Trois succursales sont demeurées ouvertesdans la région

«Ce n’est pas une question de salaire»

TROIS-RIVIÈRES — Mardi matin, à 10 h, les 250 employés des 22 succursales de la SAQ MauricieCentre-du-Québec ont quitté leur environnement de travail pour une première journée de grève.

À Trois-Rivières, une cinquantaine a choisi de manifester devant la succursale du boulevard des Forges, la seule à demeurer ouverte pour cette première journée de grève. «Nous voulions informer les clients des enjeux réels de la négociation, leur expliquer la situation. Cette négociation n’a rien à voir avec le salaire. Ce que nous voulons, c’est diminuer la précarité des emplois, avoir une meilleure conciliation travail-famille et de meilleurs horaires», raconte Isabelle Gélinas, déléguée régionale du Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ (SEMB-SAQ).

Sans convention collective depuis le 31 mars 2017, le syndicat estime que les négociations qui perdurent depuis maintenant 18 mois n’avancent pas. «Nous avons parlé avec l’employeur mardi, mais il est inflexible. Rien n’avance», affirme Katia Lelièvre, présidente du SEMB-SAQ. Elle ajoute que ce sont majoritairement les mêmes points discutés lors de la dernière négociation en 2005 qui reviennent. «Effectivement, cette négociation a des airs de déjà-vu. Nous avons sensiblement les mêmes points de litiges et M. Alain Brunet est toujours en poste à la haute direction», relate Mme Lelièvre.

Susciter la sympathie de l’opinion publique
Avec un salaire initial de 19,33 $ de l’heure, ce qui représente 7 $ de l’heure de plus que le salaire minimum, est-il difficile pour les employés de susciter la sympathie de l’opinion publique? «Étonnamment, non! En général, les gens comprennent que l’enjeu n’est pas le salaire, mais les conditions. Ils comprennent que même à 19,33 $/heure, si un employé ne travaille que 10 heures/semaine, sa situation n’est pas meilleure. Actuellement, les employés peuvent attendre jusqu’à 10 ans avant d’avoir leur permanence. Dix ans à ne pas avoir de revenu fixe, c’est long», s’exclame Mme Gélinas.

De plus, les employés rencontrés sur les lieux ajoutent que la plupart de leurs clients comprennent la situation et les appuient en grande majorité.

Diminuer la précarité
Un des enjeux de cette négociation pour les employés est de diminuer la précarité d’emploi.

«Plus de 70 % des 5500 employés de la SAQ sont à temps partiel et travaillent entre 10 et 12 heures par semaine. Cette situation peut durer aussi longtemps que 10 ans. Nous ne parlons plus d’emplois étudiants après dix ans à la SAQ. À 19,33$/heure pendant 10 ans à raison de 10 heures par semaine, c’est difficile de se construire une vie», souligne Mme Gélinas.

D’ailleurs, la rétention du personnel est problématique selon cette dernière. «Il n’est pas rare de voir une personne quitter son emploi après huit ans de service pour un salaire moindre, mais avec une garantie de 40 h/semaine», affirme-t-elle.

La conciliation travail-famille et l’horaire
De plus, les employés estiment que la conciliation travail-famille est une théorie qui est bien difficile à appliquer. «Ça fait 20 ans que je travaille à la SAQ et mon horaire change chaque année. De plus, le côté patronat nous demande maintenant de travailler une fin de semaine sur deux. Je comprends la situation, mais il serait possible de faire la rotation sur trois ou quatre fins de semaine», questionne Chantal Rivard.

Elle ajoute que malgré son ancienneté, elle a de la difficulté à avoir son horaire à l’avance. «Il y a définitivement place à une meilleure gestion des horaires afin que nous puissions profiter un peu de notre vie de famille», lance-t-elle.

D’autres journées de grève à venir
En juin dernier, les membres du SEMB-SAQ avaient voté à 91 % pour un mandat de six jours de grève. Pour le moment, impossible de savoir quand auront lieu les cinq autres journées de grève des employés de la SAQ. «Nous n’avons pas planifié les cinq autres jours. Notre objectif n’est pas de faire la grève, mais d’en arriver à une entente. Je crois que la journée de mardi a démontré notre sérieux à l’employeur et nous espérons ne pas avoir besoin de faire les cinq jours de grève. Nous aimerions régler avant», confie Mme Lelièvre.

Rappelons que le dernier conflit de la SAQ remonte à 2005. Les employés avaient alors approuvé dans une proportion de 76 % la proposition de la partie patronale que le comité de négociation du syndicat leur suggérait d’accepter après plus de deux mois et demi de débrayage.