Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada.

Alliance de la fonction publique du Canada: Picard s’attend à un appui massif pour un mandat de grève générale illimitée

SHAWINIGAN — La vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada, Magali Picard, s’attend à ce que ses quelque 140 000 membres à travers le pays autorisent un mandat de grève générale illimitée déclenchée au printemps dans une proportion d’au moins 90 %. Elle a fait cette prédiction lundi après-midi à Shawinigan, quelques minutes avant que le premier groupe du local 10005 du Syndicat des employés de l’impôt se prononce sur cette proposition.

«Je m’attends à un vote de grève très, très élevé, au-delà du 90 %», confie-t-elle. «Je crois vraiment que nous allons l’avoir. Les gens ne peuvent pas continuer à avoir des excuses, à avoir un gouvernement qui ne se rend pas imputable de la situation.»

Cette situation, c’est évidemment celle du tristement célèbre système de paye Phénix, qui ne manquera pas de teinter le vote qui s’amorçait lundi après-midi, à l’Auberge Gouverneur et qui se poursuivra à travers le pays jusqu’à la fin mars. Depuis quatre ans, les fonctionnaires fédéraux sont embourbés dans les méandres informatiques de cette innovation qui devait permettre au gouvernement d’économiser 70 millions $ par année. En 2018, le Secrétariat du Conseil du trésor estimait plutôt à 2,6 milliards $ le coût de fonctionnement et de stabilisation de ce système.

Si l’AFPC obtient ce mandat clair, Mme Picard s’attend à un arrêt de travail en mai.

«Je n’ai pas un grand bonheur à penser de paralyser le pays», assure la leader syndicale. «Il y aura des impacts, mais pour une fois, je sais que les gens du pays sont avec les fonctionnaires fédéraux. Tout le monde est capable de se mettre dans la peau d’un travailleur qui ne sait pas s’il aura sa paye, s’il pourra payer son loyer, sa voiture, une commande pour les enfants. Tout le monde est capable de comprendre ça.»

Par contre, le spectre de Phénix peut également jouer contre la mobilisation syndicale, reconnaît Mme Picard.

«Certains ont aussi peur de commencer à avoir des problèmes une fois qu’ils militeront dans les rues et qu’ils porteront des actions qui changeront leur paye.»

La représentante syndicale précise que 76 % de ses membres ont vécu des «problèmes sévères» à cause de Phénix au cours des dernières années. Sur ce nombre, quatre syndiqués sur cinq ont reconnu des problèmes de santé mentale en raison de ce stress financier.

Mme Picard reconnaît que la grande majorité des syndicats se sont entendus avec le gouvernement fédéral sur un dédommagement pour les inconvénients subis en raison de ce système de paye. Il s’agira d’un point supplémentaire à négocier pour l’AFPC au cours des prochains mois.

Selon elle, ce règlement demeure inéquitable, puisqu’il procure cinq congés monnayables à tous les employés pour les quatre premières années, peu importe leur salaire. Le dédommagement varie donc beaucoup en fonction du traitement.

«Ce n’est pas vrai que Phénix a moins touché les gens qui gagnent moins», fait-elle remarquer. «C’est plutôt le contraire! Les gens qui sont moins payés sont souvent ceux qui n’ont pas de filet de sécurité. Jamais on ne va accepter une offre qui n’est pas respectable de l’entièreté des gens que nous représentons.»

Ainsi, l’AFPC recherche une compensation monétaire équivalant au minimum à cinq jours du plus haut salarié. «Ce montant devrait être le même pour tout le monde, non imposable car on parle de dommages moraux», croit Mme Picard.

En plus du sentiment d’insécurité qui apparaît à chaque jour de paye, la vice-présidente rappelle que ces travailleurs, dont la convention collective est échue depuis le 31 octobre 2016, s’attendent à un peu plus de reconnaissance.

«Ce que nous avons, depuis le début de la négociation, ce sont des offres plus qu’insultantes, en bas du coût de la vie», déplore-t-elle. «Il n’est aucunement question, pour l’AFPC, de signer un contrat de travail qui ne respecte pas, au minimum, le coût de la vie canadien. On sait que des ententes ont déjà été signées avec nos députés à 2,3 %, des ententes tout à fait respectables et raisonnables. On ne comprend pas pourquoi ces offres ne se reflètent pas aux travailleurs de l’état.»

Aucune rencontre de négociation n’est prévue actuellement avec le Conseil du trésor. En attendant, la Commission d’intérêt public doit rendre ses rapports pour chaque unité de négociation. Sept jours après la réception de tous ces documents, l’AFPC sera en position de grève légale.

«Rien ne nous empêche de retourner avec le Conseil du trésor et les agences si le gouvernement nous fait signe», nuance Mme Picard. «On ne va pas courir aux tables de négociation. Quand ils lèveront la main pour dire qu’ils sont prêts, ils devront avoir un minimum à nous présenter.»