De gauche à droite: Pierre Drapeau (membre fondateur de l’Association des fournisseurs de Chantier Davie Canada), Frédérik Boisvert (Chantier Davie Canada), Michel Angers (maire de Shawinigan), Jean-Pierre Hamelin (InterValves) et Paul Lavergne (président du Conseil central du Cœur-du-Québec de la CSN), et, à l’avant-plan, François Ross, technicien chez InterValves.

Contrats au Chantier Davie: des impacts importants en Mauricie

Shawinigan — Onze entreprises de la Mauricie ont conclu pour une valeur de près de trois millions de dollars en contrats avec Chantier Davis Canada depuis sa relance, en 2012. Les décisions du gouvernement fédéral dans l’attribution des mandats pour le renouvellement de sa flotte influencent donc le chiffre d’affaires de plusieurs PME de la région.

Voilà l’essence de l’appel lancé mardi matin par la toute nouvelle Association des fournisseurs de Chantier Davie Canada, à Shawinigan. L’organisation avait choisi l’entreprise InterValves, dans le parc industriel Albert-Landry, pour diffuser ce message. À lui seul, cet atelier de soudure et de réparation a obtenu pour tout près de deux millions de dollars en contrats à ce chantier maritime depuis sa première incursion, en 2013.

Créée officiellement le 31 janvier, l’association vient d’entreprendre une tournée à travers le Québec pour sensibiliser les pouvoirs locaux à l’importance que le gouvernement fédéral fasse confiance à Chantier Davie Canada et aux retombées économiques que procure cet employeur jusque dans les régions. Le 18 janvier, le premier ministre Justin Trudeau annonçait le début de négociations avec ce chantier maritime pour la conversion de quatre bateaux
en brise-glaces. Un signal positif, mais qui ne pèse pas très lourd par rapport à la pratique du gouvernement fédéral au cours des dernières années.

En fait, Irving Shipbuilding Incorporated, à Halifax, a obtenu pour une valeur de 63,5 milliards $ en contrats depuis 2012. En Colombie-Britannique, Seaspan a soutiré 12 milliards $. 

Pendant ce temps, Chantier Davie Canada devait se contenter d’un montant de 650 millions $ pour la livraison d’un pétrolier ravitailleur, le NM Astérix. L’entreprise québécoise a donc hérité de moins de 1% des 76,2 milliards $ attribués par le gouvernement fédéral dans le cadre de sa dernière stratégie de construction navale.

En raison de son activité au ralenti, le chantier de Lévis a dû mettre 800 de ses 1200 travailleurs à pied depuis le 1er janvier.

L’octroi du contrat pour les brise-glaces permettrait de rappeler 300 personnes pour les deux prochaines années.

Les conséquences de ces mouvements de main-d’œuvre sont ressenties jusque dans les régions, indique Pierre Drapeau, membre fondateur de l’Association des fournisseurs de Chantier Davie Canada.

«Nous nous sommes rendu compte que sur les 814 fournisseurs québécois, 243 devaient couper des postes», précise-t-il. «Au-delà des 800 emplois à la Davie, 770 postes sont coupés chez les fournisseurs qui sont dans dix régions du Québec. Des entrepreneurs d’un peu partout ont donc le goût de dire leur mécontentement et d’appuyer les démarches de la Davie pour que les contrats finissent par se signer.»

L’association ratisse large, puisqu’elle sollicite l’appui des élus locaux et des représentants des travailleurs. Le maire de Shawinigan, Michel Angers et le président du Conseil central du Cœur-du-Québec de la CSN, Paul Lavergne, se sont ainsi déplacés chez InterValves mardi matin pour marteler l’importance de l’enjeu.

L’association souhaite que son message se rende également au député fédéral de Saint-Maurice - Champlain, François-Philippe Champagne, qui siège notamment au comité du cabinet chargé de l’approvisionnement en matière de défense. Il possède donc une voix sur les grandes acquisitions dans ce domaine.

«Pour avoir des PME, ça prend des grands donneurs d’ordres», rappelle M. Angers. «J’ai déjà envoyé un message à François-Philippe Champagne. Il faut une équité entre les trois chantiers navals.»

De son côté, M. Lavergne précise qu’en ajoutant le Centre-du-Québec, une vingtaine d’entreprises sont touchées directement par le ralentissement chez Davie dans la région. «L’iniquité dans la distribution des contrats sous le gouvernement Harper peut être corrigée aujourd’hui», espère-t-il. «M. Trudeau a dit qu’il fallait assurer une équité. Il faut maintenant que les bottines suivent les babines.»

Impacts

Jean-Pierre Hamelin, copropriétaire d’InterValves, souligne que depuis son premier contrat avec Chantier Davie Canada en 2013, son chiffre d’affaires avait doublé.

«Ça représente une quinzaine d’employés à temps plein, six à huit mois par année», précise-t-il. «Pour nous, c’est énorme! Ça nous permet de réinvestir dans la formation et dans nos équipements.»

Le passé de ce chantier hante encore la perception populaire, avec ses conflits de travail et ses faillites. M. Hamelin assure toutefois que les nouveaux propriétaires ont réussi à inculquer une toute nouvelle culture d’entreprise. D’ailleurs, l’homme d’affaires agit également comme consultant pour améliorer la productivité du chantier maritime.

«Davie est prête à en prendre plus», assure Frédérik Boisvert, porte-parole de la direction de Chantier Davie Canada. D’ici la fin de l’année, le gouvernement fédéral aura confié pour une valeur de plus de 12 milliards $ en contrats pour la conversion de brise-glaces, la rénovation de frégates de classe Halifax, la construction de nouveaux traversiers et de navires de combat. Chantier Davie Canada souhaite obtenir sa part du gâteau.