Le propriétaire de La Binerie Chik aurait aimé que la Ville installe un pilier de béton afin de ralentir la circulation aux abords de sa terrasse temporaire.
Le propriétaire de La Binerie Chik aurait aimé que la Ville installe un pilier de béton afin de ralentir la circulation aux abords de sa terrasse temporaire.

Aménagement du centre-ville de Trois-Rivières: des commerçants se sentent délaissés

TROIS-RIVIÈRES — Des commerçants du centre-ville de Trois-Rivières établis sur d’autres artères que la rue des Forges se sentent délaissés et aimeraient bien que la Ville et Trois-Rivières-Centre consacrent un peu plus d’énergie afin de les aider à s’adapter à la réalité post-COVID-19.

Par contre, l’ensemble des personnes sondées par Le Nouvelliste saluent la volonté des décideurs de mettre des mesures en place afin d’aider le centre-ville – notamment par la transformation de la rue des Forges en voie piétonnière – à revivre après plusieurs mois de confinement. Elles apprécieraient tout de même que des initiatives allant dans le même sens leur permettent à eux aussi de se relever de la crise.

Établi sur la rue Royale depuis plusieurs années déjà, le restaurant La Binerie Chik est présentement en plein essor. Selon son propriétaire, Jean-Guy Bertrand, la formule qu’il a mise sur pied pendant le confinement a été très populaire. Il va même jusqu’à dire qu’il y a eu un engouement pour son établissement pendant cette période.

Néanmoins, il considère que les décideurs devraient se soucier davantage des rues Royale, Notre-Dame, Bonaventure et Radisson et des commerces qui s’y trouvent. À titre d’exemple, il aurait bien aimé que l’implication de la Ville dans l’aménagement d’une terrasse sur les quatre espaces de stationnement situés devant son restaurant ne se soit pas limitée à l’octroi d’un permis.

«Sur la rue des Forges ainsi qu’ailleurs au centre-ville, ils ont mis énormément de protections pour que soit respectée la distanciation sociale et pour la sécurité. Nous avons demandé qu’on installe un pilier de béton, comme ceux sur des Forges, au bout de la rue des Ursulines ainsi qu’à Trois-Rivières-sur-Saint-Laurent, devant notre terrasse pour la sécurité de nos clients en ralentissant la circulation. La rue Royale est l’entrée du centre-ville et la limite de vitesse y est de 50 km/h. Mais on nous a répondu que c’était notre responsabilité d’aménager nos installations. De ce niveau-là, on se sent un peu délaissés. […] Nous sommes également des commerçants du centre-ville et nous avons les mêmes droits et problèmes», expose M. Bertrand.

Un sentiment similaire habite des commerçants de la rue Notre-Dame. C’est entre autres le cas de Marjorie Lemire, propriétaire du Barbu sportif. Pour elle, la diminution du nombre de places de stationnement – la ville chiffre à 43 le nombre d’espaces en moins – en raison des réaménagements a un impact direct sur le nombre de clients qu’accueillent ses barbiers, et donc, sur son chiffre d’affaires. Elle évalue à 50 % les pertes attribuables à cette réalité. Également propriétaire de salons dans d’autres villes du Québec, elle confirme qu’elle n’y enregistre pas de telles pertes depuis le début du déconfinement.

Le chiffre d’affaires du Barbu sportif a chuté de 50 % en raison de la diminution d’espaces de stationnement au centre-ville.

«Je ne connais pas grand monde qui prend une marche pour se faire couper les cheveux», image-t-elle.

Ayant récemment décidé d’ouvrir une deuxième succursale dans un local de la rue Aubuchon à l’automne, la femme d’affaires voulait garder celle du centre-ville, car elle tenait à être présente dans ce secteur, qu’elle qualifie de vivant et de névralgique. Dans la conjoncture actuelle, elle craint de devoir mettre la clé sous la porte sur Notre-Dame et de limiter ses activités à sa future place d’affaires.


« Si ça continue comme ça, ce n’est pas viable pour nous »
Marjorie Lemire, propriétaire du Barbu sportif

«Si ça continue comme ça, ce n’est pas viable pour nous», se résigne-t-elle.

Déjà lourdement touchés par le chantier de rénovation de l’hôtel Oui Go! depuis l’automne dernier, les propriétaires du magasin Le Brun en ville auraient accueilli à bras ouverts une certaine mise en valeur de la rue Notre-Dame afin de les aider à traverser cette période doublement difficile pour eux. Une des copropriétaires de l’endroit, Isabelle Thibeault, est d’autant plus déçue du fait qu’il y avait déjà de beaux projets qui étaient en branle afin de donner un nouveau souffle à cette rue.

«On dirait que nous avons tout perdu ce que nous étions sur le point d’avoir. Il y avait des aménagements prévus. On a même signé des contrats. Du jour au lendemain, on n’a plus ça. Et là, toutes les énergies ont été mises sur la rue des Forges, alors que nous, c’était déjà prévu. S’ils avaient continué, seulement juste un peu, ça aurait été bien», confie-t-elle, sur un ton résigné.

La Ville et Trois-Rivières-Centre en mode réactif

Que ce soit du côté de Trois-Rivières-Centre que de la Ville, on reconnaît que la mise en place du plan de relance du centre-ville après le déconfinement constitue un processus complexe et évolutif. En ce sens, le maire Jean Lamarche soutient que des gestes seront posés très prochainement afin d’améliorer la situation, notamment relativement au stationnement.

«On savait et on s’est donné un pouvoir de réaction. Notre-Dame va s’éclaircir. La signalisation va également être moins lourde sur Royale et des Forges. On va s’ajuster», prévoit-il.