Après dix mois, le lock-out à l’ABI connaît une nouvelle phase, avec la reprise des négociations et un échéancier serré.

ABI: reprise des négos et date butoir

BÉCANCOUR — Après avoir rencontré les parties patronales et syndicales, de même que les dirigeants d’Alcoa à Pittsburgh, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a annoncé mercredi la reprise des négociations dans le conflit de travail qui a éclaté à l’Aluminerie de Bécancour le 11 janvier dernier.

«Je demeure totalement confiant, positif. La grande nouvelle, c’est qu’il y a reprise des discussions à l’ABI, et sans discussion, on ne peut pas s’entendre», a-t-il confié au Nouvelliste.

Pour aider les parties à conclure leur convention collective, un conseil de médiation sera mis sur pied dans le but de reprendre les négociations et d’en arriver à une entente avant le 30 novembre 2018. Au terme de cette période, et à défaut d’une entente, le conseil de médiation aura le mandat de préparer une hypothèse d’entente en vue de la déposer et de la présenter au ministre et aux parties au plus tard le 7 décembre 2018.

«Ça se fait dans un échéancier qui est assez serré, qui met une certaine pression sur les parties. J’ai une belle compréhension des enjeux. Les deux parties ont une volonté, veulent trouver des solutions et sont prêtes à s’engager dans un processus de négociation qui est raisonné. Ça implique de s’intéresser à l’autre, de comprendre ses intérêts et d’agrandir le champ des intérêts communs. On s’en va dans la bonne direction», croit le ministre responsable de la Mauricie. 

Et si jamais l’impasse devait perdurer? «Je n’ai pas envisagé encore ce scénario-là. Ça va marcher. Je suis convaincu qu’on va s’entendre avant le 30 novembre. Il faut voir la lumière au bout du tunnel, il y en a, et s’assurer que les parties en viennent à une entente dans les meilleurs délais possible. C’est un dossier qui est complexe, avec des intérêts parfois divergents, mais il y a des solutions», soutient le ministre Boulet.

Le conseil de médiation, présidé par Me Lucien Bouchard, sera aussi composé de la sous-ministre adjointe aux relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Me Mélanie Hillinger, et du conciliateur Jean Nolin. La formation de ce conseil fait suite aux différentes rencontres tenues entre le ministre et les parties prenantes de ce conflit. 

«Dès mon entrée en fonction, j’ai annoncé mon intention de suivre de près le dossier d’ABI afin de favoriser la reprise des négociations. Après avoir échangé avec les parties, j’annonce la mise sur pied d’un conseil de médiation qui permettra de relancer la négociation pour en arriver à une entente rapidement. Ce conflit a des répercussions majeures pour les travailleurs, l’employeur et les citoyens des régions du Centre-du-Québec et de la Mauricie et de l’ensemble de la province, mais j’ai la conviction que les actions que nous avons posées et la bonne volonté des parties leur permettront d’en arriver à une entente», a indiqué le ministre Boulet.

Me Mélanie Hillinger est actuellement sous-ministre aux relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Elle était auparavant vice-présidente de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Titulaire d’un baccalauréat en droit et membre du Barreau du Québec, Me Hillinger a une vaste expérience en relations du travail et en négociation, notamment dans le milieu scolaire et celui de la santé et des services sociaux, où elle a occupé le poste de directrice générale des relations du travail. Elle a aussi occupé un poste de médiatrice-conciliatrice avant d’assumer celui de directrice de la médiation-conciliation, de la prévention et de l’arbitrage lors de son passage au ministère du Travail.

«Je dégage une ressource du ministère pour encore une fois démontrer qu’on est prêt à mettre toutes les énergies qui s’imposent pour aider les parties à trouver un terrain d’entente par elles-mêmes», fait remarquer le député de Trois-Rivières.

Celui-ci aura rencontré le médiateur spécial dans le dossier du lock-out, Me Lucien Bouchard, de même que le conciliateur, Jean Nolin, pour ensuite échanger avec la direction locale d’ABI, le syndicat des Métallos et, à Pittsburgh, les dirigeants d’Alcoa.  

Le Syndicat des Métallos prend acte de l’annonce faite par le ministre Boulet pour tenter de dénouer le lock-out à l’ABI. «Depuis le début, nous avons toujours montré notre ouverture à négocier. Nous serons au rendez‑vous avec bonne foi et sérieux. Pour la suite des relations de travail dans cette usine, il est important que ce conflit se règle sur une entente négociée», fait valoir le président de la section locale 9700, Clément Masse.

De son côté, Alcoa dit apprécier l’attention portée par le ministre au dossier d’ABI «et a eu l’occasion de discuter des pistes de solution pour l’amélioration de la productivité et de la profitabilité de l’usine, à Pittsburgh, afin d’assurer sa viabilité à long terme».

«La direction d’ABI demeure prête à négocier une nouvelle convention collective et a proposé à la partie syndicale des solutions qui respecteraient l’ancienneté et ajusteraient la structure organisationnelle sans mise à pied, en raison d’une vague de départs à la retraite, assurant ainsi un emploi à tous les employés présentement en lock-out. Ces propositions sont concurrentielles, équitables et alignées avec l’industrie de l’aluminium au Québec», martèle sa porte-parole, Anne-Catherine Couture.