Les lockoutés de l’ABI recevront une visite d’appui de la part des délégués de la CSQ.

Conflit à l'ABI: Alcoa affiche cinq offres d'emploi

BÉCANCOUR — Alors que les pourparlers semblent s’intensifier entre le syndicat et la partie patronale de l’Aluminerie de Bécancour, cette dernière a affiché cinq offres d’emploi, mardi et mercredi, sur le site internet d’Alcoa, et ce, même si les employés de l’usine sont toujours en lock-out.

Le 106,9 a relevé cette information mercredi après-midi. Quatre de ces offres d’emploi sont des postes de cadre à l’aluminerie et tous sont à temps plein. Deux postes sont dans le domaine de la santé et de la sécurité, un à l’entretien et deux aux opérations. Dans la description des aptitudes recherchées, quatre des cinq offres spécifient que le candidat recherché doit «se montrer un agent de changement en matière de culture de relations de travail et d’organisation de travail». 

La date limite pour postuler est le 19 février et l’entrée en fonction est prévue pour début avril, selon ce qui est précisé sur le site d’Emploi-Québec, où les offres d’emploi ont également été affichées, par la firme Bourassa, Brodeur, Bellemare. 

En attendant les progrès espérés dans les négociations, les employés de l’ABI recevront la visite de délégués de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) sur la ligne de piquetage, jeudi, en guise d’appui.

«Pour nous, c’est l’occasion d’exprimer une fois de plus notre soutien à ces travailleuses et travailleurs qui sont depuis plus d’un an pénalisés par ce conflit de travail. Il est grand temps qu’il y ait un dénouement positif à ce lock-out, qui a fait et qui fait toujours très mal. À la CSQ, nous sommes solidaires de ces femmes et de ces hommes qui sont toujours debout devant cette situation injuste, qui doit prendre fin rapidement», déclare la présidente de la CSQ, Sonia Ethier. 

Une centaine de délégués profiteront donc de leur présence en Mauricie pour manifester leur solidarité envers les membres de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos.

Cet autre élan de sympathie survient alors que tous les espoirs sont permis avec la reprise des discussions entre les parties. Déjà, une assemblée syndicale d’information était prévue le 12 février prochain, mais jusqu’à présent, aucun vote n’est prévu. À moins que les échanges des prochains jours soient suffisamment avancés pour permettre aux instances syndicales de soumettre une proposition à leurs membres.

À Québec, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, dit demeurer actif dans le dossier d’ABI. Tout en confirmant que l’hypothèse de règlement demeure une option, il affirme toutefois continuer à respecter la volonté des parties de conclure une entente négociée.

«Le blitz de négociation laisse présager une véritable intention compromissoire et une entente de principe pourrait en ressortir, même si le protocole de retour au travail sera vraisemblablement complexe à finaliser. Les parties finissent par s’entendre lorsqu’elles évaluent que l’inconvénient de s’entendre est plus faible que l’inconvénient de ne pas le faire ou de rester en conflit. Plus le lock-out dure, plus l’inconvénient de rester en conflit s’élève. Par conséquent, le besoin de régler le conflit, donc de se compromettre mutuellement, augmente», croit le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez.

Selon lui, le conflit a produit des contraintes sévères qui se comprennent sous l’angle de trois contextes: économique, politique et technique.

Si le lock-out coûte cher aux salariés, au gouvernement et, dans une moindre mesure, à l’entreprise, la perspective d’une hypothèse de règlement incite les parties au compromis, d’après le spécialiste. Et au niveau du contexte technique, «les déclarations de l’employeur sont à l’effet de faire des changements technologiques dans l’usine afin d’optimiser la production». 

«À cet égard, l’employeur apparaît crédible. Après tout, l’Aluminerie de Bécancour a maintenant plus de 30 ans. En outre, l’employeur, pendant le lock-out, a réalisé des changements dans l’usine qui préparent une réorganisation du travail», poursuit M. Bernatchez.

Pour le syndicat, dit-il, l’enjeu essentiel est de protéger des emplois de qualité et de s’assurer que les conditions de travail à l’ABI restent compétitives avec les conditions observables dans les autres alumineries québécoises. 

Par ailleurs, Alcoa est impliquée malgré elle dans une autre histoire de fermeture d’usine, soit celle de Sural. Alors que certains ont pointé du doigt l’ABI et son conflit pour expliquer la décision de l’entreprise vénézuélienne de cesser temporairement les opérations à ses installations de Bécancour, ce sont plutôt des comptes en souffrance qui auraient poussé ABI à cesser d’approvisionner son ancienne usine de tige, qui compte une soixantaine d’employés.

C’est en 2014 que Sural Laminated Products of Canada a pris possession de cette usine, alors propriété d’Alcoa depuis 2000, année d’acquisition de la compagnie Reynolds Metals.

Selon certaines sources, les exigences gouvernementales de l’époque en matière de transformation de l’aluminium pour accorder des tarifs d’électricité préférentiels aux alumineries auraient justifié la présence de l’usine de tige dans le portefeuille d’actifs d’Alcoa. Voulant subséquemment se concentrer dans la production primaire, la multinationale a donc vendu son infrastructure à l’entreprise du Venezuela.

Cette dernière aurait été contrainte d’investir plusieurs millions de dollars dans la mise à niveau des lieux, plutôt que de pouvoir se mettre en mode développement. Parallèlement, elle a construit une usine moderne de 45 millions de dollars à Victoriaville. 

Avec la collaboration de Matthieu Max-Gessler