Course contre la montre sur les chantiers de construction 

Trois-Rivières — La décision de François Legault d’autoriser la reprise des chantiers de construction domiciliaire lundi prochain est accueillie avec soulagement dans la région, même si cela représente une course contre la montre pour livrer à temps les logements qui étaient prévus d’ici au 31 juillet, et ce, dans un contexte plus contraignant au niveau de l’exécution des travaux.

«On est content de recommencer. On va repartir ça et on va tenter de minimiser les dégâts. Ça n’aide vraiment pas d’avoir perdu un mois. Et la cadence risque d’être plus ralentie avec les mesures d’hygiène qu’on va prendre. On ne mettra pas huit gars dans une maison en même temps. On va essayer de tout faire, quitte à faire des heures un peu plus», confie Paul Dargis, des Habitations Paul Dargis.

Celui-ci avait 11 constructions à livrer entre le 25 mai et le 15 juillet. «On ne peut rien prévoir, l’avance que j’avais prise est grandement perdue. Si on gardait le même rythme de croisière qu’à l’habitude, probablement qu’il n’y aurait pas de problème. Mais là, je ne mettrai pas un électricien et un plombier en même temps dans la maison», fait-il remarquer.

Du côté des Habitations Paris & Frères, des livraisons étaient prévues sur une base régulière d’ici juillet. «On a beaucoup de clients inquiets, mais la majorité sont très compréhensifs parce qu’ils ont presque tous un plan B. Pour ceux qui n’avaient pas de plan B et que la date de livraison approchait, ils sont avisés qu’ils ont des risques de faire du camping un peu plus», explique Sébastien Paris, jugeant important qu’ils aient au moins un toit sur la tête et un endroit où mettre leurs meubles.

Et pour les livraisons de septembre, l’entrepreneur doit composer avec plusieurs excavations qui ne sont pas faites encore pour juillet.

«Ça fait un mois qu’on se prépare à la relance. C’est une bonne nouvelle. On comprend la situation, c’est quelque chose d’historique dont on va se souvenir probablement toute notre vie», poursuit celui qui, comme ses clients, se dit tributaire des annonces quotidiennes du premier ministre.

Après avoir connu «une grosse année», son entreprise a vu son avance fondre comme neige au soleil. Et il y aura toute la gestion des nouvelles conditions d’hygiène à respecter. Du personnel sera désigné pour veiller à faire remplir les lettres d’engagement nécessaires «au niveau du respect des normes de proximité et de propreté».

Par ailleurs, Sébastien Paris souhaite une flexibilité au niveau de l’horaire des traditionnelles vacances de la construction pour pouvoir continuer les chantiers.

Comme fournisseur de portes et fenêtres, René Boisvert, des Ouvertures St-Boniface, reprendra également ses opérations le 20 avril.

«Je vais limiter mes déplacements chez mes clients. Je vais commencer par faire de la production parce que j’avais déjà vendu une centaine de châssis que j’avais commencé à produire, mais je n’ai pas pu finir», raconte le propriétaire.

Or, la pause décrétée le 23 mars dernier par le gouvernement du Québec est tombée à un bien mauvais moment pour lui. «J’ai investi dans une nouvelle machinerie. Je dois compléter son installation dans l’usine en plus de poursuivre ma formation et reprendre la production. Les vacances sont finies», laisse-t-il échapper.

À l’APCHQ Mauricie-Lanaudière, on accueille très favorablement la reprise des activités. «Mais il nous manque des détails pour qu’on se prononce à 100 %. Il y a beaucoup de questions en suspens. Est-ce que des contrats qui sont signés aujourd’hui et que la livraison est prévisible avant le 31 juillet, c’est possible ou pas?», se questionne le directeur général Maxime Rodrigue, soulevant aussi des interrogations sur les critères entourant la rénovation.

Chose certaine, dit-il, «peu importe les chantiers qui seront permis, il va y avoir des mesures sanitaires strictes à respecter. Et ça, c’est tolérance zéro, il faut vraiment que les entrepreneurs prennent ça au sérieux. C’est une nouvelle façon de faire les choses. Il va falloir respecter les règles qui sont établies par la CNESST», soutient-il.

Mais pour ce dernier, ça demeure une bonne nouvelle, «surtout pour les gens qui avaient des inquiétudes pour leur maison ou leur appartement pour cet été».

Prédictions

Finalement, Royal LePage a dévoilé mardi son étude sur le prix des maisons du premier trimestre et adresse ses prédictions pour les prochains mois face aux effets de la pandémie de COVID-19.

Au premier trimestre de 2020, bien que les prix soient demeurés stables, les ventes ont continué à croître à Trois-Rivières, augmentant de 24,3 % d’une année sur l’autre. Quant au prix de l’agrégat des maisons, il a affiché une diminution de 0,7 % au premier trimestre de 2020 par rapport à la même période en 2019, pour atteindre 198 132 $.

Mais on note que la situation actuelle amènera certainement une baisse du nombre de ventes, du moins temporairement, car certains voudront évaluer les répercussions économiques locales avant de faire un achat.

Cependant, toujours selon Royal LePage, le prix des maisons ne devrait pas diminuer de manière significative dans la région en raison de la baisse de l’inventaire que l’on observait déjà avant la pandémie. Le marché immobilier de Trois-Rivières pourrait toutefois reprendre plus lentement qu’ailleurs dans la province après la pandémie de COVID-19 selon l’ampleur des pertes d’emplois.