratif du Travail est venu rappeler que les quelque trois années de grève auront laissé certaines traces à l’intérieur de l’usine.

En effet, le secrétaire-trésorier du syndicat, Éric Lajeunesse, peut maintenant réintégrer son emploi de machiniste après avoir vu ses titres de chef d’équipe et de formateur lui être retirés au profit d’un machiniste ayant moins d’ancienneté que lui et qui avait travaillé pendant le conflit de travail. Et il avait été rétrogradé comme lamineur, ce qui impliquait une diminution salariale de 4 $ l’heure.

Pour le travailleur syndiqué, le retour au travail aura été difficile. «Il se sent épié par l’employeur et croit que des mesures de représailles et sanctions disciplinaires lui sont imposées en raison de ses activités syndicales», peut-on lire dans la décision rendue par la juge administrative Nancy St-Laurent.

D’où ses plaintes pour contester les mesures suivantes: évaluations /quotidiennes, propos inappropriés de cadres, avis disciplinaire, suspension d’une journée et rétrogradation.

«Comment expliquer que le lien de confiance est rompu alors que le demandeur occupe un poste de machiniste depuis 2007 et qu’il était, par surcroît, désigné par l’employeur comme formateur et chef d’équipe avant la grève? Comment justifier que le demandeur est définitivement rétrogradé après seulement sept semaines de travail? Cet empressement et la sévérité de la sanction font douter du bien-fondé des réelles intentions de l’employeur», peut-on lire dans le jugement.

«En pareilles circonstances, le Tribunal conclut que la rétrogradation du demandeur constitue une riposte à ses activités syndicales. En effet, les explications douteuses de l’employeur laissent perplexe et ne permettent pas de repousser la présomption établie en faveur de ce dernier, d’autant plus que cette mesure survient deux jours après le dépôt de sa deuxième plainte. En d’autres termes, le Tribunal estime que l’employeur n’a pas démontré une autre cause juste et suffisante au soutien de la rétrogradation du demandeur», poursuit la juge St-Laurent.

Celle-ci ordonne donc à Delastek de réintégrer Éric Lajeunesse dans son emploi de machiniste, avec tous ses droits et privilèges, et lui verser à titre d’indemnité l’équivalent du salaire et des autres avantages dont l’a privé la rétrogradation.

«Je n’ai pas de commentaire concernant le jugement. Nous sommes présentement en arbitrage et ça progresse bien. Le climat à l’interne est bon et la business va bien. On travaille un gros dossier à l’étranger», a simplement fait savoir le président de Delastek, Claude Lessard. 

Pour sa part, le représentant national Unifor, Luc Deschênes, a évité toute déclaration triomphaliste à la suite de ce jugement, en tout respect du processus d’arbitrage de différends qui est en cours avec, en parallèle, des négociations entre les parties qui se veulent positives.