Le ministre des Finances, Carlos Leitão, s'est présenté devant les médias avec une nouvelle paire de chaussures, lundi, à la veille du dépôt de son budget.

Budget Leitão: l'avant-dernière chance de tenir ses promesses

On devrait savoir un peu mieux mardi si le gouvernement Couillard est vraiment déterminé à respecter son engagement visant à réduire le fardeau fiscal des Québécois, les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord.
En 2014, il avait fait la promesse de soulager le portefeuille de la classe moyenne durant le présent mandat, un objectif qui se fait toujours attendre.
Le ministre des Finances, Carlos Leitão, déposera mardi son budget 2017-2018, son avant-dernière chance de démontrer ses véritables intentions avant le prochain rendez-vous électoral à l'automne 2018.
Son quatrième budget sera celui de la «confiance et de l'optimisme face à l'avenir», a commenté M. Leitão, en présentant aux médias lundi la traditionnelle paire de chaussures neuves achetées pour l'occasion. Ses chaussures, payées 120 $, portaient la marque québécoise Aldo.
Le gouvernement s'était en fait engagé à consacrer la moitié d'éventuels surplus à des baisses d'impôts destinées à la classe moyenne, l'autre moitié devant servir à réduire le poids de la dette, par des versements au Fonds des générations.
M. Leitão a réaffirmé son intention de «soulager le fardeau fiscal des Québécois» par des mesures étalées sur plusieurs années.
En octobre, le ministre Leitão prévoyait des surplus de l'ordre de 2,2 milliards $ pour l'année en cours, avant le versement anticipé au Fonds des générations.
La marge de manoeuvre du gouvernement n'est donc pas illimitée. L'allégement espéré du fardeau fiscal pourrait donc se limiter, dans les faits, à l'abolition dès maintenant de la taxe santé. Québec a devancé d'un an ce projet, un manque à gagner dans les coffres de l'État de 179 millions $ cette année.
Il sera certainement difficile pour le gouvernement de jouer sur les deux tableaux: baisser les impôts de la classe moyenne de façon substantielle et, en même temps, réinvestir dans les services publics, après trois années marquées par l'austérité budgétaire et les compressions massives dans l'appareil de l'État.
Les divers signaux envoyés récemment par le gouvernement indiquent que Québec va effectivement réinvestir des centaines de millions en éducation et en santé, les deux grandes missions de l'État où il a coupé des centaines de millions depuis 2014 pour atteindre l'équilibre budgétaire.
Là encore, les promesses demeurent en suspens. Les libéraux s'étaient engagés à augmenter le financement du réseau de santé à hauteur de 4 pour cent par année. Mais l'augmentation a été plus modeste, entre 2,3 et 3,3 pour cent en 2015-2016 et 2016-2017, risquant de ne pas combler l'augmentation annuelle incontournable des coûts de système.
D'autres promesses libérales en santé demeurent à réaliser avant la fin du mandat, qu'on pense aux super-cliniques, ouvertes sept jours sur sept, à répartir sur tout le territoire. On en a promis 50, on en compte seulement trois actuellement.
M. Leitão devra aussi avoir une bonne pensée pour deux secteurs, identifiés comme prioritaires, où les besoins sont criants en santé: les soins à domicile et les ressources consenties aux Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).
Le budget de mardi comportera «plein de bonnes nouvelles», a promis le premier ministre Philippe Couillard, de passage au Saguenay lundi.
Québec investira «encore plus pour la santé, l'éducation, l'économie, nos entrepreneurs, nos travailleurs», a-t-il énuméré, faisant aussi miroiter «des choses spécifiques pour les régions».
Il dit avoir fait un «effort important» en éducation, «et pour nous la formation ça commence à la petite enfance et ça va jusqu'à l'université». M. Leitão a renchéri pour dire que l'éducation serait la grande priorité du budget 2017-2018, avec «des gestes très concrets».
Le temps commence à manquer, également, pour tenir une autre promesse majeure des libéraux: créer 250 000 emplois durant le présent mandat. On verra mardi dans quelle mesure le gouvernement est déterminé à mettre en place les conditions favorisant un environnement économique susceptible d'attirer les investisseurs et de générer les milliers d'emplois manquants d'ici l'an prochain.
On sait déjà qu'une partie de la précieuse marge de manoeuvre financière acquise dernièrement ira aux infrastructures de transport collectif, soit le Réseau électrique métropolitain (REM) et le prolongement de la ligne bleue du métro, à Montréal, et le Service rapide par bus (SRB), à Québec.
Le premier ministre Couillard s'est engagé à préciser le cadre financier du REM, un investissement qui pourrait atteindre ou dépasser le milliard de dollars, sans compter la part attendue d'Ottawa.
Le gouvernement a sûrement prévu également des mesures fiscales destinées aux PME, pour stimuler leur capacité d'exporter et d'innover, un autre engagement de 2014.