Le président et chef de la direction d'Investissements PSP, André Bourbonnais.

«Condamnés à innover»

Même si la nécessité d'une certaine masse critique l'empêche d'investir à Trois-Rivières, le président et chef de la direction d'Investissements PSP, André Bourbonnais, était néanmoins heureux de revenir dans sa ville natale pour parler du courage d'innover à la mesure du monde, et ce, deux ans après sa nomination.
«Ma ville a su se réinventer et c'est pour moi un exemple de résilience, de courage et de succès qui continue de m'inspirer aujourd'hui», a-t-il lancé, mercredi, devant les membres de la Chambre de commerce et d'industries trifluvienne.
D'entrée de jeu, le p'tit gars du quartier Normanville a rappelé les nombreux défis économiques relevés par sa communauté d'origine au cours des dernières années, tels que le déclin des entreprises manufacturières, le taux de chômage élevé et l'exode vers les plus grandes villes.
«À 135 milliards de dollars et plus d'actifs sous gestion, c'est important de comprendre que PSP est un investisseur d'envergure mondiale qui oeuvre dans des marchés où la masse critique des projets ou des entreprises dans lesquels on investit doit être significative», a-t-il expliqué pour justifier l'absence de ce grand fonds d'investissement en région.
Car Investissements PSP (Public Service Pension) est le quatrième gestionnaire de fonds au Canada et le 28e au monde. Ses actifs sous gestion pourraient atteindre 350 milliards de dollars en 2035. 
Et son grand patron entend bien le faire connaître davantage alors que, dit-il, «des fonds comme la Caisse de dépôt au Québec ou Teachers en Ontario sont mieux connus que nous, pour le moment».
«Notre défi est le même que celui de tous les autres gestionnaires de fonds, soit augmenter le rendement sur l'investissement. Nous avons un mandat simple qui est de maximiser le rendement sans risque de perte indue. Notre objectif est d'offrir à nos 420 000 contributeurs un rendement réel à long terme de 4,1 % afin de maintenir les contributions au niveau actuel», a précisé le fils du regretté François Bourbonnais, fondateur de l'entreprise Pro-Optic, et de Pauline Paquin.
Pour y arriver, son groupe, qui compte 700 employés à Montréal et une quarantaine à New York et Londres, a accéléré la diversification de son portefeuille d'actifs global en misant sur des secteurs clés comme les infrastructures, l'immobilier, les ressources naturelles, les marchés publics et privés et les titres de créances privés.
«Nous demeurons à l'affût des occasions d'investissement, principalement dans trois grands marchés, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie. Notre terrain de jeu est planétaire, où j'aime rappeler que pour s'y imposer, nous sommes condamnés à innover», a ajouté le conférencier du jour.
Et selon lui, c'est aussi vrai pour la région de la Mauricie «qui a perdu de grands pans de sa structure industrielle, de ce côté-ci du fleuve comme de l'autre».
«L'excellent musée d'histoire Boréalis témoigne bien de cet héritage industriel dans les pâtes et papiers qui a tant fait l'orgueil des gens de la région. Je suis cependant impressionné par la capacité du milieu à se relever», a partagé cet ancien étudiant du Séminaire Saint-Joseph et du Collège Laflèche.
Celui-ci a souligné le fait que Trois-Rivières avait diversifié son économie et misé sur des PME innovantes et des secteurs de pointe comme les technologies propres, l'énergie renouvelable, l'électrification, les nouveaux matériaux à partir du bois, les télécommunications et l'aéronautique.
«Autour d'entreprises établies comme Cogeco dans les télécommunications, Kruger dans le secteur forestier et Nico Métal dans la fabrication se sont greffées des Marmen, Gomex, Captel, GDG Environnement, Delastek et combien d'autres entreprises en développement, mettant l'accent sur l'entrepreneuriat et les entrepreneurs tels que Yves Lacroix, de FAB 3R et Martin Cauchon, du Nouvelliste, un confrère de l'école de droit», s'est plu à énumérer celui qui a poursuivi ses études à l'Université d'Ottawa.
Pour André Bourbonnais, l'innovation est un combat de tous les jours, mais c'est la voie d'avenir, «une voie incontournable, n'en déplaise à certains dirigeants qui voudraient revenir en arrière, dans une économie qui n'existe plus». L'invité de la Chambre trouve d'ailleurs désolante l'approche du président américain Donald Trump. «Ce n'est pas comme ça qu'on va créer de la richesse», a-t-il laissé échapper.
«Chez PSP, c'est une leçon que nous avons apprise: pour croître dans une économie en transition rapide, il faut être capable de s'adapter. Il faut avoir la flexibilité d'agir rapidement et efficacement quand l'occasion se présente.
Pour se démarquer, il faut savoir identifier les courants et les tendances qui vont moduler l'économie de demain et savoir prendre le pouls des grands changements démographiques ou sociaux», a-t-il conclu, tout en évoquant les changements technologiques et la gestion des talents.