Jeudi, plusieurs employés en lock-out s’étaient déplacés pour manifester à Sainte-Angèle-de-Prémont lors de l’arrivée de Philippe Couillard.

ABI: «Nous allons interpeller tous les chefs»

TROIS-RIVIÈRES — «La campagne électorale est une belle tribune pour nous, pour ne pas nous faire oublier. Nous allons profiter de l’occasion pour rencontrer tous les chefs des partis politiques et les interpeller sur la situation de l’Aluminerie de Bécancour», souligne Clément Masse, président du syndicat.

Alors que la campagne électorale provinciale vient tout juste de démarrer, le Syndicat des Métallos est déjà à l’œuvre et compte bien profiter de la campagne pour sensibiliser les élus à la situation des 1030 travailleurs de l’ABI qui sont en lock-out depuis le 11 janvier 2018.

La Mauricie étant un enjeu important pour plusieurs partis, la région verra très certainement défiler les chefs des différents partis politiques.

Une rencontre privée
Jeudi, le président du syndicat a eu droit à une dizaine de minutes en tête-à-tête avec le premier ministre sortant Philippe Couillard juste avant que ce dernier ne lance officiellement sa campagne à Sainte-Angèle-de-Prémont. «Nous avions prévu de nous rencontrer avant que l’autobus n’arrive à la ferme. Lors de cette rencontre, M. Couillard m’a confirmé que s’il est élu, il mettra tout en œuvre pour que nous puissions régler le conflit», précise M. Masse. D’ailleurs, plusieurs employés en lock-out s’étaient déplacés pour manifester à Sainte-Angèle-de-Prémont.

Le président du syndicat a également rencontré récemment Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire, et il compte bien s’entretenir prochainement avec M. Legault et M. Lisée, raconte-t-il.

Une occasion unique
Pour Clément Masse, la campagne 2018 est une occasion unique de sensibiliser les élus au conflit de l’Aluminerie de Bécancour. «Je veux leur rappeler que c’est l’employeur qui a quitté la table des négociations. Ça fait presque huit mois que nous sommes dehors de l’usine. Au total, c’est 1030 familles touchées par la situation sans parler des sous-traitants et des fournisseurs. C’est toute la Mauricie qui subit les conséquences de ce lock-out», relate-t-il.

Clément Masse, président du syndicat de l'ABI.

Malgré le temps qui s’effrite, le moral des troupes est bon selon le président du syndicat. «Tout le monde a hâte que nous réglions le conflit, mais nous sommes déterminés à négocier. Pour nous, le principe d’ancienneté et le régime de retraite sont des éléments importants. Nous voulons discuter avec l’employeur», explique M. Clément. D’ailleurs, une rencontre au sommet se déroulera le 6 septembre prochain à Pittsburgh pour tenter de dénouer le conflit à l’Aluminerie de Bécancour.

Pas d’appui de la population
«Nous n’avons jamais senti vraiment que la population de la Mauricie nous appuyait, mais cela n’influence pas nos négociations», lance M. Masse. Il ajoute que les emplois à l’Aluminerie de Bécancour sont des emplois de qualité, bien rémunérés et c’est pour cela que les gens ne se sentent pas interpellés. «Nous ne devons pas laisser Alcoa et Rio Tinto rendre ces emplois de qualité moindre. En tant que Québécois, nous leur permettons d’utiliser nos ressources comme l’hydroélectricité à moindres coûts, ils doivent nous permettre d’avoir de bons emplois en contrepartie», souligne-t-il.

Cas de force majeure
Ce qui choque le plus les syndiqués de l’ABI c’est que l’employeur a utilisé la clause «cas de force majeure» pour ne pas honorer le contrat qu’il a actuellement avec Hydro-Québec.

«Ce n’est pas un cas de force majeure! Ils ont choisi de mettre les employés en lock-out, c’est leur décision, pas un événement hors de contrôle. Ils ne devraient pas avoir le droit de ne pas payer leur électricité. C’est des millions de dollars que le Québec perd», fulmine M. Masse.

Il rappelle qu’en 2012, Rio Tinto, qui possède 25 % de l’ABI avait utilisé la même stratégie à l’Usine Alma. «En 2012, ils ont aussi utilisé la clause de force majeure pour obliger le gouvernement à acheter les surplus d’électricité générés en raison du lock-out qu’ils avaient eux-mêmes déclenché. Dans notre cas, c’est l’inverse. Ils utilisent cette clause pour ne pas honorer le contrat d’achat qu’ils ont avec le gouvernement», affirme-t-il. En effet, en 2012, Rio Tinto Alcan avait fait la manchette trois mois après le début du conflit. Les médias avaient alors dévoilé qu’Hydro-Québec achetait les surplus d’électricité générés par le lock-out, ce qui représentait plusieurs millions de dollars chaque mois. Le conflit qui avait touché 780 travailleurs avait duré six mois.

La tension monte
La tension monte et les moyens de pression s’intensifient. Des syndiqués de l’ABI vont même jusqu’à se rendre au domicile privé des cadres. Ils s’installent et manifestent devant les maisons, sous le regard de leur famille et de leurs enfants. «C’est un droit reconnu devant la Cour suprême du Canada. Elle a délimité ce que nous pouvons faire et ce qui est interdit. Les syndiqués veulent manifester devant le domicile des cadres et nous ne les empêcherons pas. Si les cadres ont assez de pression, qu’ils sont épuisés et tannés, ils vont pousser sur la direction pour qu’ils nous parlent et règlent le conflit», poursuit-il.

Le président du syndicat accuse d’ailleurs ouvertement la direction de l’ABI d’avoir recours à de la main-d’œuvre autre que des cadres pour effectuer les tâches. «Ça fait sept mois que des compagnies de nettoyage et d’échafaudages se présentent tous les matins. Si ce n’est pas des briseurs de grève, l’usine va être drôlement propre et pleine d’échafauds lorsque nous réintégrerons l’endroit», lance-t-il avec ironie.

Quoi qu’il en soit, les employés ont bien hâte que le dossier débloque. Ils sont toutefois conscients qu’après un conflit de longue durée, le retour ne sera pas facile. «Il va falloir rebâtir notre relation avec l’employeur, refaire le lien de confiance. Il va y avoir du travail à faire», termine Clément Masse.