Le comité souligne qu’aucun pays dans le monde n’a implanté une allocation universelle jusqu’à maintenant. Des projets-pilotes sont en cours en Finlande, aux Pays-Bas et en Ontario, mais les experts soutiennent qu’il est trop tôt pour en tirer des conclusions.

Bonifier les allocations des plus démunis

Au lieu d’offrir un revenu minimum garanti à tous les Québécois, un comité d’experts mandaté par le gouvernement Couillard propose de renforcer et de «transformer» le filet social déjà en place.

Personnes seules, couples sans enfants, travailleurs qui vivent des transitions : les experts ont relevé «des lacunes» dans la couverture de ces citoyens, qui peuvent se retrouver plus facilement en situation de grande pauvreté. Ils proposent donc de bonifier les allocations qui leur sont versées.

Au travail depuis l’été 2016, les universitaires Dorothée Boccanfuso, Jean-Michel Cousineau et Raquel Fonseca ne croient pas que le Québec doit «faire table rase» de son système actuel de soutien du revenu et, à la place, envoyer à tout le monde un chèque représentant un montant d’argent minimal pour vivre. 

«Dans les simulations que nous avons faites pour le Québec, on s’est aperçu qu’il y avait des perdants», explique Mme Boccanfuso en conférence de presse lundi. Au Québec, l’implantation d’un revenu minimum garanti sous la forme d’une allocation universelle aurait pour effet de bénéficier davantage «aux personnes moins démunies», ajoute-t-elle.

La mesure comporte plusieurs «problèmes» : elle est coûteuse, inéquitable et n’incite pas assez les personnes bénéficiant de l’aide sociale à aller travailler. 

Le comité souligne qu’aucun pays dans le monde n’a implanté une allocation universelle jusqu’à maintenant. Des projets-pilotes sont en cours en Finlande, aux Pays-Bas et en Ontario, mais les experts soutiennent qu’il est trop tôt pour en tirer des conclusions. 

Le comité invite donc le gouvernement à «tendre» vers l’équivalent d’un revenu minimum garanti, mais «dans une forme qui cible davantage les démunis». 

Système plus simple

En tout, 23 recommandations sont incluses dans le rapport «Le revenu minimum garanti : une utopie? Une inspiration pour le Québec». Plusieurs visent à rendre plus simple un système de soutien au revenu qui est «complexe». Par exemple, le versement automatique de certains crédits d’impôt, pour les personnes vulnérables qui oublient de réclamer cette aide financière.

Les experts recommandent également de regrouper sur un même chèque les prestations d’assistance sociale, le crédit d’impôt pour la solidarité et la prime au travail.

Prime au travail augmentée

La prime au travail, qui incite les prestataires de l’aide sociale à trouver un emploi, pourrait bénéficier «d’une bonification majeure». Le comité n’a toutefois pas chiffré combien coûterait l’ensemble de leurs recommandations. 

De passage à Sherbrooke, François Blais, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, s’est gardé de commenter longuement le rapport. «Il y a des éléments intéressants sur lesquels on va se pencher», a-t-il réagi. M. Blais est lui-même un expert de la question, ayant déjà écrit un livre sur le revenu minimum garanti alors qu’il était professeur à l’Université Laval. Il doit présenter au cours des prochaines semaines le troisième plan québécois de lutte contre la pauvreté, qui visera à sortir 100 000 Québécois de la pauvreté. 

Le Parti québécois critique quant à lui les recommandations, qu’il juge insuffisantes. Harold Lebel, porte-parole en matière d’emploi, demande au ministre Blais de «faire preuve de courage et de ne pas se contenter du statu quo». 

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté est également déçu. «Les recommandations sont incompatibles avec la promesse du gouvernement de livrer un troisième plan de lutte à la pauvreté ambitieux», souligne Serge Petitclerc, porte-parole du collectif. 

Avec La Tribune