La Banque du Canada à Ottawa  

Baisse du taux directeur: vers une diminution des coûts d’emprunt [VIDÉO]

OTTAWA — La Banque du Canada a abaissé son taux d’intérêt directeur d’un demi-point de pourcentage en le ramenant à 1,25 % dans ce qui constitue, selon les économistes, une réponse rapide aux secousses économiques provoquées par l’éclosion du nouveau coronavirus. 

En expliquant sa décision, mercredi, la banque centrale a souligné que le virus maintenant connu sous le nom de COVID-19 représentait un «choc négatif substantiel» pour des perspectives économiques qui étaient déjà fragiles au Canada.

Malgré des signes de stabilisation en janvier, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, s’était montré disposé à procéder à un assouplissement monétaire si la faiblesse économique persistait.

Dans son communiqué, la banque centrale a souligné que les perspectives étaient désormais «nettement plus faibles qu’elles ne l’étaient» il y a quelques semaines. Le COVID-19 a perturbé les chaînes d’approvisionnement en plus d’ébranler la confiance des consommateurs.

De plus, les blocus ferroviaires, les grèves des enseignants en Ontario ainsi que les conditions météorologiques hivernales ont pesé sur l’activité économique au premier trimestre.

La Banque du Canada a par ailleurs ouvert la porte à d’autres baisses du taux directeur en indiquant clairement qu’elle pourrait l’ajuster si la situation l’exige afin de «soutenir la croissance économique et maintenir l’inflation à la cible».

Cette baisse est la première depuis l’été 2015. Elle ramène également le taux directeur à un niveau qui n’avait pas été observé depuis le début de 2018. Il y a quelques semaines à peine, il était pourtant difficile d’imaginer une diminution d’un demi-point de pourcentage, a souligné l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter.

Voici ce que cette décision pourrait changer :

Immobilier

En principe, un taux directeur plus bas se traduit par une diminution du taux des prêts hypothécaires. On ignore pour l’instant si les banques comptent refiler la totalité de la baisse aux emprunteurs, a souligné le cofondateur de Ratehub.ca, James Laird.

«Tout ce qui ne change pas est simplement dû au fait que les institutions financières veulent engranger plus de bénéfices», a-t-il dit.

Ratehub estime qu’une réduction d’un demi-point de pourcentage pour un prêt hypothécaire de 450 000 $ accompagné d’un taux variable de 2,6 % ferait passer celui-ci à 2,1 %, ce qui se traduirait par des économies mensuelles d’environ 115 $. Pour un prêt hypothécaire de 800 000 $, les économies mensuelles sont estimées à 800 $.

Phil Soper, président et chef de la direction de Royal LePage, s’attend à ce que la décision de la Banque du Canada stimule le marché immobilier. Cela devrait profiter aux provinces des Prairies ainsi qu’à Terre-Neuve-et-Labrador, mais pourrait accentuer le déséquilibre dans des marchés vigoureux comme celui du Grand Toronto.

Crédit

Les taux des cartes de crédit ne devraient pas changer, contrairement à ceux des prêts automobiles et des marges de crédit. Cela pourrait faciliter le remboursement de certains prêts, mais les taux plus bas pourraient rendre les banques plus réticentes à prêter, selon Doug Hoyes, syndic autorisé en insolvabilité chez Hoyes, Michalos & Associates. À son avis, certaines institutions financières font déjà preuve d’une plus grande prudence à ce chapitre en raison des incertitudes économiques.

M. Hoyes estime également la diminution des taux d’intérêt représente une bonne occasion de rembourser ses dettes. Il a ajouté que la décision de la banque centrale signale qu’il pourrait y avoir une récession et que certains travailleurs pourraient ne pas obtenir d’augmentations de salaire ou même être licenciés.

«La baisse des taux d’intérêt indique que la Banque du Canada est inquiète, a expliqué M. Hoyes. Donc, si les experts sont inquiets, je suppose qu’ils essaient de nous dire que nous devrions peut-être l’être aussi.»

Épargne

L’inconvénient des coûts d’emprunt moins élevés est que les taux d’intérêt pour les comptes d’épargne vont également diminuer, a déclaré M. Laird.

«Ce type d’environnement, avec des taux très très bas, met beaucoup de pression sur les personnes qui s’approchent de la retraite ou qui sont à la retraite», a-t-il dit.

Puisque le COVID-19 risque d’avoir des impacts sur l’économie, il serait prudent d’économiser davantage, compte tenu des impacts potentiels que le virus peut avoir sur l’économie, selon la chef de la direction de Conseil en crédit du Canada, Michelle Pommells.