Le président du Syndicat des professeurs et des professeures de l’UQTR, Ismaïl Biskri, et sa vice-présidente aux relations de travail, Diane Gagné, saluant les lockoutés de l’ABI à leur arrivée sur la ligne de piquetage.

ABI: les professeurs de l’UQTR réitèrent leur soutien

BÉCANCOUR — Après un premier coup de pouce l’an dernier, le Syndicat des professeurs et des professeures de l’UQTR a réitéré son soutien aux lockoutés de l’ABI en remettant mardi un deuxième don de 5000 dollars et ce, en l’absence de l’exécutif de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, qui était en réunion pour possiblement préparer une contre-offre à la partie patronale.

«On arrive avec un chèque symbolique pour soutenir nos concitoyens. J’avais souhaité l’année passée ne plus revenir ici parce que j’avais dans l’esprit que les gens allaient être un peu plus sérieux et raisonnables pour que ce conflit soit réglé. Mais malheureusement, on est là encore pour dénoncer ce lock-out sauvage parce que c’est le seul qualificatif qu’il peut y avoir», a déclaré le président du SPPUQTR, Ismaïl Biskri.

Selon lui, le lock-out, «légal, mais certainement immoral», est un outil qu’utilisent trop souvent les employeurs dans leur stratégie de négociation afin d’imposer leur volonté et de confirmer publiquement leur refus de négocier de bonne foi.

«Ce n’est pas un outil pour régler des conflits de travail. C’est vraiment tenter de rabaisser les travailleurs et de les humilier. C’est ça l’effet d’un lock-out et on est là pour le dénoncer. Rappelons qu’au printemps dernier, la direction de l’UQTR a aussi eu recours à ce stratagème dans le cadre de la négociation pour le renouvellement de la convention collective des 450 professeures et professeurs», a rappelé M. Biskri.

Immédiatement après la levée du lock-out des professeures et des professeurs à l¹UQTR en mai 2018, leur syndicat avait apporté son appui au millier de travailleuses et de travailleurs de l’ABI.

«Bien qu’il ait duré deux semaines, nous pouvons affirmer qu’à l’aube du premier anniversaire de cette décision, le 2 mai, le lock-out a laissé des séquelles dans la tête et le coeur des professeurs. Un an après, des professeurs en parlent encore et ils ont encore du travail à rattraper sur ces dix jours-là. Ceux qui nous ont mis en lock-out n’ont pas compris l’impact sur les personnes de ce lock-out. J’espère que pour une fois, le gouvernement va réfléchir et intervenir d’une façon efficace auprès de qui de droit pour faire cesser ce lock-out une fois pour toutes», affirme celui qui suggère d’ailleurs à l’État d’envisager l’interdiction du lock-out.

Ce dernier se dit «vraiment déçu» que le lock-out à l’ABI dure depuis plus d’un an. «Ce n’est pas normal. C’est manquer de respect à ceux qui font la richesse de cette entreprise-là. Que les gens négocient et qu’ils décident de leur convention collective en négociant, ça, on n’intervient pas là-dessus. Par contre, maintenir les gens dans un lock-out de plus d’une année, c’est inacceptable», soutient-il.

«Quand on voit toutes les subventions indirectes que reçoit l’ABI de la part du gouvernement au niveau du prix de l’électricité, par exemple, et que par ailleurs, on nous annonce une augmentation du prix de l’électricité, c’est toute la province qui subventionne indirectement ABI. Et là, on dit à ABI: stop, arrêtons avec le lock-out. Négocions de bonne foi pour que ces travailleurs, ces travailleuses, ces citoyennes et ces citoyens, reprennent leur place au niveau de l’entreprise et continuent à créer de la richesse pour l’entreprise et indirectement pour la province en payant des taxes», renchérit M. Biskri.

Il se fait d’ailleurs le porte-parole des professeurs qui disent «il y en a marre d’utiliser à tort et à travers cet outil du lock-out pour intimider les gens qui ont des demandes, des revendications tout ce qu’il y a de plus défendables».

«Encore une fois, je ne veux pas m’immiscer et aucun professeur ne souhaitera s’immiscer dans les négociations, mais le lock-out, plus d’une année, c’est inacceptable», tient-il à préciser.

Par contre, ajoute M. Biskri, «comparer ces deux conflits de travail serait maladroit de notre part puisque les enjeux, les personnes concernées et les implications sociales diffèrent trop».

«Cela étant dit, dans les deux cas, est visée une mise au pas des travailleuses et des travailleurs, sans égard à leur dignité et au respect qui leur est dû, dans le seul but de leur faire plier l’échine et en tirer un avantage lors des négociations des conventions collectives respectives», fait-il remarquer.

«Placé de force dans une situation de vulnérabilité, le lockouté ne peut compter que sur la solidarité de ses pairs et de la population pour conserver un espoir de jours meilleurs. C’est pourquoi les professeures et les professeurs de l’UQTR tiennent à réitérer leur soutien à nos concitoyennes et concitoyens, travailleuses et travailleurs de l’ABI», a conclu le président du SPPUQTR.

La CCICQ préoccupée

Par ailleurs, la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur-du-Québec se dit très préoccupée par le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour qui perdure depuis plus de 14 mois. 

«Nos membres, toutes les entreprises concernées directement, soit commerces, sous-contractants, restaurateurs, entreprises de service dans tous les domaines, subissent les impacts majeurs de ce conflit. Chacune d’elles doit composer avec des ajustements dans leur gestion et leur planification les amenant à œuvrer dans une situation précaire, voire même, pour certaines, à la fermeture», a indiqué la présidente Sonia Caron.

Selon elle, l’image d’une région dynamique est mise en danger puisque les investisseurs potentiels et actuels se questionnent sur la pertinence de venir s’installer dans la région. 

«Nous souhaitons un rapprochement entre les parties et un règlement rapide du conflit. L’essor de notre région passe par des industries qui contribuent à faire rayonner notre territoire, tant au niveau international que local. Un règlement rapide de ce conflit est donc primordial», conclut celle qui dit soutenir la Ville de Bécancour et tous les intervenants concernés dans leurs préoccupations.