On retrouve Renaud Gagné, directeur québécois d'Unifor, Luc Deschênes, représentant national au dossier, Alexandre Maranger, président de la section locale 1209 et son secrétaire-archiviste, Junior Landry.

Bombardier comme nouvelle arme pour les grévistes de Delastek

Après 22 mois de conflit marqués par une impasse dans les négociations et des tentatives peu fructueuses devant les tribunaux, les syndiqués de Delastek veulent maintenant se servir de Bombardier pour démontrer le recours à des briseurs de grève et forcer un règlement.
En conférence de presse, les représentants du syndicat Unifor se sont questionnés à propos du statut des pièces qui entrent dans l'assemblage des appareils CSeries. Ils s'expliquent mal comment Bombardier arrive à construire un appareil avec des pièces qui en seraient, selon les dires du sous-traitant Delastek, à l'étape de la recherche et du développement.
D'autant plus que selon des informations obtenues par le syndicat, l'usine d'assemblage des CSeries est en mode production et non pas en mode expérimental.
«De source sûre, on nous confirme que les pièces envoyées par Delastek à Bombardier servent à produire les CSeries. Dans les circonstances, comment peut-on prétendre qu'on est encore dans la recherche et développement?», soulève le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné.
Il faut dire que le coeur du litige concerne justement le départage entre le moment où le travail de recherche et développement commence et où il se termine pour passer au mode production. Et malgré la grève qui perdure depuis près de deux ans, l'usine du secteur Grand-Mère réussit à poursuivre ses activités avec sa quarantaine d'employés non syndiqués.
La semaine dernière, lors d'une visite d'inspecteurs du ministère du Travail afin de vérifier la présence de briseurs de grève, les employés sur place ont affirmé produire des pièces pour la CSeries, entre autres, mais «que ces pièces étaient toutes en recherche et développement».
Or, les représentants de la section locale, qui accompagnaient les inspecteurs, ont pu constater que des employés non cadres travaillaient sur des pièces dont certaines étaient destinées à la CSeries. Ceux-ci auraient alors affirmé faire partie du département de la recherche et développement, dont le travail n'est pas soumis à l'accréditation syndicale. 
Cependant, pour le syndicat, il apparaît difficile de croire que des pièces produites pour les CSeries en soient encore à l'étape de la recherche et développement puisque l'appareil est maintenant en phase de production.
«Un expert en la matière m'a déjà dit, confidentiellement, que dans le milieu, lorsqu'on dit qu'un appareil passe à l'essai et part en vol, on ne parle plus de recherche et développement, sinon, on risquerait des vies», raconte M. Gagné.
Malgré des demandes adressées sur cette question à Bombardier, aucune réponse n'a été fournie par l'entreprise qui dit ne pas vouloir se mêler d'un conflit de travail. «Ils ont malgré tout une responsabilité dans cette chaîne de production, c'est trop facile de ne rien répondre», a déploré le représentant national au dossier, Luc Deschênes.
Si les prétentions du syndicat s'avèrent justes, le travail sur les pièces destinées à la CSeries et d'autres appareils dont les Global serait donc fait par des briseurs de grève. Selon le syndicat, le gouvernement du Québec, qui est maintenant partenaire pour le développement des appareils CSeries, devrait agir et se préoccuper de la situation puisque par association, «il pourrait être complice de violer ses propres lois».
Le syndicat attend avec impatience le rapport des inspecteurs du ministère et compte bien s'adresser au Tribunal du travail par la suite, avec Bombardier comme argument en poche. 
Rappelons que la cinquantaine de membres de la section locale 1209 sont en grève depuis le 1er avril 2015. La question du partage du travail entre recherche et développement et production était et continue d'être au coeur de ce conflit. Les salaires font aussi partie des priorités alors que leur niveau est nettement inférieur à ce qui s'offre dans l'industrie aérospatiale.
Ce qui fait dire au président Alexandre Maranger que «cela n'a pas été un gros choc» de se retrouver avec un fonds de grève hebdomadaire de 250 dollars, «comparé au salaire de Delastek». Et cette allocation syndicale est bonifiée de 50 à 100 dollars par semaine en raison des dons provenant d'autres sections locales.
«Ce n'est pas toujours évident pour les familles. Mais on ne manque pas vraiment d'argent. On peut se permettre de continuer le combat. On veut rentrer la tête haute. Ça prendra le temps que ça prendra», a-t-il affirmé avec conviction.
Selon le président de Delastek, Claude Lessard, les syndiqués ne comprennent pas que les pièces évoluent.
«Un avion peut voler avec une pièce X et elle change pour une pièce Y et Z un peu plus tard. La pièce peut aller dans un avion certifié, car elle rencontre les normes de l'aviation. Mais elle va évoluer jusqu'à maturité et c'est à ce moment qu'elle passe en production. Nous prévoyons passer les pièces en production à l'automne. Si le syndicat mettait autant d'efforts à négocier qu'à me faire du tort, ça fait longtemps que le conflit serait réglé», a-t-il conclu.
Du côté de Bombardier, on confirme ne pas vouloir s'immiscer dans une négociation entre un fournisseur et son syndicat. Et son porte-parole pour les avions commerciaux, Bryan Tucker, précise que le programme des CSeries est bel et bien toujours en développement.