Un centre commercial a pris la place de l'usine de GM à Boisbriand qui avait fermé ses portes en 2002.

Boisbriand: la vie après General Motors

BOISBRIAND - Dans une banlieue où General Motors (GM) assemblait autrefois des Chevrolet Camaro et des Pontiac Firebird, Sami Bizri prépare un autre café au lait.

Plus tôt cette année, l’homme de 24 ans est devenu copropriétaire d’une franchise Presse Café, dans un centre commercial de Boisbriand, en banlieue nord de Montréal. D’une superficie d’environ un kilomètre carré, ce site abrite également un parc industriel ainsi que des centaines de nouveaux logements.

«Les gens ont plus d’argent ici, de ce que je vois, des voitures qui entrent, qui sortent», a dit M. Bizri.

Son établissement est fréquenté quotidiennement par les travailleurs d’entreprises manufacturières situées à proximité, comme Abipa, un fabricant de pièces d’aéronautique qui a vu le jour deux ans après la fermeture de l’usine de GM, en 2002.

M. Bizri ne se souvient pas de la fermeture de l’usine ayant provoqué 1300 licenciements ou des inquiétudes quant au sort qui attendait des centaines de familles dépendantes économiquement de GM. Mais il estime que la région semble avoir traversé cette tempête.

«Tout le monde parle ici, dit-il en évaluant l’achalandage dans son café. Il y a des réunions de travail et des étudiants à l’oeuvre.»

Dans la foulée de la fermeture de l’usine d’assemblage ontarienne de GM située à Oshawa dans le cadre d’une restructuration mondiale, des experts citent l’exemple de Boisbriand, qui a été en mesure de se diversifier économiquement après avoir misé sur une usine pendant de nombreuses années.

«La fermeture des usines d’assemblage n’est pas inhabituelle, a expliqué Dennis DesRosiers, un consultant dans le secteur automobile. Est-ce qu’il y a encore des éléments négatifs découlant de la fermeture par GM de son usine au Québec? Je dirais que non. En fait, cela a peut-être été bénéfique.»

Celui-ci a expliqué que le prolongement de la vie d’une usine moins efficace et confrontée à une baisse de la demande se traduit par des coûts pour les travailleurs ainsi que les entreprises.

«Pendant des décennies, ils ont continué à exploiter des usines qui auraient dû fermer leurs portes - celle de Boisbriand étant l’un des meilleurs exemples - et ils ont fini par faire faillite», a déclaré M. DesRosiers, faisant référence au cas de GM.

«Maintenant, ils prennent des décisions difficiles visant les usines qui doivent poursuivre leurs activités et celles qui doivent être fermées», a-t-il ajouté, à propos d’Oshawa et de quatre autres usines GM aux États-Unis qui seront victimes du virage que souhaite effectuer l’entreprise vers les véhicules électriques et autonomes.

Beaucoup à combler

Ce n’est toutefois pas tout le monde qui estime que la transition de Boisbriand s’est effectuée en douceur lorsque GM a décidé de mettre la clé sous la porte de son usine.

«Je crois que c’était une perte importante pour la région et les travailleurs, a expliqué Christian Lévesque, un professeur de l’Université de Montréal spécialisé dans les relations de travail. Après cette fermeture, de nombreux fournisseurs de pièces sont disparus.»

Le centre commercial qui a pris la place de l’usine de 36 ans a contribué à la création de nombreux emplois, mais ces travailleurs ne bénéficient toutefois pas des mêmes conditions salariales que ceux qui oeuvraient chez GM.

À l’instar de Boisbriand, Oshawa se trouve à proximité d’un grand centre urbain, ce qui peut atténuer l’impact d’une fermeture.

Mais les gouvernements devraient en faire davantage, notamment par l’entremise d’allégements fiscaux, de programmes éducatifs et de partenariats entre entreprises et institutions de formation, afin d’attirer les acteurs du secteur automobile et assurer la pérennité de ces sites, a estimé M. Lévesque.

En 2002, les constructeurs aéronautiques, de camions et de trains du Québec ont accueilli dans leurs rangs les travailleurs licenciés par GM à Boisbriand, a souligné le directeur de la recherche du syndicat Unifor, Bill Murnighan. D’autres étaient près de la retraite alors que certains ont opté pour un poste à Oshawa.

«Cela signifiait, pour ces travailleurs, de quitter avec leur famille la ville dans laquelle ils vivaient depuis tant d’années», a expliqué la mairesse de Boisbriand, Marlène Cordato.

De nombreux salariés étaient en colère contre l’entreprise, étant donné que Québec et Ottawa avaient consenti à prêter 220 millions $ pour moderniser le site en 1987, a-t-elle rappelé.

Mme Cordato, qui était conseillère municipale lorsque GM a quitté la province, se souvient d’avoir eu du mal à trouver un moyen de relancer le site sur lequel se trouvait l’usine du constructeur automobile. Une mission économique en Europe visant à recruter des constructeurs automobiles n’avait pas généré les résultats escomptés.

La municipalité a modifié le zonage et a obligé les promoteurs à construire un vaste centre commercial, le huitième parc industriel de la ville et plus de 800 unités d’habitation - avec 500 unités supplémentaires en construction, a déclaré la mairesse.

De nombreux obstacles ont néanmoins dû être surmontés.

La construction - qui se poursuit 16 ans après la fermeture de l’usine - avait été interrompue pendant plus d’un an à la suite de la crise financière, en 2008-2009. Mais les taxes générées par le site représentent 16 pour cent du budget de la municipalité de 64,5 millions $, soit à peu près le même pourcentage que GM avant sa fermeture, a indiqué Mme Cordato.