Un affrontement se dessine à nouveau chez Delastek entre le syndicat et l’employeur.

Delastek conteste la décision

Shawinigan — Alors que la décision arbitrale rendue récemment par Me Denis Provençal semblait constituer un point tournant dans les relations de travail chez Delastek, après le conflit de 2015 à 2018, voilà que l’employeur a l’intention de la contester, au grand désespoir du syndicat Unifor.

«Après 1073 jours de grève, il avait été décidé par les deux parties de soumettre le renouvellement de la convention collective des employés de Delastek au processus d’arbitrage de différend pour régler les dispositions de la convention collective toujours en litige. Nous apprenons maintenant que l’employeur préfère s’engager dans une saga judiciaire au lieu de faire des relations de travail», a déclaré Renaud Gagné, directeur québécois d’Unifor.

Le président de Delastek, Claude Lessard, a confirmé sa décision au Nouvelliste. «80 % à 90 % de ce que l’arbitre veut imposer fait du sens, et la grève n’aurait pas duré trois ans si on s’était parlé, mais il y a un petit bout qui accroche et c’est dans les mains de mon avocat pour avancer le dossier. Il y a des points qui font en sorte qu’on puisse aller en appel», a-t-il expliqué.

Par contre, celui-ci trouve désolante la sortie syndicale. «C’est comme une guerre syndicat-employeur, comme à l’ABI. C’est ce que je trouve déplorable au Québec. On dirait que je n’ai pas le droit à mon opinion. Ils ne le disent pas qu’on est d’accord avec un paquet de points. Avaient-ils besoin de mettre de l’huile sur le feu en émettant un communiqué de presse incendiaire comme ils l’ont fait? Peut-on essayer de régler nos problèmes?», a lancé M. Lessard, qui voit quand même l’avenir «comme positif pour Delastek.»

Or, selon le Syndicat, l’employeur demande en plus à Unifor de consentir à suspendre l’application de la décision arbitrale dans l’attente du résultat de sa contestation. «Il est inacceptable que l’employeur agisse ainsi. La section locale est même prête à des aménagements s’il devenait nécessaire de revoir certaines dispositions liées à la décision, à la condition d’une entente entre les parties. Mais nous n’en sommes pas là à ce moment-ci. Le message de cette contestation est extrêmement négatif. C’est à se demander si Delastek veut maintenir un conflit de travail perpétuel», s’interroge le dirigeant syndical.

À l’heure actuelle, Unifor entend contester les demandes non fondées de Delastek et compte faire appliquer sans délai la sentence arbitrale, laquelle est exécutoire.

Rappelons que les membres de la section locale 1209 du syndicat Unifor, au nombre maintenant de 25, ont déclenché une grève le 1er avril 2015. En mars 2018, après près de trois ans de grève, ils acceptaient de mettre fin au conflit à la suite d’une entente avec l’employeur afin de recourir à l’arbitrage pour décider des points toujours en litige dont notamment le partage entre le travail en recherche et développement et la production, la sous-traitance, etc.

En vertu de la décision arbitrale, le salaire est rétroactif à compter du retour au travail, soit le 12 mars 2018. On note une bonification salariale variant entre 1,20 $/heure et 5,30 $/heure en fonction des divers postes occupés et de l’ancienneté des travailleurs. Et il y a l’établissement d’une nouvelle échelle salariale comportant une progression maximale de deux ans afin d’obtenir le maximum de la classe, soit 17,50 $, 19 $ ou 22,50 $ l’heure, selon la classe.

Augmentation de 2 % pour les deux prochaines années pour un contrat de trois ans, ancienneté préférentielle pour le président de la section locale, un membre supplémentaire rémunéré lors des séances de négociation, bonification des libérations syndicales, augmentation des primes, cinquième semaine de vacances pour les salariés de 20 ans d’ancienneté: voilà autant de points saillants.

On y précise le nombre de congés mobiles selon l’ancienneté, une rencontre mensuelle du comité de santé-sécurité, une bonification de 25 $ de l’allocation des chaussures de sécurité et gains syndicaux en matière d’assurance collective. À cela s’ajoutent la possibilité pour les travailleurs de cotiser au Fonds de solidarité FTQ et plusieurs autres améliorations aux clauses qui touchent à la représentativité et la reconnaissance du syndicat.