Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse.

ABI: visite à Baie-Comeau «pour s’informer et non s’inspirer»

BÉCANCOUR — Alors que les membres du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau–CSN viennent d’accepter à 85,6 % l’entente de principe intervenue avec Alcoa, le Syndicat des Métallos va aller rencontrer les instances du SNEABC le 19 juin prochain afin de «s’informer et non s’inspirer», précise le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Et ce voyage syndical sur la Côte-Nord se prépare alors que la fermeture des cuves à l’ABI vient d’être démentie par la haute direction auprès du personnel-cadre. Dans une note interne dont a pris connaissance Le Nouvelliste, on tente de rassurer les travailleurs non syndiqués par rapport aux rumeurs d’une fermeture totale le 24 juin prochain.

Et le dossier du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour a encore fait l’objet d’échanges à l’Assemblée nationale mercredi. Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a demandé à François Legault s’il était fier d’avoir insulté la veille les travailleurs de l’ABI en parlant de leurs qualifications, leurs salaires et leur difficulté à trouver un emploi comparable.

«Au Québec, on a un salaire moyen de 49 000 $ par année. L’employeur, ABI, offre un salaire moyen de 90 000 $ par année. Les citoyens de la Mauricie et du Centre-du-Québec trouvent que le syndicat n’est pas raisonnable, comme je l’ai dit. Moi, je pense que le Parti libéral aurait intérêt à aller rencontrer les citoyens de la Mauricie puis du Centre-du-Québec. C’est peut-être pour ça qu’ils n’ont aucun député de ces deux régions-là», a répliqué le premier ministre.

Par ailleurs, si le Syndicat des Métallos juge nécessaire de se rendre à Baie-Comeau, c’est pour répondre aux nombreuses questions de leurs membres sur l’entente de principe obtenue là-bas.

«On veut qu’ils nous expliquent c’est quoi leur entente. On veut comprendre pourquoi ils ont réglé là-bas et c’est quoi les différences avec chez nous, mais ce n’est pas vraiment pour relancer la négo», a tenu à spécifier Clément Masse.

Le SNEABC avait appuyé les lockoutés d’ABI l’an dernier avec un don de 30 000 dollars. Interrogé à savoir si la conclusion d’une entente à la veille de l’échéance de la convention collective s’expliquait par une appréhension à subir le même sort qu’à Bécancour, le président Michel Desbiens a répondu par la négative.

«Honnêtement, on a fait fi de ce qui se passait chez ABI pour négocier. On ne voulait pas penser à ça du tout durant notre négo, et c’est ce qu’on a fait tout le long. On ne s’est pas occupé de ce qui se passait chez ABI, on s’est occupé de nos affaires comme si rien ne se passait chez ABI tout au long de la négo», affirme le président syndical.

«On a négocié d’ailleurs du 7 février au 21 mai, à tous les jours, sauf le samedi et le dimanche. Comme toute négo, oui, il y a eu des moments plus difficiles, mais à la fin de l’équation, on est arrivé avec une entente de principe, nos membres ont voté à 85,6 %, tout le monde était bien content», renchérit ce représentant de 700 travailleurs.

Appelé à commenter le lock-out à l’ABI, celui-ci dit préférer «ne pas me mêler de la négo à l’ABI». «C’est dur à savoir. Ce qui se passe à une table de négo et à une autre table de négo, c’est complètement différent. Il faut qu’ils soient assis à la table de négo pour savoir qu’est-ce qui se passe et les seuls qui sont en mesure de savoir ça, c’est ceux qui sont assis à la table. Comme j’ai dit dans le passé, les seuls qui peuvent savoir comment ça s’est passé à la table de négo à Baie-Comeau, c’est nous autres. Tout le monde extérieur spécule. Il faut que tu sois assis là pour savoir», martèle M. Desbiens.

Et que pense-t-il des sorties répétées de François Legault? «Il devrait être un peu plus prudent dans ses commentaires, qui peuvent nuire à la négo. Il faut arrêter de chercher des coupables. Il faut s’organiser pour trouver la solution pour que l’employeur s’asseye avec le syndicat et qu’il règle le conflit au plus vite. Ce que le gouvernement devrait faire à ce moment-ci, c’est de trouver la façon pour asseoir les deux parties face-à-face à la table de négo pour régler le dossier. C’est à une table de négo que ça va se régler avec une entente négociée. Le gouvernement doit trouver une façon de rasseoir Alcoa avec le syndicat le plus rapidement possible», a-t-il conclu.