Nancy Samson, propriétaire des Chocolats Samson à Trois-Rivières.
Nancy Samson, propriétaire des Chocolats Samson à Trois-Rivières.

Bouchées doubles dans les chocolateries

TROIS-RIVIÈRES — Maintenant que le lapin de Pâques et la fée des dents font partie des services essentiels au Québec et surtout, qu’ils sont immunisés, il n’y a pas de mal à se faire du bien: on mérite tous un peu de douceur chocolatée en cette période difficile.

Par contre, les chocolateries de la région ont dû mettre les bouchées doubles ces derniers jours afin de satisfaire leur clientèle pour le plus gros week-end de l’année. Les carnets de commandes sont certes remplis mais les contraintes liées aux mesures sanitaires risquent fort d’avoir des impacts sur leurs ventes et leurs revenus.

La chocolatière Nancy Samson a dû fermer temporairement les portes de sa boutique de la rue Champflour à Trois-Rivières à sa clientèle. Elle a opté pour des services de collecte à l’auto et de livraison. Étant la seule à assurer la production du chocolat compte tenu des directives gouvernementales, elle essaie de répondre à la demande tant bien que mal mais cela demeure impossible dans les circonstances, d’autant plus qu’il est hors de question pour elle de sacrifier la qualité de son produit.

«On vend ce qu’on a. Les clients habituels veulent avoir des moulages et des commandes spéciales mais c’est difficile de les faire puisque du jour au lendemain, il a fallu s’occuper du service de livraison et préparer les commandes des clients. Le téléphone sonne tout le temps; les gens passent des commandes comme si c’était habituel mais ça ne l’est pas. J’essaie d’éteindre les feux, j’essaie de prendre le plus possible de commandes mais je ne peux pas et ça me stresse énormément car je ne veux pas décevoir ma clientèle», a-t-elle raconté.

Elle rappelle que les gens se sont habitués à cette qualité de chocolat. «Et à Pâques, ils ne veulent surtout pas qu’on leur enlève le dernier petit bonbon qui leur reste», a-t-elle ajouté.

Son plus gros chiffre d’affaires se situe habituellement le Jeudi saint. Cette année, elle ne croit pas être en mesure de l’atteindre malgré toute sa bonne volonté. «On ne peut pas répondre à toutes les demandes comme à l’habitude, lorsque la boutique est ouverte et que les clients peuvent se présenter sur place et faire leurs achats. Je prévois des pertes financières», a-t-elle précisé.

Geneviève Grondines de Véniel Fines gourmandises.

Cependant, la chocolatière se fait rassurante puisqu’elle est propriétaire du bâtiment où se situe son commerce et que sa clientèle est fidèle. «Plusieurs m’ont demandé de ne pas les abandonner. Je vais être capable de tenir le coup et on va passer au travers malgré bien des incertitudes. Ce que je retiens par contre de cette expérience est que les gens seront davantage portés à acheter local», a-t-elle indiqué.

Du côté de Véniel Fines gourmandises, la boutique située aux Galeries du Cap a été fermée puisqu’elle se trouvait dans un centre commercial mais celles situées sur le boulevard des Forges à Trois-Rivières et sur la rue Notre-Dame dans le secteur Sainte-Marthe-du-Cap fonctionnent à plein régime, dans la mesure du possible évidemment. Un client à la fois peut entrer dans le commerce et doit respecter les mesures d’hygiène et de sécurité. Les contraintes liées à la COVID-19 ont également nécessité la mise en place d’une nouvelle logistique et l’instauration de services à l’auto et de livraison dans un rayon de 15 kilomètres.

Au début de la semaine, l’entreprise familiale, qui appartient à Jocelyne Grondines, craignait une baisse importante des ventes. «Les gens pensaient que nous étions fermés et achetaient leur chocolat à l’épicerie et chez Costco», mentionnait alors Geneviève Grondines, la fille de propriétaire. Elle disait même que des insultes avaient été envoyées sur la page Facebook de l’entreprise en provenance de gens leur reprochant d’être ouvert en temps de crise.

Or, en cours de semaine, il y a eu un virage à 180 degrés au point que jeudi soir, Véniel Fines gourmandises était sur le point de faire une année record, du moins dans les circonstances. Soudainement, les gens se sont réveillés et ont passé leurs commandes, allant même jusqu’à faire la file à l’extérieur. «Heureusement, nous avions fait beaucoup de chocolat et nous étions prêts. Maintenant, c’est fou! Nous devons faire des heures supplémentaires, c’est toujours un client à la fois mais les gens sont compréhensifs et nous tenons à les remercier», a ajouté Mme Grondines.

Du côté de Shawinigan, la Chocolatière d’Autrefois, propriété de Ginette Vaugeois depuis une trentaine d’années, est réputée pour ses chocolats et son ambiance unique à Pâques. La boutique refuse maintenant l’accès des clients à l’intérieur, ayant opté elle aussi pour les services en ligne. Mais, pour reprendre l’expression de Patrice Vaugeois, employé et neveu de la propriétaire: «On a de la broue dans le toupet».

Certes, l’ambiance n’est plus la même, COVID oblige, mais au niveau des ventes, elles vont super bien selon M. Vaugeois. «Nous n’avons pas à nous plaindre. Il y a des journées où nous avons plus de ventes en ligne et d’autres moins mais plus la semaine avance et plus les commandes augmentent.»

Il explique que les clients prennent rendez-vous afin de venir chercher leur chocolat. Une fois rendus dans le stationnement, ils appellent et la commande leur est remise sur une table à l’extérieur sans possibilité de contact entre eux et le personnel. «Ils sont contents d’avoir leur chocolat malgré le confinement et ainsi, que la tradition soit respectée», a-t-il ajouté.

Et enfin, l’appel à tous lancé par l’Atelier chocolaté, une division de l’Atelier des Vieilles Forges, a été entendu. En peu de temps, l’entreprise d’économie sociale de Trois-Rivières a été en mesure d’écouler les quantités importantes de chocolat que plusieurs entreprises lui avaient commandées mais qu’elles avaient ensuite dû annuler en raison de la pandémie.