Marie-Ève Proulx, ministre déléguée au Développement économique régional.

Avenir du réseau national des pôles régionaux d’innovation: les 32 M$ prévus resteront en région

SHAWINIGAN — Peu importe le sort qui sera réservé au Réseau national des pôles régionaux d’innovation, la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, assure que les régions ne perdront rien au change à la conclusion de sa grande tournée québécoise sur le Plan d’action gouvernemental en entrepreneuriat. Les 32 millions de dollars annoncés l’an dernier par les libéraux seront maintenus, confirme-t-elle, ce qui implique que les sommes qui n’ont pu être versées pour l’année financière 2018-2019 seront tout simplement reportées.

«Nous disons, à tous les pôles, que les sommes dédiées à chaque région vont rester dans les régions. Ça, c’est clair», indique-t-elle.

«Ce sera prolongé d’un an. L’assiette totale de 32 millions $ restera pour les régions.»

En février 2018, le gouvernement du Québec, alors dirigé par Philippe Couillard, avait annoncé un montant de 32 millions $ pour permettre le développement d’un réseau de pôles d’innovation à travers le Québec. Mais en janvier, la ministre Proulx a imposé un moratoire sur cette initiative, après avoir appris que l’organisation d’un lac à l’épaule à Saint-Alexis-des-Monts était dotée d’un budget de 70 000 $. La facture s’élevait finalement à 31 000 $, somme qui a dû être déboursée malgré tout en raison d’une annulation trop tardive. Ce rendez-vous était prévu les 7 et 8 février, à l’Auberge du Lac-à-l’Eau-claire.

Outre le budget qui lui semblait démesuré, la ministre questionnait l’intérêt d’organiser un lac à l’épaule alors que seulement 5 régions sur 18 possédaient une entente officielle avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation.

À l’origine, le Réseau national des pôles régionaux d’innovation (RNPRI), dirigé à partir de Shawinigan, devait bénéficier d’une enveloppe d’un million de dollars pour sa première année d’exploitation et de 750 000 $ pour chacune des trois suivantes. Dans chaque région, l’entité accréditée devait recevoir 400 000 $ pendant quatre ans. Cet engagement n’est pas remis en question, soutient Mme Proulx.

«Il n’y a pas eu de vision, au cours des dernières années, pour le développement économique», observe-t-elle. «Ça a fait en sorte que les pôles essayaient de répondre à plusieurs besoins. Mon travail sera de proposer un cadre. Je ne veux pas imposer une structure ou des objectifs, mais je pense que c’est important d’amener une vision et certains indicateurs pour bien évaluer l’action des pôles.»

Incertitude

La ministre ne veut évidemment pas devancer les conclusions de son rapport, qui seront dévoilées d’ici la fin juin. Elle ne veut pas se compromettre sur le sort qui attend le Réseau national des pôles régionaux d’innovation.

«Nous sommes toujours en réflexion», résume-t-elle. La députée de Côte-du-Sud observe beaucoup de variation, d’une région à l’autre, sur l’attachement à ces nouveaux pôles d’innovation.

«De là l’intérêt de ne pas imposer un modèle», fait-elle remarquer. «Je crois en la créativité des régions. Il faut soutenir les modèles et pour ceux qui n’en ont pas, le cadre que je vais proposer pourra les aider à mieux se structurer.»

Dans chaque région, les pôles devaient s’allier à des partenaires financiers locaux pour être accrédités. La ministre ne sent pas trop d’inquiétude de ce côté.

«Beaucoup sont prêts à attendre», croit-elle. «Nous n’avions pas le choix de prendre ce pas de recul pour mieux avancer.»

Philippe Nadeau, directeur général du RNPRI, possède évidemment une lecture différente des derniers mois. Il observe que plusieurs pôles sont prêts à passer à l’action, mais ils demeurent paralysés par la réflexion en cours et la suspension des fonds qui devaient être alloués.

«Il y a une mauvaise communication entre la ministre et les régions», croit-il. «La plupart sont prêtes à recevoir leur argent, mais il n’y a pas d’interaction. Au gouvernement, c’est bloqué.»

De façon plus générale, la ministre considère que la tournée actuelle répond à un besoin.

«Les gens sont très contents et enthousiastes qu’on les écoute», observe-t-elle. «Ça a cruellement manqué au cours des quinze dernières années. Les gens ont besoin de se rassembler pour développer leur région, c’est indéniable. Ils veulent aussi mieux accompagner les entrepreneurs, mieux se structurer autour de leurs besoins. Je retiens aussi une grande nécessité d’investir dans l’innovation pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre. En terme d’automatisation, il y a aussi un besoin.»

Que fera la ministre de ces observations? Réponse d’ici la fin juin, mais déjà, elle laisse entendre que la formation de nouveaux organismes de développement économique pour répondre aux attentes des régions ne se retrouve pas en haut de sa liste.

«C’est clair qu’au gouvernement, on ne veut pas parler de mettre en place ou d’investir dans des structures», avance-t-elle. «Mais on comprend la nécessité de se concerter pour mieux développer les régions. Je ne sais pas quelle forme ça va prendre, mais on travaille là-dessus actuellement.»