Les travailleurs syndiqués de l’ABI sont sous le coup d’un lock-out depuis bientôt dix semaines.

ABI: un manque à gagner de 41,7 M $ pour Hydro-Québec

Bécancour — Selon les prétentions du syndicat des Métallos tirées d’une analyse indépendante, chaque jour de lock-out à l’Aluminerie de Bécancour représente un manque à gagner pour Hydro-Québec de 604 464 $ en hiver et de 600 352 $ pour les jours d’été.

Les calculs ont été réalisés par un analyste indépendant à partir des plus récentes données disponibles sur les prix de l’aluminium et les taux de change. Ainsi, affirme le syndicat, le lock-out déclenché le 11 janvier dernier représente à ce jour la somme de 41,7 millions $ en moins dans les coffres d’Hydro-Québec. Sur une année, la perte de revenus s’établirait à 220 millions $.

«Étant donné qu’il s’agit de données commerciales confidentielles relatives à l’un de nos clients, on ne pourra pas commenter le montant avancé par le syndicat pour nos pertes de vente. On doit, comme pour tous nos clients, se conformer aux exigences de confidentialité. Malheureusement, je ne pourrai pas confirmer ni infirmer le montant», a fait savoir le porte-parole de la société d’État, Marc-Antoine Pouliot.

ABI ne fonctionne qu’au tiers de sa capacité, réduisant d’autant sa consommation d’électricité. En temps normal, le contrat dont les termes sont décrits dans un décret gouvernemental de 2014 prévoit que l’ABI doit payer pour tout le bloc d’énergie qui lui est réservé par Hydro-Québec, peu importe qu’elle l’utilise ou non.

Mais voilà, comme un lock-out est considéré au sens du contrat comme un cas de «force majeure», la compagnie voit ses obligations contractuelles suspendues. Elle n’est donc plus tenue de payer pour l’électricité qu’elle n’utilise pas. Elle échappe aussi à une pénalité annuelle de 41,9 millions de dollars qu’elle devrait normalement payer en raison de la diminution de production. 

«Un lock-out, ce n’est pas un tremblement de terre. C’est une décision d’affaires prise en connaissance de cause. Ça n’a aucun sens que ça puisse être considéré comme un cas de force majeure et qu’une partie des coûts retombe sur les épaules de tous les Québécois. On ne peut simplement dire qu’il s’agit d’un conflit privé quand cela risque d’avoir une telle incidence ultimement dans la poche des Québécois», fait valoir l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux. 

«Si la compagnie bénéficie de tarifs d’électricité avantageux de la part de l’État québécois, c’est parce qu’elle crée de bons emplois ici. Aujourd’hui, elle rompt ce pacte unilatéralement, alors qu’une solution négociée était à portée de main. Cela affecte lourdement 1030 familles, l’économie de toute une région et maintenant on comprend que l’ensemble des Québécois en paie aussi le prix», dénonce le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Cette situation rappelle celle vécue lors du lock-out chez Rio Tinto Alcan à Alma en 2012, alors qu’Hydro-Québec avait été tenue d’acheter les surplus d’énergie générés par la multinationale au Lac-Saint-Jean en raison de sa diminution de production d’aluminium. C’est alors 148 millions $ qu’avait dû débourser la société d’État sur une période de six mois pour acheter de l’énergie «dont elle n’avait même pas besoin». 

«Le scénario est un peu différent, dans ce cas-ci, c’est une perte de revenus pour Hydro-Québec plutôt que des sommes que la société d’État doit débourser. Mais la logique est la même: c’est l’ensemble des Québécois qui se retrouvent à payer les pots cassés pour les actions cavalières des multinationales de l’aluminium. On a une impression de déjà-vu», explique Dominic Lemieux.

Québec Solidaire est revenu à la charge en déposant une motion pour que l’Assemblée nationale réitère que le lock-out a des impacts négatifs sur les travailleurs, l’économie de la région, et celle du Québec.

«Qu’elle prenne acte que la réduction de production occasionnée par le lock-out coûte près de 600 000 $ par jour à Hydro-Québec en fonction de l’entente d’approvisionnement en électricité entre le gouvernement, Hydro-Québec et la compagnie. Que l’Assemblée nationale demande à Hydro-Québec de ne pas reconnaître le lock-out comme cas de force majeure car son utilisation est à la discrétion de l’employeur», a proposé le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois. Le gouvernement libéral n’a toutefois pas consenti au dépôt de la motion.

Pour sa part, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, souhaite tout faire en son possible pour rapprocher l’entreprise et les employés syndiqués et rétablir un climat de confiance, «essentiel pour la reprise des négociations».

À la lumière de ses discussions avec les deux parties, il dit avoir bon espoir qu’une nouvelle offre sera présentée par l’entreprise d’ici quelques semaines. «Je souhaite que ce soit une offre constructive, qui n’aura pas pour effet de braquer le syndicat», a-t-il précisé au Nouvelliste.

Finalement, il critique l’approche du gouvernement libéral et de la ministre du Travail, Dominique Vien, qui avait nommé un conciliateur dans le dossier. 

«En forçant le syndicat et l’entreprise à se rencontrer alors qu’ils n’étaient pas prêts, la ministre a favorisé l’éloignement des deux parties», soutient celui qui réitère sa volonté de faire avancer le dossier. «À la base de toute négociation, il y a la confiance», a-t-il conclu.

À l’assemblée nationale, la ministre Vien a réitéré qu’il s’agissait d’un conflit de travail privé et que le gouvernement ne pouvait que «mettre en place les conditions favorables pour que les deux parties puissent s’asseoir et négocier».