Les centres funéraires espèrent que les choses reviennent à la normale le plus rapidement possible, autant pour eux que pour le bien-être des familles endeuillées.
Les centres funéraires espèrent que les choses reviennent à la normale le plus rapidement possible, autant pour eux que pour le bien-être des familles endeuillées.

Avenir post-COVID pour les services funéraires: «la chaleur humaine, c’est important»

TROIS-RIVIÈRES — Ayant récemment obtenu l’autorisation de reprendre leurs activités dans une quasi-normalité, les entreprises œuvrant dans l’industrie des services funéraires espèrent que les choses reviennent à la normale le plus rapidement possible, autant pour eux que pour le bien-être des familles endeuillées.

Vivre un deuil après la perte d’un être cher constitue une épreuve difficile au cours de laquelle tout un chacun a besoin de réconfort. La plupart du temps, ce réconfort s’obtient en se serrant la main, en se donnant l’accolade ou une étreinte bien sentie. Depuis le début mai, les expositions et les rencontres ont repris dans les centres funéraires, mais suivant les règles de distanciation sociale et de salubrité. Il n’est donc pas possible d’offrir et de recevoir des condoléances comme on l’a toujours fait.

«Ce sont les familles des défunts qui écopent. Recevoir des condoléances à deux mètres de distance, ce n’est pas évident», mentionne la directrice générale de la Coopérative funéraire de la Mauricie, Isabelle Pronovost.

Son confrère de la maison funéraire J.D. Garneau dans le secteur Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières, Ronny Bourgeois, abonde dans le même sens.

«La chaleur humaine, c’est important», confie-t-il.

En vertu des recommandations émises par la Santé publique, les centres funéraires ont dû se limiter à offrir les services essentiels, soit l’incinération ou l’embaumement suivant le choix des défunts ou des familles, lorsque le Québec a été mis sur pause en mars. Par ailleurs, l’embaumement n’était pas permis pour les personnes mortes des suites de la COVID-19. Les expositions dans les installations étaient réservées aux familles. Depuis quelques semaines, les assouplissements des règles permettent les expositions et les rassemblements, tout en respectant la règle des deux mètres.

Avant le déconfinement, les échanges avec les familles endeuillées se sont également limités à des conversations téléphoniques ou à des envois de documents par courriel, une façon de faire à des années-lumière de l’approche humaine d’accompagnement qui caractérise cette industrie. Dans certains cas, cette réalité imposée a passablement compliqué les tâches reliées à l’organisation des services funéraires.

«On s’est rendu compte que plusieurs personnes qui s’occupaient des défunts étaient âgées et n’étaient pas très à l’aise avec Internet. [En raison du confinement], leurs enfants ne pouvaient pas aller les aider non plus car ils vivaient dans des résidences pour personnes âgées pour la plupart. On a donc dû notamment aller porter des formulaires à des accueils de résidences pour avoir des autorisations. Il a fallu s’adapter. C’était plus compliqué», raconte Julie Rousseau, présidente directrice générale du Complexe funéraire Rousseau.

Offrant déjà depuis plusieurs années la captation vidéo et la diffusion sur Internet des cérémonies, Mme Rousseau a remarqué que plus de personnes ont eu recours à cette option pour y assister. Mais encore là, le fait que les personnes âgées ne maîtrisent pas toujours la technologie ne leur a pas facilité la tâche afin de rendre un dernier hommage à des personnes qu’elles aimaient ou appréciaient.

La réouverture des églises attendues

Si les complexes dotés de grandes surfaces permettant d’accueillir les familles et un nombre limité de personnes voulant offrir leurs condoléances ont pu reprendre leurs activités en respectant les règles de distanciation, ce n’est pas encore le cas pour les petits salons. Le Groupe funéraire Garneau, basé à Lévis mais qui possède trois centres en Mauricie, se retrouve dans cette situation pour ses établissements de Sainte-Geneviève-de-Batiscan et Sainte-Anne-de-la-Pérade.

«À Sainte-Anne, quand il y a quinze personnes dans le salon, c’est pas mal limite», lance Marie-Ève Garneau, directrice aux opérations. Elle ajoute que ces deux salons n’ont donc pas pu être utilisés depuis le début de la crise.

Par ailleurs, la réouverture de ces petits salons ne pourra pas se faire avant la réouverture des églises.

«On n’a pas de chapelle dans ces salons alors on doit attendre. De plus, à Saint-Prosper, où on expose parfois, ça se passe directement dans la sacristie de l’église», explique la membre de la direction de l’entreprise familiale qui possède également le Centre funéraire Châteaudun, situé celui-ci dans le secteur Cap-de-la-Madeleiene à Trois-Rivières.

Engorgement à prévoir

Espérant également que la situation revienne à la normale dans un avenir pas trop lointain, Mme Garneau craint par contre que les entreprises comme la sienne peinent à répondre à la demande des familles.

«Plusieurs familles endeuillées attendent de pouvoir faire ça comme avant. Quand ça va repartir, ça sera un défi de tout orchestrer», reconnaît-elle.

Mme Garneau souligne qu’elle pourrait également faire face à un défi relatif à la main-d’œuvre quand les églises pourront de nouveau accueillir les fidèles.

«Plusieurs de mes employés faisant des transports pour nous sont des hommes retraités âgés de plus de 70 ans. Pendant la crise, on a fait appel à des jeunes, provenant notamment d’équipes sportives car ils sont habitués de porter un complet, pour les remplacer. Ç’a allait bien, car ils n’avaient pas d’école. Mais je n’en ai pas des tonnes des jeunes comme ça. Si les églises rouvrent demain matin, ça pourrait être plus difficile [si les hommes de 70 ans ne peuvent pas revenir]», mentionne-t-elle.