Le conflit à l’Aluminerie de Bécancour s’est transporté mercredi à Ottawa.

ABI: le Bloc québécois interpellé

BÉCANCOUR — Des représentants des lockoutés d’ABI ont rencontré mercredi les membres du caucus du Bloc québécois sur la colline parlementaire à Ottawa. Ils ont invité les députés à activer leurs contacts internationaux pour faciliter le règlement du conflit.

«Nous demandons aux députés du Bloc québécois d’activer des contacts auprès de l’ambassadeur des États-Unis à Ottawa et auprès de l’ambassadeur du Canada à Washington pour que ces derniers se penchent sur le dossier», explique le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Celui-ci souligne que le conflit dure depuis maintenant plus de dix mois «et les conséquences se font lourdement sentir pour les 1030 familles touchées, pour la région, mais aussi pour l’ensemble des Québécois».

«Une compagnie américaine, qui profite de rabais d’électricité importants, prend en otage un millier de familles, une région et ultimement l’ensemble des Québécois. Les diplomates pourraient jouer un rôle pour faire cesser ce lock-out illogique, coûteux non seulement pour l’économie du Québec, mais aussi pour la compagnie américaine dont l’usine produit à moins du tiers de sa capacité», a-t-il ajouté.

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, a parlé «d’un lobby de sensibilisation pour faire connaître le point de vue syndical».

«Ils ont expliqué leur position. Ce fut très instructif pour le caucus d’entendre cela. Ce qui a surpris le plus, c’est d’apprendre que l’employeur était revenu en arrière sur les ententes précédentes. Ils veulent sensibiliser la population. Tout ce qu’on pourrait faire pour régler le conflit, on est prêt à le faire. Si ça peut influencer le moindrement, c’est un beau risque qu’on va prendre. On souhaite un règlement», a-t-il indiqué au Nouvelliste, au terme de cette rencontre avec les syndiqués de l’ABI.

Du même souffle, le représentant bloquiste se dit conscient que ce conflit est de juridiction «entièrement provinciale». «Ils étaient très satisfaits que j’organise la rencontre dans un délai d’une semaine. On a toujours eu une préoccupation pour ce conflit», affirme M. Plamondon.

Jeudi, les dirigeants syndicaux rencontreront le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet. Le député de Trois-Rivières a déjà échangé avec la direction locale de l’Aluminerie de Bécancour en début de semaine, et ce, après avoir fait le point avec le médiateur spécial au dossier, Lucien Bouchard.

Toutes ces démarches se déroulent dans un contexte de confrontation juridique entre les parties. Portées à la mi-août contre le Syndicat et des travailleurs, les accusations d’outrage au tribunal ont fait l’objet d’échanges entre les procureurs mardi dernier. Une conférence téléphonique devrait se tenir en janvier pour déterminer le nombre de jours d’audiences et arrêter les dates en conséquence pour 2019.

Et mercredi, le processus pour tenter d’obtenir une ordonnance permanente sur le recours à des travailleurs de remplacement à l’ABI a été marqué par une manifestation. La prochaine audience devant le Tribunal administratif du travail a été fixée au 27 novembre prochain.

«Récemment, des comportements ont largement dépassé les balises déterminées par l’injonction: les accès à l’usine ont été complètement bloqués pendant plusieurs heures, visant à entraver et intimider les cadres, un gardien de sécurité a dû être hospitalisé la semaine dernière, une plainte pour voie de fait s’ensuivit. La direction de l’Aluminerie de Bécancour a entamé une procédure d’outrage au Tribunal, afin d’assurer le respect de l’injonction. Le processus judiciaire suit son cours», a fait savoir la porte-parole d’Alcoa, Anne-Catherine Couture.

Quant à l’intervention de Jean Boulet, «Alcoa apprécie l’attention portée par le ministre au dossier d’ABI», l’entreprise étant intéressée à partager des pistes de solution sur l’amélioration de la productivité et de la profitabilité de l’usine «afin d’assurer sa viabilité à long terme».