Alcoa veut le retrait d’un article sur les agences de placement

MONTRÉAL — Alcoa vient de modifier son inscription au Registre des lobbyistes du Québec en demandant notamment le retrait de l’obligation de verser le même salaire aux travailleurs employés par des agences de placement.

Cette obligation est prévue dans la réforme de la loi sur les normes du travail qui vient d’être déposée le 20 mars dernier par la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, et qui n’a pas encore été adoptée.
«Les échanges visent essentiellement le maintien d’un contexte d’affaires concurrentiel en matière de normes du travail, peut-on lire dans l’inscription récemment mise en ligne. Alcoa cherche principalement à éviter que le projet de loi 176 n’impose un cadre trop rigide aux employeurs en matière de traitement des travailleurs.»
L’article 5 du projet de loi stipule qu’il est interdit pour les agences de placement d’accorder un salaire inférieur à celui «consenti aux salariés de l’entreprise cliente qui effectuent les mêmes tâches dans le même établissement». À l’heure actuelle, celles-ci ont le droit d’agir de la sorte, ce que la mesure législative du gouvernement Couillard vient corriger.
Alcoa, dont le siège social canadien se trouve à Montréal, exploite au Québec les alumineries de Baie-Comeau, Deschambault et Bécancour - où 1030 syndiqués représentés par le Syndicat des Métallos affilié à la FTQ sont en lock-out depuis le 11 janvier.
Malgré plusieurs demandes faites par La Presse canadienne, une porte-parole de la multinationale, Anne-Catherine Couture, n’a pas voulu quantifier le recours aux agences de placement.
«Les salaires chez Alcoa sont parmi les meilleurs de toute l’industrie québécoise, que les employés soient à temps plein ou temporaires, a-t-elle fait valoir. Alcoa n’offrira pas de précision supplémentaire sur sa main-d’oeuvre.»
Le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, s’est insurgé de cette nouvelle proposition du géant de l’aluminium, alors qu’un conflit de travail prive plus de 1000 personnes de leur gagne-pain à Bécancour.
Plutôt que d’encourager la discrimination en milieu de travail, la société devrait revenir à la table des négociations «le plus vite possible» pour dénouer l’impasse des derniers mois, a-t-il estimé au cours d’un entretien téléphonique.
«Ce sont des gens qui se croient tout permis, a dénoncé M. Croteau. Ils doivent arrêter de penser qu’ils sont au-dessus des lois québécoises.»
Le directeur québécois des Métallos s’est également demandé si cette proposition d’Alcoa à propos des agences de placement pourrait être un prélude à des exigences de l’employeur advenant une reprise des pourparlers visant à dénouer l’impasse à Bécancour.
M. Croteau a dit espérer que le gouvernement Couillard recevra cette demande «de la bonne façon» en opposant une fin de non-recevoir à Alcoa.
En plus des impacts sur les travailleurs, le lock-out a privé Hydro-Québec de revenus de plus de 42 millions $, a affirmé le leader syndical. Selon lui, le contrat de l’entreprise lui permet de ne pas consommer toute l’électricité qu’elle s’est engagée à acheter, en cas de force majeure.
Or, un lock-out serait considéré comme un cas de force majeure, en vertu de ce contrat, ce qui irrite les Métallos.
En plus de quatre circonscriptions, l’entreprise américaine compte solliciter d’ici la fin de l’année le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale ainsi que le ministère du Conseil exécutif.
Alcoa compte faire valoir ses arguments par l’entremise de rencontres, appels téléphoniques et communications écrites.