Célia Neault et Dominic Drapeau ont d’ambitieux projets pour l’avenir de leur ferme familiale, à Sainte-Françoise.

Ambitieux projet d’expansion à Sainte-Françoise

Sainte-Françoise — C’est dans une perspective générationnelle que Dominic Drapeau envisage l’avenir. La ferme familiale, qu’il exploite avec ses parents et sa conjointe, est à une croisée des chemins. On projette des agrandissements qui, pris sur les 15 prochaines années, pourraient représenter des investissements de plus de 37 millions $, si on tient compte des coûts d’acquisition des quotas de lait. Le projet sera bientôt soumis à la population pour l’informer des impacts sur le milieu et des mesures d’atténuation envisagées.

À l’heure actuelle, la Ferme Drapeau compte un cheptel de 400 vaches et de 394 veaux, soit tout juste moins de 600 unités animales. C’est un projet de 2500 unités animales qui est soumis à l’étude du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE). M. Drapeau explique que le projet sera développé par étape, mais que tant qu’à procéder, c’est la vision finale qui est présentée à la population.

Au BAPE, on explique que «ce projet [...] fait suite au dépôt d’un avis de projet comportant une activité de production animale visée au paragraphe “o” de l’article 2 du Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement (chapitre Q-2, r. 23), soit, la construction ou l’agrandissement d’un ou de plusieurs bâtiments d’une exploitation de production animale dont le nombre total égalera ou dépassera alors 600 unités animales logées dans le cas d’une production à fumier liquide».

Des mesures d’atténuation

D’après l’étude d’impact, indique-t-on au BAPE, les principales répercussions du projet seraient liées à «l’accroissement de la production du fumier et à sa gestion, aux nuisances liées aux odeurs, à l’augmentation de la circulation sur les voies publiques ainsi qu’à la préservation de la qualité des eaux de surface et souterraines».

M. Drapeau explique que les vents dominants sont en direction opposée au secteur habité de la municipalité. De plus, selon le BAPE, une haie brise-vent serait mise en place. Durant la période hivernale, on disposerait du lisier dans des fosses orphelines, situées à l’extérieur du lieu d’élevage, réduisant ainsi les désagréments en saison estivale. L’enfouissement des déjections animales au sol se ferait dans un délai de 48 heures, quand cela est possible, précise-t-on.

Les exploitants s’engagent aussi à utiliser de l’abat poussière et à étudier des mesures de concertation avec le milieu afin de réduire au minimum les nuisances liées à l’augmentation de la circulation.

En ce qui a trait à la qualité des eaux de surface et souterraines, le promoteur s’est engagé à suivre les recommandations du plan de fertilisation, souligne le BAPE.

De son côté, M. Drapeau indique que des rencontres d’information ont eu lieu avec la population et que l’accueil est positif. Il souligne que Sainte-Françoise est une petite communauté de tradition agricole. Une séance d’information est par ailleurs annoncée par le BAPE. Celle-ci aura lieu le 30 avril prochain à la salle multifonctionnelle de Sainte-Françoise. Les citoyens qui le désirent auront jusqu’au 31 mai pour demander au ministre la tenue d’une consultation publique ou d’une médiation.

Un projet en plusieurs phases

Pour Dominic Drapeau, la ferme familiale est devenue une entreprise à part entière. En plus d’être un pôle d’emploi important dans la communauté — ils seraient une vingtaine à y travailler —, elle constitue aussi un milieu d’accueil pour une nouvelle vague d’immigrants qui arrivent tranquillement dans la région.

Si la famille a choisi d’agrandir la ferme, c’est d’abord parce qu’elle est animée d’un esprit d’entrepreneuriat, confie par ailleurs M. Drapeau. L’homme de 41 ans raconte que c’est son arrière-grand-père, un menuisier, qui s’est installé sur la terre familiale il y a de nombreuses années, y pratiquant alors une agriculture de subsistance. Son fils Marcel, le grand-père, a opéré un virage commercial qui perdure depuis, de génération en génération. Les enfants de M. Drapeau, il en a quatre, sont en lice s’ils veulent poursuivre l’aventure, assure-t-il.

Dans l’immédiat, l’avancée du projet dépendra de l’acquisition de nouveaux quotas. «S’il n’y a pas de quota de disponible, ça ne sert à rien», affirme M. Drapeau, pour qui cet élément est central au processus d’expansion. Il indique que le développement se fera ainsi section par section, «en escalier», image-t-il.

L’avantage de travailler sur une grande ferme permet d’exploiter les talents de chacun, selon M. Drapeau. S’il n’y a pas de modèle idéal à ses yeux, celui que sa famille a développé convient au style de vie que lui et les siens ont choisi.

Quant aux perspectives futures, si l’inquiétude a pu planer un moment pendant les discussions autour de l’accord économique récemment signé avec les États-Unis et le Mexique, les nuages se sont dissipés. «On a bien confiance dans notre produit et on n’est pas trop inquiet de l’avenir», laisse-t-il savoir.